Nouveau Monde - Par David Jesus Vignolli - Akileos

8 octobre 2019 0 commentaire
  • Au 16e siècle, une guerrière indienne, un musicien africain et un aventurier portugais s'unissent pour combattre une créature maléfique. Après nous avoir enchantés avec "Vijaya", David Jesus Vignolli nous entraîne dans un conte plus sombre, mêlant l'historique au fantastique.

L’histoire débute avec des extraits des lettres d’Amerigo Vespucci évoquant le continent auquel il laissera son nom [1].

Quelques temps plus tard, Iracema, jeune autochtone, accompagnée de son ami Tukano, brave l’interdit et franchit la rivière séparant son village de la "Terre des Géants Pâles", nom donné aux blancs ayant foulé le sol du Nouveau Monde avant de s’y établir. Elle croise alors la route d’un homme à la peau noire et aux membres entravés qui est vite rattrapé par son maître, un géant pâle.

Témoin des mauvais traitements dont l’esclave est victime, Iracema sent la colère monter contre les oppresseurs. Elle cherche à convaincre les siens de les chasser de leur territoire. Mais elle essuie un refus de la part du chef, Paje, qui semble se résigner face à leur destin et prévoit d’emmener son peuple plus loin dans la forêt pour échapper à l’avancée des envahisseurs. Refusant de fuir, Iracema décide d’agir seule. Elle sera finalement rejointe dans sa quête par l’esclave, Amakai, et par un troisième individu nimbé de mystère.

Nous pouvons diviser le récit en deux parties. La première, introductive, offre aux lecteurs un contexte, une présentation des personnages, ainsi qu’une mythologie qui prendra toute son importance par la suite. La seconde partie tend davantage vers le fantastique, voire le merveilleux, notamment avec l’apparition de Bartolomeu, un homme doté d’étranges capacités et d’un bateau magique. Si les héros sont au nombre de trois, la lutte qui doit s’engager dans cette dernière partie concerne avant tout Iracema et Amakai, Bartolomeu servant avant tout de mentor et de guide. Par son biais, on en apprend plus sur la menace qui plane et la façon de l’endiguer.

En l’apprenant, le lecteur est libre d’adhérer ou non à la vision de l’auteur sur le Mal qui a provoqué les conquêtes et le massacre de millions d’hommes et de femmes. En effet, David Jesus Vignolli impute le désir de domination des Occidentaux à des entités malveillantes aux pouvoirs corrupteurs. Un point de vue qui s’assimilerait presque à un dédouanement des conquistadors puisqu’ils sont montrés ici comme les jouets de volontés supérieures, celles-ci se manifestant même sous la forme d’une "maladie". Certes, l’allégorie peut être intéressante, mais dans ce cas précis, elle peut aussi se révéler maladroite. Quant à l’antagoniste principal, s’il est capable de nous intriguer sous sa forme humaine, il faut avouer qu’il prête plus à sourire sous sa forme bestiale...

Autre point gênant : le manichéisme ambiant qui ressort du récit où la cruauté est l’apanage des Blancs seuls. Néanmoins, l’auteur a le mérite de rétablir un certain équilibre dans les faits, comme lorsqu’il relate la vente d’esclaves par une tribu d’Afrique noire.

Nouveau Monde - Par David Jesus Vignolli - Akileos
Nouveau Monde © David Jesus Vignolli / Akileos

Concernant le dessin, il peut séduire comme il peut rebuter. Il se caractérise par un style très vif, souvent plus proche de l’esquisse, tant au niveau des personnages que de leur environnement. Le tout est rehaussé de couleurs numériques qui peinent à rendre la splendeur de la nature luxuriante de la forêt à cause des aplats froids et dénués de nuances, mais qui réussissent parfois à apporter une atmosphère particulière, notamment durant les scènes se passant dans des paysages glacés. Il est à noter que lors des flashbacks, l’auteur se contente d’utiliser le noir et blanc avec une troisième couleur. Une technique déjà utilisée dans son précédent ouvrage sorti chez le même éditeur Vijaya : une petite fille dans l’Himalaya et qui s’avère au final plus efficace et expressive.

En dépit de ces anicroches, Nouveau Monde demeure un album captivant aux personnages attachants qui nous rappelle que les différences peuvent aussi nous unir.

(par Tahani Biernat)

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Nouveau Monde. Par David Jesus Vignolli. Editions Akileos. Traduction Achille(s). Sortie le 16 octobre 2019. 160 pages. 18 euros.

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[1"Mundus Novus" est un recueil de lettres des voyages d’Amerigo Vespucci. Il est possible de consulter cette correspondance grâce à la traduction de Jean-Yves Boriaud "Le Nouveau Monde", aux éditions des Belles Lettres, Paris, 1992.

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