"N°1 With a Bullet" : le harcèlement des réseaux sociaux en question

6 mai 2019 0 commentaire
  • Victime de harcèlement sur les réseaux sociaux, une jeune femme voit sa vie devenir un véritable enfer et sombre petit à petit dans la folie. Un thriller glaçant qui en dit long sur les dérives de nos sociétés actuelles.

Nash Huang, est une jeune femme dynamique et épanouie. Elle file le parfait amour avec sa compagne Violet et son travail semble la satisfaire malgré quelques difficultés. Assistante de Jad Davis, un présentateur vedette, elle jouit d’une grande popularité sur les réseaux sociaux. Tout bascule le jour où elle découvre une sextape la mettant en scène. Elle devient dès lors la cible de critiques virulentes et de moqueries.

Mise au placard, abandonnée par sa petite amie, Nash plonge dans une forme de léthargie dont elle paraît incapable de sortir. Jusqu’à ce qu’elle décide enfin de parler, au risque d’entraîner avec elle son entourage et provoquer la colère de certains.

Tel qu’il nous est montré par Jacob Semahn, le monde dans lequel évoluent les personnages a quelque chose de claustrophobique, tant il nous apparaît réduit à cause des réseaux sociaux : tout le monde connaît tout le monde, son usage est chronophage et la manipulation des esprits qui en résulte engendre plus de mal que de bien. A cela s’ajoute une exacerbation des émotions qui frôle parfois le risible : on aime aussi vite qu’on hait, chacun y va de son jugement hâtif et sans fondement et ce qui était populaire un jour se voit conspué et détruit en une seconde. Un monde d’autant plus angoissant que, bien qu’il s’agisse ici d’un futur proche, on reconnaît sans difficulté ce qui constitue notre réalité présente.

L’ambiance oppressante qui se dégage des planches de Jorge Corona, servie par les couleurs expressives de Jen Hickman, transmet parfaitement la paranoïa dont est atteinte l’héroïne. La mise en page est parfois audacieuse, créant un rythme que l’on peut qualifier de "saccadé" avec des cases qui se superposent comme autant de fenêtres s’ouvrant sur un écran d’ordinateur.

"N°1 With a Bullet" : le harcèlement des réseaux sociaux en question
N°1 With a Bullet © Sheman/Corona/Akileos

L’œil est une figure omniprésente, qu’il soit sous forme organique, symbolique ou virtuelle. Organique, avec ces gros plans souvent répétés sur les regards qui nous font plonger dans l’âme des personnages et révèlent leur démence. Symbolique, surtout quand les yeux sont absents, offrant aux visages une apparence inhumaine tout en dénonçant le manque total de discernement des individus. Enfin, l’aspect virtuel trouve son aboutissement avec l’IRIS, des lentilles de haute technologie permettant de vivre une autre réalité.

Le personnage de Nash attire la sympathie et son évolution tout au long du récit est appréciable. L’ironie de sa situation prête à réfléchir : elle n’hésite pas à blâmer une célébrité victime de harcèlement parce qu’elle ne l’apprécie pas, pour finalement être touchée à son tour par ce fléau et recevoir des conseils de cette personne. En ce sens, l’auteur nous indique que personne n’est à l’abri. D’autres personnages sortent du lot, l’inspecteur Grover en tête, dont l’humour et la perspicacité servent de garde-fou aussi bien à Nash qu’au lecteur.

L’album s’achève sur un dossier rassemblant des témoignages de femmes ayant subi le harcèlement ainsi que des conseils sur la marche à suivre lorsqu’on en est soi-même victime.

À travers une fiction au scénario maîtrisé et prenant, N°1 With a Bullet aborde un sujet délicat de manière percutante sans sombrer dans le moralisme.

(par Tahani Biernat)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

N°1 With a Bullet. Par Jacob SEMAHN et Jorge CORONA. Editions Akileos. Traduction Achille(s). Sortie le 10 avril 2019. 184 pages. 17 euros.

Acheter sur
BD Fugue, FNAC, Amazon.

  Un commentaire ?