Oblivion - David Bolvin - Editions Charrette

1er mai 2004 0 commentaire
  • C'est l'histoire d'une bouteille endiablée. La moindre lampée de son élixir condamne instantanément l'alcoolique désireux de se réhydrater. C'est l'erreur qu'a commis le Shérif de Providence au Texas. Histoire courte et muette mais intense, enrichie d'un précieux cahier graphique.

Ça commence comme dans un bon vieux western. A l’horizon, des canyons, un cow-boy sur sa monture et un nuage de poussière sur son passage. L’homme à cheval n’est autre que le Shérif de Providence au Texas, il traîne derrière lui, enchaîné, un prisonnier indien. Attiré par une bouteille d’alcool abandonnée sur le sol rocailleux, le justicier assoiffé n’y va pas par quatre chemins et en engloutit une grosse gorgée. Il abat son « compagnon » de route, d’humeur rebelle, dans la seconde qui suit. Quelques cases plus loin, on retrouve notre homme accoudé au bar, imbibé. D’ici peu, il sera mort, mais encore un peu vivant quand même... jusqu’à ce que justice soit faite !

Ça commence par des détails : un petit format, une couverture souple -et rouge, un papier épais. Une histoire courte et nerveuse. Une BD pas commune, pas bavarde. Une bande dessinée sans bulle, à peine quelques onomatopées de-ci, de-là. « Oblivion », un titre curieux que l’on oublie vite. Plus vite que l’incandescent carnage qu’il renferme.

Ça commence tout doucement, ça se termine dans un bain de sang indescriptible. David Bolvin construit un scénario hémorragique, exponentiellement gore. Le trait cassant, il dessine la descente aux enfers de celui qui, soumis à la tentation du mal, du diable liquéfié, succombe. Allégorie noire en quadrichromie. Le kaki épice un noir et blanc tamisé. Le rouge, d’abord discret, parcimonieux, explose ensuite, transperce, ensanglante une morale douteuse. Le pesant silence décuple l’infinie violence. La tension, extrême, est jubilatoire. Pas si banal comme western.

Ça commence bien, ça fini mal... En fait nan, ça ne finit pas. A plus forte raison qu’un cahier graphique d’une dizaine de pages vient indispensablement ponctuer cet étrange court métrage dessiné. On y découvre le travail préliminaire de Bolvin, la création de ses personnages principaux, et de ceux qui ont été « coupés au montage ». On y trouve également les clés pour mieux comprendre, quelques planches dans leur état initial en noir et blanc avec dialogues. Un bonus non négligeable. David Bolvin n’a probablement pas fini de surprendre. Une raison de plus de garder un œil sur l’atelier lillois que le jeune auteur partage avec Vanyda, François Duprat et Rod, dont la côte, soyez-en sûr, va flamber dans les années à venir.

(par Nicolas Fréret)

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