Olivier Grenson & Denis Lapière (La Femme accident) : "Julie a traversé de nombreux accidents de la vie, mais reste solaire !"

9 janvier 2010 0 commentaire
  • {{Olivier Grenson}} et {{Denis Lapière}} ont signé à la fin de l’année dernière le deuxième tome de {La Femme Accident}, récit de la vie de Julie, une jeune mère qui se retrouve au tribunal, accusée du meurtre de son compagnon. Au travers de nombreux flashes-back, les auteurs reviennent sur le parcours de cette jeune femme lumineuse.

Olivier Grenson & Denis Lapière (<i>La Femme accident</i>) : "Julie a traversé de nombreux accidents de la vie, mais reste solaire !"Quelle est la couleur de la deuxième partie de « La Femme Accident » ?

Denis Lapière : Dans le premier album, Julie refusait d’être victime de son destin. On avait alors beaucoup d’empathie pour elle. Dans ce volet-ci, elle prend des décisions pour elle-même, et des choix qui ne plairont peut-être pas au lecteur.

On avait pourtant l’impression qu’elle voulait s’en sortir. Elle a subi les aléas de la vie et de la condition sociale de son enfance …

DL : Julie est courageuse. Mais comme tout être humain, elle est compliquée. Quand elle a l’occasion de s’en sortir, elle est confrontée à sa personnalité, ses envies, ses désirs et ses ambitions. Pour les satisfaire, elle commet certains actes, et pas spécialement ceux que le lecteur attend. Celui-ci va découvrir qui elle est réellement. Dans le premier tome, on ne connaît Julie que par la négation. Le lecteur perçoit ce qu’elle refuse d’être. Mais que veut-elle être réellement ?

Olivier Grenson nous confiait que vous aviez modifié la localisation du récit. Il souhaitait dessiner Charleroi, la ville où il a passé une partie de son enfance. Le récit a-t-il subi d’autres évolutions à son arrivée dans ce projet ?

DL : Les envies d’Olivier et ses remarques autour du personnage ont fait évoluer l’histoire. On ne peut pas travailler sur ce type d’histoire, qui est l’équivalent d’un roman, sans avoir l’assentiment total du dessinateur. Il faut que ce dernier soit en phase avec les sentiments qui sont véhiculés dans le récit. Si le dessinateur s’implique dans l’histoire, il amène forcément ses couleurs, y compris dans le scénario. La Femme Accident aurait très probablement été différent s’il avait été illustré par un autre auteur.

Etudes pour le personnage de Julie
(c) Grenson, Lapière & Dupuis

Pourquoi était-ce une évidence de dessiner La Femme Accident en couleur directe, et non avec la technique traditionnelle de l’encrage ?

O. Grenson : C’était une évidence. Il y avait une magie, une symbiose entre le scénario et mon dessin qui a gagné en subtilité dans le trait et la luminosité et le volume. Cette technique a donné une note plus optimiste au récit et était à contrepied de ce que l’on aurait pu attendre d’un récit racontant la vie qu’une femme a passée dans un contexte misérable.

DL : Olivier a eu raison d’apporter de la lumière sur ces friches industrielles, sur les charbonnages et les terrils. Julie est un personnage solaire, qui irradie. Il fallait éviter de plonger le récit dans la noirceur et donc un traitement à l’encrage traditionnel ne se justifiait pas.

OG : La lumière est également présente dans le récit. Denis arrive avec peu de mots à faire passer des émotions fortes. Il a une écriture concise, très belle. Si on vient l’illustrer avec un dessin lourd, gras et cliché, l’histoire ne fonctionnera pas. J’ai dû apporter, pour la Femme Accident, plus de soin au jeu des acteurs et à la lumière pour donner à ce récit une dimension supplémentaire.

Pourquoi avoir tant voulu situer ce récit à Charleroi ?

OG : Nous avons mis en scène cette ville car j’y ai passé mon enfance. C’était, pour moi, une manière de me rapprocher de Julie. Et de retourner, comme elle, dans mon passé pour mieux ressentir l’histoire. Mais ce n’est pas un récit sur Charleroi, sur ses industries à l’abandon et sa région sinistrée. C’est avant tout l’histoire d’une femme !

Crayonné d’une planche pour "La Femme Accident"
(c) Grenson, Lapière & Dupuis

Auriez-vous pu placer ce récit dans une autre ville ?

DL : Rien n’est plus universel que le particulier. À partir du moment où l’on est cohérent avec un personnage, le récit devient universel. On a inscrit Julie dans une réalité, qui se rapproche de celle de l’enfance d’Olivier. C’est ce qui fait la véracité des dessins d’Olivier et du personnage de Julie. Si nous avions situé l’histoire dans la ville liégeoise de Sclessin, qui est près de chez moi, le récit aurait peut-être collé à la réalité du scénariste, mais pas à celle du dessinateur.

Cette histoire devait à l’origine se dérouler en Bretagne et être dessiné par un dessinateur breton. Dès le début, je savais que cette histoire ne pouvait fonctionner que si on l’ancrait dans une réalité culturelle précise. Il fallait que le dessinateur puisse la transfigurer. Le dessinateur breton a abandonné ce projet et Olivier a lu le synopsis. Il m’a dit immédiatement : « Cette histoire me plaît, mais ne pourrait-on pas la placer dans un autre lieu ? ». Cela tombait sous le sens ! L’histoire et les personnages nous l’imposaient !

Aquarelle d’Olivier Grenson pour "La Femme Accident"
(c) Grenson, Lapière & Dupuis

Pourquoi ce titre ?

DL : Nous recherchions une association de mots. Le titre de travail était assez simple et sommaire : « La Femme en prison ». Lorsqu’il a fallu trouver un titre définitif, j’ai associé des mots. En relisant les planches du premier tome, je me suis rendu compte que Julie traversait de nombreux accidents de vie. J’ai proposé ce titre. Puis, je me suis aperçu que ce titre avait déjà été utilisé pour une chanson. Nous la citons dans l’album par correction pour le groupe qui l"a chanté.

Après avoir lu les deux albums l’un à la suite de l’autre, les lecteurs se rendront compte qu’il y a une vraie résonance entre eux.

Olivier Grenson, vous préparez un diptyque, « Oublier à jamais », pour la collection Signé des éditions du Lombard. Pourriez-vous nous en parler ?

OG : C’est l’histoire d’une famille déchirée sur trois générations, d’un orphelin américain qui, suite au décès de sa grand-mère qui l’a élevé, va retourner malgré lui sur les traces de son grand-père mort à la guerre de Corée.

Une tranche de vie qui s’inscrit dans l’Histoire, mélangeant guerre, communisme, amour, haine, destins brisés et difficulté de l’accepter. L’histoire commence à San Francisco et se prolongera en Corée, un pays coupé en deux par la guerre de 1950, celle qu’on appelle "la guerre oubliée". C’est suite à un voyage à Séoul et une journée passée sur la zone coréenne démilitarisée que j’ai commencé un carnet de voyage qui s’est mué progressivement en un récit de voyage, puis en une histoire de 140 pages. J’ai découpé les 90 premières pages et j"en ai déjà dessiné une bonne vingtaine. Les deux albums seront prêts pour 2011. L’approche graphique sera bien sûr différente de Niklos Koda et de La Femme-accident. Le fond appelle le choix de la forme. C’est aussi un excellent prétexte pour se remettre en question et explorer d’autres possibilités de réalisation.

Extrait du T2 de la Femme Accident
(c) Grenson, Lapière, Dupuis

Et Niklos Koda ?

OG : Il n’est bien sûr pas mis au placard. Nous commencerons dès que possible un nouveau cycle. Cette pause nous permet de relancer la série sur des bases encore plus solides et surtout de continuer à faire évoluer Koda vers des pistes plus singulières. Les dix premiers albums constituent bien sûr un matériau très riche pour développer le destin de Koda. Mais notre volonté est de réaliser un nouvel album qui pourra être lu comme le premier tome d’une série. Je ne sais pas encore quelle tournure le dessin de Koda prendra après ces deux diptyques. Je continuerai toutefois à combiner les albums de la série et les one-shots

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire une autre interview d’Olivier Grenson : "Dufaux parvient à me garder dans une motivation constante, de la première planche à la dernière" (Janvier 2007)

Voir une interview filmée d’Olivier Grenson sur le site de notre partenaire France Télévision au sujet de La Femme Accident.

Lire les chroniques de "La Femme Accident" T2 et T1


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Photos des auteurs : (c) Nicolas Anspach

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