Olivier Neuray & VaL ("Les Quasi") : « Une famille en recomposition est un terreau d’anecdotes cocasses ».

31 août 2011 1 commentaire
  • Le dessinateur de {Lloyd Singer} et de {Nuit Blanche} explore avec sa compagne le registre de la comédie de mœurs. Michou et Jim, tous deux quadragénaires et divorcés, nouent une relation amoureuse sous les yeux de leurs enfants.

Michou a regoûté il y a quelque temps déjà aux joies et aléas du célibat. Jim est au fond du trou depuis que sa femme l’a quitté pour son meilleur ami. Michou et Jim se rencontrent, se plaisent, se revoient… Et une jolie histoire commence ! Mais si Jean-Cy, le petit garçon de Jim, et Ziggy, le jeune fils de Michou, sont plutôt contents que leurs parents soient amoureux l’un de l’autre, Béré et Lola, leurs filles respectives, n’ont pas la même opinion.


Olivier Neuray & VaL ("Les Quasi") : « Une famille en recomposition est un terreau d'anecdotes cocasses ».Quel a été la genèse de votre nouvelle série, « Les Quasi » ?

Neuray : Il y a quelques années, VaL m’a proposé un scénario de bande dessinée. Celui-ci n’a pas encore mené à terme, mais nous avons appris à nous connaître. Notre relation s’est rapidement transformée en une relation amoureuse. J’ai proposé à VaL de raconter notre histoire d’une manière très romancée. Nous sommes tous les deux quadragénaires. VaL a eu trois enfants avec un autre homme, et moi deux avec une autre femme. Ces enfants sont des quasi-frères et des quasi-sœurs. VaL avait appris ce terme lors d’un stage de médiation familiale. Les situations que l’on vivait et la manière de réagir de nos enfants, ont entraîné beaucoup d’anecdotes amusantes que nous retranscrivions sur des carnets.

VaL : Nous avons un tel terreau d’anecdotes et de petites histoires avec nos enfants que nous avions envie d’en faire une bande dessinée. Mais quel format utiliser ? Je ne me sentais pas à mon aise dans les gags en une ou deux planches. Le gag est un art à part, et je n’ai pas le talent nécessaire pour en écrire. J’avais plutôt envie d’amener plus de subtilité et de nuance dans notre projet. Seul un long récit pouvait me permettre de l’être.

Extrait du T1 des "Quasi".
(c) Neuray, VaL & Glénat.

Votre premier album traite notamment de la dépression qui suit la rupture.

V : Du côté de l’homme seulement. Pour Michou, la femme, la situation est déjà digérée. Elle est plus loin dans le processus de séparation. Les relations avec son ex-mari sont donc plus calmes ! Par contre, on sent que la rupture vient de se produire chez Jim et Anne-Cé, son ex-compagne. Leur relation est beaucoup plus tendue, à couteaux tirés. La manière d’être des enfants des deux parties n’est pas la même pour cette raison-là.

Vos personnages évoluent dans un univers très « bourgeois-bohème ». Je songe à leur manière d’être, et au nom des gosses : Jean-Cy, Bérénice, etc.

N : VaL a trouvé ces noms. Mais je m’y retrouvais parfaitement, car ils me font penser à ceux des compagnons de classe de mes enfants. Ils sont scolarisés dans le Brabant-wallon où les mamans ressemblent à nos personnages. Je ne crois pas que nous en avons fait des caricatures. Nous souhaitions mettre en scène ce type d’ambiance. Ce microcosme a quelque chose de comique quand on l’observe de l’extérieur.

V : Je connais des petits Jean-Cyrille. Ceux-ci se font appeler Jean-Cy par leurs copains. Dans les familles BCBG, les parents se font une spécialité de donner des noms composés à leurs enfants. Et ceux-ci se font une joie de les raccourcir ensuite !

Extrait du T1 des "Quasi".
(c) Neuray, VaL & Glénat.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

V : Notre quotidien et nos enfants, bien sûr. Mais aussi des anecdotes qui nous sont racontées par des amis et que nous répercutons dans notre histoire. Ce sont souvent des points de départ qui nous permettent d’arriver à une situation comique.

Les enfants s’avèrent être des éléments perturbateurs quand le couple se met en place.

V : C’est inévitable. Les enfants vont devoir apprendre à composer avec de nouvelles personnes qu’ils n’ont pas choisies. Olivier et moi-même ne vivons pas ensemble, mais nos enfants se côtoient régulièrement depuis des années. Pour beaucoup, les « quasi » doivent vivre ensemble tous les jours de la semaine. Cela pose des problèmes sous-jacents : respect du territoire, la crainte d’être abandonné, la peur de voir un autre enfant préféré, etc. Donc, forcément, cela crée des situations cocasses et amusantes.

Extrait du T1 des "Quasi".
(c) Neuray, VaL & Glénat.

Olivier Neuray, Vous avez modifié votre trait qui est à présent plus semi-réaliste.

N : Oui. Je dessinais de cette manière à mes débuts, avant que je ne réalise Nuit Blanche avec Yann. C’est le style que j’ai intuitivement lorsque je dessine pour m’amuser. J’avais envie de quitter le réalisme qui a un côté fastidieux. Je voulais aussi retrouver une élégance que j’avais quittée lorsque je travaillais sur Lloyd Singer. Cette série était ancrée dans notre époque et ne me permettait pas d’aller vers un esthétisme graphique. Et puis, je travaille à nouveau de manière traditionnelle, en encrant mes planches sur du papier. J’utilisais l’informatique pour Lloyd Singer. Avec le recul, je ne crois pas que c’était une bonne idée. Mon trait était devenu tellement régulier qu’il ne me plaisait plus. J’avais envie de retrouver une ligne plus claire, même si elle est parfois plus accidentée…

Les couleurs sont réalisées par Ruby, qui a travaillé avec Dupuy & Berberian notamment.

N : On a eu beaucoup de chance qu’elle accepte de travailler sur les Quasi. Je suis très content de son travail. Elle a fait preuve d’une grande créativité. Je lui marquais des explications anodines, pour souligner par exemple si c’était une scène de jour ou de nuit. Je la laissais libre de faire ce qu’elle voulait. J’étais à chaque fois épaté quand je recevais les pages en retour.

Cet album a été accompagné par l’éditeur Daniel Bultreys qui a été engagé par Glénat après son licenciement chez Dupuis.

N : J’ai été malheureux lorsqu’il a été obligé de quitter les éditions Dupuis. Il était mon éditeur sur Lloyd Singer. Daniel a une attention permanente pour ses auteurs. Je n’ai jamais été aussi bien accompagné. Il lit toutes les pages et donne une réaction par rapport à chaque image, et presque chaque ligne. Il est passé chez Glénat. Je voulais continuer à travailler avec lui. Si je réalisais une autre série que Lloyd Singer, il était normal que cela soit lui qui l’édite.

Michou, le personnage féminin ressemble à VaL.

N : Oui, d’une manière générale, j’aime dessiner mon amoureuse. C’est plus facile… Par contre, je ne me suis pas dessiné. Ce n’était pas une bonne idée d’avoir un crâne d’œuf comme héros (Rires).

V : Nous ne voulions pas non plus que cela soit une autobiographie. Olivier désirait me dessiner. Mais les autres personnages ne ressemblent pas à nos proches. Ce récit est inspiré de ce que nous vivons, mais aussi du parcours de nos amis. Mon ex-mari ne ressemble pas au père des enfants de Michou. Heureusement, sinon cela aurait été « règlement de compte à OK Coral ». Et notre livre pouvait être une source de conflit. Les personnages sont des mélanges de différentes personnes réelles ou imaginaires, avec des dominantes et des variantes.

Croquis représentant VaL.
(c) Neuray.

Est-ce qu’Olivier intervenait dans l’écriture ?

V : Je lui demandais son avis. Je travaille près de lui, sur une table séparée. À la fin de la journée, je lui remettais mes pages. Je guettais sa réaction. S’il rigolait, j’étais heureuse. Sinon, cela voulait dire que je devais retravailler mes pages. C’était très interactif. Olivier était très présent dans l’écriture, et vice et versa.

N : Par contre, j’ai réalisé le découpage. Val a écrit l’histoire comme une suite dialoguée, comme dans une pièce de théâtre.

Cette bande dessinée a un potentiel commercial incroyable, vu qu’elle s’adresse à tous les quadragénaires divorcés !

V : ...Et à leurs enfants ! Nous avons essayé que l’album intéresse à la fois les parents et les enfants. Nous testions les pages sur nos propres enfants. Chaque fois qu’ils revenaient de chez leur papa et maman respectifs, ils nous demandaient de lire les nouvelles planches. C’était une aventure à nous deux, mais aussi familiale, à sept !

N : Nos enfants adorent cette expérience. En fait, j’ai reproduit un rêve de gosse. Mon père dessinait très bien et je le poussais constamment à créer une bande dessinée. Il ne l’a jamais faite. Je viens de réaliser avec mes enfants ce que je voulais quand j’étais môme. C’est étonnant !

(par Nicolas Anspach)

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Lire d’autres interviews d’Olivier Neuray :
- « C’est au contact de la violence que Lloyd Singer évolue » (Février 2011)
- « Lloyd Singer (Makabi) va devoir accepter la part de violence qui est en lui ! » (Mars 2007)
- « Makabi est devenu le défenseur des femmes opprimées » (Mars 2005)

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Photo de O. Neuray : (c) Eric Lamiroy - Eric2.

 
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