Nuages et Pluie - Par L. H. Phang et P. Dupuy - Futuropolis

25 octobre 2016 0 commentaire
  • Un conte fantastico-érotique. Un récit intéressant, mais froid et bien peu palpitant. Longtemps, Philippe Dupuy ne fut qu’une moitié, une moitié de la doublette Dupuy et Berberian, notamment grâce à leur "Monsieur Jean" dont le quatrième tome obtint le Prix du Meilleur Album à Angoulême en 2000.

Progressivement, leur collaboration à quatre mains s’espaça et Philippe Dupuy publia plusieurs albums seul, tout en explorant d’autres voies graphiques et narratives. Il réalisa ainsi une installation pour le centre d’Art et de Culture de la Ferme du Buisson en 2009 (L’échappée) et au même endroit, l’année suivante, une performance avec Dominique A (Mythoiseaux).

Il travaille actuellement à l’atelier lyrique de l’Opéra de Paris pour les derniers réglages d’Orphée, de Monteverdi, que l’on pourra découvrir au mois de mai prochain. Ce goût de croiser musique et dessin l’amena, en compagnie de son vieux complice Charles Berberian, à proposer des « concerts dessinés » avec Rodolphe Burger à la Fondation Cartier en 229, au Festival d’Avignon en 2010, etc.7

Nuages et Pluie - Par L. H. Phang et P. Dupuy - Futuropolis

Rodolphe Burger est l’un des multiples points communs entre Philippe Dupuy et Loo Hui Phang, qui prépare actuellement un film sur le chanteur. Son œuvre est également multiforme, allant de la bande dessinée avec Panorama, en 2004, Cent mille journées de prières en 2011 ou encore récemment avec son remarquable album dessiné par Frédérik Peeters, L’odeur des garçons affamés, à l’écriture cinématographique ou à l’adaptation de poèmes de Michel Houellebecq en 2004 pour un court-métrage. Avec Philippe Dupuy, elle publia en 2012 Les enfants pâles, ouvrage conjuguant bande dessinée classique, texte, photographies et dessins. Ils travaillent également ensemble sur la 3e édition du Pulp Festival, toujours à la Ferme du Buisson, qui place la bande dessinée « à la croisée » des autres arts.

Cet album est donc une nouvelle pierre à leur édifice commun, et c’est loin d’être la plus réussie. Au sortir de la Première Guerre mondiale, Werner, un ancien soldat, erre en Indochine, blessé physiquement et surtout psychologiquement, ayant été sauvé d’une balle par son ami Georg qui y laisse la vie. Le défunt laissait femme et enfants, et Werner, délirant et perdant pied, se convainc d’à son tour fonder une famille pour racheter ce sacrifice. Allemand dans une colonie française, il est rejeté de tous et échoue dans une petite ville du Laos, Savannakhet, où une obscure entreprise de matériaux, gigantesque et semblable à une forteresse chinoise, l’engage. Il côtoie alors une foule d’employés aux yeux éteints et au teint gris, redoutant la famille des propriétaires chinois, dont la fille serait un oiseau rare, à la beauté exceptionnelle, mais qu’une maladie interdirait de voir la lumière du jour. Werner se cache donc de nuit pour essayer de l’apercevoir.

Cet album réinvestit le récit de vampire, le mélangeant avec des souvenirs de guerre et une touche d’exotisme asiatique. Les bonnes idées ne manquent pas, et donnent un album qui se prête bien à l’analyse, mais la mayonnaise ne prend pas. Le récit est très bavard, trop démonstratif et aboutit à un ensemble assez froid qui a du mal à nous toucher. Reste le dessin caractéristique et toujours élégant de Philippe Dupuy et la belle utilisation des couleurs d’Isabelle Merlet-Rouger. Le mélange entre les genres est intéressant, mais l’écriture trop littéraire ne nous permet pas de nous plonger dans le récit qui parle beaucoup de sang, de stupre et de souffre, mais qui n’en a pas le parfum.

(par Tristan MARTINE)

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