Nuits blanches - Joel Orff - Editions çà et là

3 avril 2007 0 commentaire
  • Un jeune engagé en partance pour on ne sait quelle guerre se rémémore les moments passés avec une étudiante, entre amitié et amour naissant. Une belle construction éclatée dans laquelle se manifeste à nouveau le talent de l'auteur pour les histoires très humaines.

On retrouve dans ces Nuits blanches une bonne partie de ce qui faisait le charme de Au Fil de l’eau, premier album traduit de Joel Orff : des personnages en devenir, un dessin beaucoup moins simpliste qu’il n’y paraît au premier abord, un ancrage dans le quotidien qui n’empêche pas des virées dans l’imaginaire des personnages, et un ton tranquille, sans facile montée de pathos, mais à la puissance émotionnelle certaine. S’y ajoute ici une très efficace (dé)construction chronologique, qui rend bien le probable état mental de Jack, jeune soldat dans son avion, emmené vers une guerre dont il n’est pas certain de revenir vivant.

Nuits blanches - Joel Orff - Editions çà et là

On découvre donc Jack et une jeune femme du campus où il étudie. Ceux-ci ne se sont rencontrés que peu de temps avant que Jack, qui s’est volontairement engagé dans l’armée, ne parte en mission. Le temps passé ensemble est empreint d’un certain regret pour ce qui n’a pas été (la jeune femme pense qu’elle aurait pu dissuader Jack), et ce qui ne sera peut-être pas (qui sait s’ils se reverront ?). Pourtant, nul psychologie facile ici. Les raisons de la décision de Jack ne sont pas indiquées, le lecteur n’est confronté qu’à ces moments de vie quotidienne, rendus plus essentiels par leur fin annoncée.

L'une des pleines pages de l'album

Le dessin de Orff semble toujours offrir à la fois un certain réalisme dans les corps et les décors, et une mélancolie diffuse qui passe par ces paysages sous la neige, ces visages aux expressions très mesurées, cette narration simple qui laisse la porte ouverte à de nombreuses pleines pages aux qualités illustratives évidentes.

Nuits Blanches est un beau petit album qui, sans vous prendre aux tripes, réussit (d’autant mieux ?) à faire passer un moment en compagnie de personnages touchants dans leur refus de tout exhibitionnisme émotionnel.

(par François Peneaud)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

  Un commentaire ?