Olympia Kyklos : auto-plagiat ou véritable accomplissement d’une œuvre ?

19 juin 2021 0 BD d’Asie par Aurélien Pigeat
Éditeur : Casterman Dessinateur : Mari Yamazaki
  • Une nouvelle série de Mari Yamazaki ? Quelle bonne nouvelle ! Mais quoi : encore une histoire de voyage dans le temps entre l’antiquité et le Japon moderne ? L’autrice recyclerait-elle sans vergogne la recette de son succès « Thermae Romae » ? Et bien pas du tout : Olympia Kyklos s’avère tout bonnement une œuvre importante qui donne sens à ce qui n’était d’abord qu’un procédé comique.
Olympia Kyklos : auto-plagiat ou véritable accomplissement d'une œuvre ?
La jarre antique, mieux qu’une DeLorean !
Olympia Kyklos © 2018 Mari Yamazaki

L’action débute dans un petit bourg de la Grèce antique, au IVe siècle avant notre ère. Le jeune Démétrios y travaille dans un atelier de peinture de céramique en rêvant à la belle Apollonia, la fille du chef village, tandis que son maître pense qu’il gâche ses immenses qualités sportives et athlétiques en choisissant l’oisiveté et la paresse plutôt que l’effort et la quête des honneurs aux Jeux Olympiques. Surtout, ce maître se montre circonspect quant aux choix esthétiques de son apprenti.

Un conflit territorial lui fait endosser la responsabilité du devenir-même de son village, qui doit se résoudre justement dans une épreuve sportive. Angoissé, Démétrios se réfugie dans une jarre, qui frappée par un éclair, le transporte à Tokyo, en 1964, dans la demeure d’un spécialiste de la Grèce antique (ça tombe bien !). C’est le début d’allers-retours entre cette période moderne et l’époque d’origine de Démétrios. Lors de ses séjours au Japon, notre héros découvre non seulement divers aspects du sport et de la compétition, mais aussi de la fête en général.

Page couleur d’ouverture du tome 1
Olympia Kyklos © 2018 Mari Yamazaki
Le sport... sous toute ses formes !
Olympia Kyklos © 2018 Mari Yamazaki
Mais qui donc, coiffé de ce béret, se retrouve à courrir devant Démétrios ?
Olympia Kyklos © 2018 Mari Yamazaki

Évidemment, l’intrigue, telle qu’ainsi posée, ne peut qu’évoquer le procédé des voyages temporels imaginé par Thermae Romae. Olympia Kyklos - dans la sélection finale du Prix Asie de l’ACBD 2021 - peut apparaître, à l’occasion d’une lecture rapide, comme une sorte d’auto-plagiat au cours duquel Mari Yamazaki aurait simplement déplacé les marqueurs géographiques, temporels et thématiques : de la Rome antique à la Grèce antique, du Japon contemporain à celui des années 1960, de la culture des bains à celle du sport. Mais en fait, au fur et à mesure de la lecture, Olympia Kyklos se révèle l’accomplissement véritable de ce qui semble n’avoir été avec Thermae Romae, finalement, qu’une esquisse.

Bien entendu, la confrontation des époques nourrit activement l’humour et permet au titre de se situer dans une veine de comédie dans laquelle la mangaka excelle. On conserve un ton globalement enjoué au sein d’une lecture à la fois plaisante et cultivée. La connaissance par Mari Yamazaki ne fait aucun doute et la fin des volumes regorge d’éléments historiques et culturels précieux. Mais c’est par deux autres aspects qu’Olympia Kyklos va indéniablement plus loin que Thermae Romae et s’impose comme œuvre d’importance et non comme simple resucée amusante.

D’emblée, les sujets du sport et de la création artistique clairement posés
Olympia Kyklos © 2018 Mari Yamazaki
Démétrios découvre le manga !
Olympia Kyklos © 2018 Mari Yamazaki

Le premier de ces aspects concerne la réflexion qu’engage chacun des voyages opérés par Démétrios. Chaque aller-retour est l’occasion pour le personnage de se questionner activement sur les événements auxquels il se trouve confronté. Le sport est interrogé du point de vue des valeurs qu’il véhicule, du plaisir ou de la contrainte qu’il représente, de son usage public et politique, etc. Et cela de façon parfois grave, comme avec le destin tragique du champion japonais Kōkichi Tsuburaya, personnage d’un arc narratif du manga. Le propos est passionnant, bien développé, témoignant d’une maïeutique maîtrisée et permet à l’ouvrage de proposer un fond rare qui évidemment résonne avec l’actualité. Car la réflexion née de la comparaison entre la Grèce antique et le Japon de 1964 appelle celle – favorisée par les JO de Tokyo de 2020/2021 – avec notre époque contemporaine.

Dans l’atelier de Tezuka
Olympia Kyklos © 2018 Mari Yamazaki

Le second aspect découle en partie du premier : Olympia Kyklos affiche rapidement une dimension réflexive active et assumée. Démétrios ne s’interroge pas que sur ce que représente, pour lui ou pour les autres, le sport ; il est avant tout un peintre et la création artistique, avec ses modalités, ses visées, ses effets et son public, s’impose très vite comme central dans l’intrigue. Le tome 2 s’avère décisif à cet égard puisque Démétrios y découvre les mangas et assure en urgence une tâche d’assistant chez… Osamu Tezuka lui-même ! En convoquant, de manière humoristique mais néanmoins sérieuse, la figure tutélaire du manga, Mari Yamazaki fait de sa série un plaidoyer vivant pour la légitimité et l’importance de son art.

Avec un cliffhanger à la fin du tome 2 qui promet de nous emmener à la rencontre de Platon, on n’a plus qu’une hâte : poursuivre le périple de Démétrios et la lecture d’un Olympia Kyklos qui montre comme une grande autrice peut se réinventer complètement en faisant mine de reprendre un procédé qui l’avait fait connaître, pour mieux lui donner sens.

Faire parler la légende
Olympia Kyklos © 2018 Mari Yamazaki

(par Aurélien Pigeat)

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Olympia Kyklos T1 et T2. Par Mari Yamazaki. Traduction Ryoko Sekiguchi et Wladimir Labaere. Casterman. Sorties les 17 mars (tome 1) et 16 juin (tome 2). 8,45 euros.