Omni-visibilis - Par Matthieu Bonhomme et Lewis Trondheim - Dupuis

29 septembre 2010 12 commentaires
  • Une rencontre insolite entre un scénariste hyper-productif et un dessinateur habitué aux univers historiques foisonnants qui accouche d'un album délirant au style parfaitement maitrisé. Et même si l'idée de départ n'est pas si originale, ces 150 pages s'avalent goulûment.

Un type ordinaire, voire loser, qui se retrouve avec un pouvoir unique, extraordinaire, fantastique... Chacun pourra trouver ce thème dans ses lectures favorites, ses films de chevet... Ici, Hervé, ses lunettes, sa moustache et sa hantise des virus, se transforme en véritable cinéma ambulant, ce qu’il voit et entend arrivant dans la tête.... du monde entier ! Entre ses amis qui veulent le protéger, la police qui le piste et le quidam de base l’arrêtant tous les deux mètres, le malheureux mutant voit sa vie transformée en enfer...

Omni-visibilis - Par Matthieu Bonhomme et Lewis Trondheim - Dupuis

Omni-visibilis, c’est d’abord un style remarquable, avec son noir et blanc rehaussé de bleu, une bichromie désormais bien connue des amateurs de roman graphique. Le dessin de Bonhomme convainc à tous les niveaux : précision, dynamisme, cadrages : un sans faute. Les familiers de l’univers de Trondheim retrouveront certains aspects de son inspiration, en particulier la banalité bousculée par les événements, la critique sociale sarcastique ou encore certaines préoccupations plus prosaïques comme la solitude de l’homme moderne enfermé au petit coin.

Si on peut faire la moue devant un final assez moyen, cette BD célébrant un tandem tout neuf offre un vrai moment d’évasion à option délirante qui se doit d’être salué.


Modification du 1er octobre 2010. Nous avons remplacé l’image issue d’un fichier erroné, suscitant une polémique qui n’avait pas lieu d’être. Nous l’avons donc remplacée. Que nos lecteurs et les auteurs nous excusent. LA RÉDACTION.

(par David TAUGIS)

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12 Messages :
  • " Bonhomme convainc à tous les niveaux"
    Il s’ avère que comme depuis quelques temps j’ ai un nouveau libraire, celui-ci cherche le contact et parfois je cède à son enthousiasme.
    Mais je n’ aurais pas dû. L’ histoire, comme à vous, me semble tourner assez court : Une idée assez peu originale, une fin plutôt ratée.Entre temps on ne s’ ennuie toutefois pas même si l’ on s’ enthousiasme peu.
    Quand au dessin, il me convainc très peu .
    Un bleu totalement inerte qui n’ évolue jamais avec la narration, bref un choix esthétique "minimum syndical".
    Quand au reste, il suffit de regarder la page que vous nous proposez pour se rendre compte que tous les registres de la narration, et du dessin ne sont qu’ effleurés.
    Le cadrage de la première case masque très difficilement que le dessinateur ne cherche qu’ à aller vite pour ne pas avoir à dessiner le sol et les pieds de son personnage grace à un premier plan au noir.
    Le plafond est complètement inexistant même si ce n’ est pas si grave.
    Dés la case deux , le décors est stylisé de la façon la plus minimaliste et banale qui soit.
    C’ est là qu’ un peu de ce bleu pour donner du volume en suivant un hypotétique éclairage aurait été utile (et pas juste décoratif).
    Strip 02 : Un zoom avant qui s’ enclenche à peine pour que dés la première image du strip 03 on décide de faire marche arrière (quelle utilité ?). Il y avait tellement d’ autres moyens.
    Enfin, en dernière case un passage en mode symbolique complètement contrarié par un non-respect grossier de la règle du champ contre champ à cause de la silouhette de la fille. Un noir plein aurait été bien mieux, non ? Car comment gérer deux modes narratifs ayant si peu de cousinage ?
    Oui, je sais, tout celà est motif à discussion et surtout le dessinateur doit se frapper 150 pages ce qui est énorme mais pour ma part, je pense que du coup un dessin plus relaché aurait bien mieux fonctionné car il permet ce genre d’ approximations( Sfar ou un de ses "élève"... ).

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    • Répondu le 30 septembre 2010 à  16:58 :

      Ses ombres appuyées ne fonctionnent pas du tout, n’est pas Mignola qui veut.

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    • Répondu par Sergio Salma le 30 septembre 2010 à  20:10 :

      Excusez-moi d’ajouter mon grain de sel mais votre intervention , cher...., est très intéressante.
      Je ne désire pas prendre la défense de Mathieu Bonhomme qui n’a besoin de personne à ce niveau-là, mais votre critique touche un point important( attention ! Théorie) . Comment écrit-on la bande dessinée, comment s’écrit la bande dessinée. Votre jugement est sévère et m’a un peu étonné dans le sens où je crois comprendre que selon vous il y aurait UNE seule manière de mettre en scène. Donnez l’anecdote à 30 auteurs ( un homme entre dans une pièce, une femme est assise devant un écran, ils se parlent) et vous aurez 30 visions clairement différentes et qui porteront en elles chacune une vérité. Au mot près, l’exercice du remake est une belle façon d’étudier ce que sont tous ces médias narratifs et un bon moyen de voir où se niche la personnalité.

      Vous considérez que ne pas adhérer à une seule "mécanique" est une erreur.
      Pourtant, je trouve que Bonhomme a un découpage très simple, honnête et pur , surtout bien en phase avec ce qui est raconté, montré.

      Ma lecture.
      Case 1 : une personne entre dans une pièce. L’avant-plan est essentiel puisque dans cette pièce il y a des tables et des gens. C’est vers une de ces tables que le perso se dirige, donc, montrer la table qui coupe( avec ombres ou sans) c’est bien expliquer le chemin que le perso est en train de faire.
      Case 2 : on est bien de profil, on n’a pas besoin de voir l’écran, on le sent présent. C’est ce moment parfaitement rendu où on est encore en train de regarder l’écran mais où la personne vient s’imposer. Le regard de la fille est absent de l’image comme il est absent du champ de vision du gars qui aimerait tant que la fille se retourne vers lui. Léger "zoom" pour mieux entendre ce qui va se dire, les personnages vont communiquer, on tend l’oreille, on se rapproche un peu. Case 2 toujours , la main dans la poche montre bien la pose, la gêne du gars. La case 3 montre bien que la fille ne détache pas les yeux de l’écran, on avait donc bien besoin de se rapprocher encore pour saisir la petit moment cruel. Le gars a sa tête coincée dans le cadre, il est mal à l’aise. La fille le nargue sans tourner la tête.
      Case 4. On insiste sur ce "malaise" Le gars se retrouve plus petit, car minable, rapetissé en somme. Grand moment de solitude(s).La fille de profil prouve son indépendance, sa force, elle est hautaine. Le malaise se prolonge. Le noir immense de la case 5 c’est le silence et le désespoir dans lesquels le gars est plongé, son échec, son deuil presque. L’écran apparaît, la fille devient une silhouette absorbée. Si le champ,contre-champ est imparfait c’est parce que le gars esquisse un mouvement de repli.
      On montre le vide, le vertige , rendus par la masse noire, évidemment oppressante, violente.
      Il y a donc dans ces 5 cases une logique parfaite . Mignola n’a RIEN à voir là-dedans. Bonhomme et son scénariste utilisent le noir&blanc sans être dans l’esthétique. Ils sont justes, Mignola est plus dans le graphisme, les lignes, les angles. Il raconte à une tout autre allure. On est ici dans l’intime et le noir&blanc( j’ai pas l’album sous les yeux) parle parfaitement de ce qui se passe entre les personnages. Il y a une dureté entre eux. C’est sec , anguleux.

      il y aurait beaucoup d’autres manières de représenter les mêmes instants. Et non pas comme vous le dites " pourquoi ? A quoi ça sert ?". C’est là justement la grande liberté de l’auteur. Il tournera comme il l’entend autour de son sujet, sa séquence. Un grand décor pour situer. Des gros plans parce qu’on est dans ce genre de récit. Et attention de ne pas faire l’amalgame" images simples donc images de quelqu’un qui veut aller vite." Toutes les images de tous les auteurs (sauf quelques masos, ça existe) sont des solutions pour évacuer un maximum de soucis. Donc en travaillant à un certain format, il est inutile de s’encombrer de fioritures. On ne demande pas à Eisner quand il dessine les buildings de New York de placer une perspective exacte comme le ferait Philippe Francq par exemple. Francq parle de technologie, de lieux, de villes et de richesse(s). On représente donc le monde avec d"abord ses capacités mais avec aussi ses incapacités. C’est ce qui fait le génie de pas mal d’auteurs majeurs.

      Venir en tant que lecteur( mais bien sûr vous êtes auteur ) en disant qu’il y avait MIEUX à faire au lieu de dire qu’il y avait AUSSI d’autres solutions est un peu agressif je pense.
      On ne peut retirer à l’auteur cette liberté. Je pousse le raisonnement à l’extrême : c’est dangereux de penser qu’il n’y a qu’une façon de faire.

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      • Répondu le 1er octobre 2010 à  06:51 :

        "Venir en tant que lecteur( mais bien sûr vous êtes auteur )"
        Non.
        Je me donne le droit, je sais c’ est vilain.

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      • Répondu par ed. Dupuis le 1er octobre 2010 à  13:33 :

        Pardonnez-moi, mais votre analyse se fonde sur un fichier erroné qui écrase trait et bichromie. je transmets à ActuaBd un fichier correct.

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        • Répondu le 1er octobre 2010 à  17:37 :

          Finalement, surtout pour la dernière case.
          L’ "utilité" du premier plan case 01,ou l’ idée du zoom restent. Mais c’ est grandement mieux évidement, plus fluide et lisible.
          ça m’ apprendra à ne pas être allé ré-ouvrir l’ album.

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        • Répondu par Sergio Salma le 1er octobre 2010 à  17:52 :

          j’ai l’air malin avec mon analyse. Haha.

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        • Répondu le 1er octobre 2010 à  19:38 :

          Ah bah évidemment ! Si le noir n’est plus noir mais bleu clair ça change tout, parce que l’ombre sous le cou du héros en noir, ça ne ressemblait à rien. Voilà qui est mieux.

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        • Répondu par Francois Pincemi le 1er octobre 2010 à  19:42 :

          ah cela fait plaisir de voir que les éditeurs suivent les réactions du public sur leurs publications ! Petite question technique : Trondheim a t’il fourni un storyboard à Bonhomme pour ce livre sous forme de dessins rapide ? Ou le scénario etait il tapé à la machine sur micro ?

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          • Répondu le 2 octobre 2010 à  13:34 :

            Tapé à la machine sur micro ? Vous voulez parler de clavier et d’ordi, c’est ça ?

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            • Répondu par Francois Pincemi le 2 octobre 2010 à  21:30 :

              oui, bien sûr, je voulais parler d’un ordinateur relié à une imprimante qui sert à produire des textes qui semblent tapés à la machine. Trondheim a un blog, donc je suppose qu’il dispose de puissants moyens bureautiques. Mais Goscinny et Charlier tapaient eux leurs textes sur de simples machines à écrire, ce qui n’enlevait rien à leur talent. Et Raoul Cauvin crobarde ses scénarii (car scenario est un mot italien masculin, donc le pluriel se dit scenarii, et non scéna-Rios de Janeiro, arf arf arf !°)

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  • Il y eût une série manga intitulée Transparent qui exploitait exactement la même idée de départ...

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