Onomatopée, un nouvel éditeur de BD pour la jeunesse

20 novembre 2005 0 commentaire
  • Les éditions Lito, un des leaders de l'édition jeunesse et de l'imagerie française, créent leur nouveau label de bande dessinées : Onomatopée. Dirigée par Matthieu Blanchin, cette collection a pour objectif d'« accueillir des auteurs exigeants qui cherchent, qui expérimentent souvent différentes formes d'expression ». Au catalogue dès le 9 janvier 2006 : Mathieu Sapin, Riad sattouf, Philippe Kailhenn, Jean-Yves Duhoo...

La BD a la cote dans l’édition française. Longtemps, elle a été méprisée dans le rayon jeunesse, les vendeurs se pinçant le nez devant cette littérature, selon eux, à faible potentiel éducatif. Depuis, les mentalités ont changé et l’on peut situer le début de cette mutation au début des années 80, lorsque Bayard Presse lança le magazine « Je Bouquine ». La plupart des grands noms de la bande dessinée ont en effet illustré des livres pour enfants et cette activité fait même partie d’une condition essentielle pour qu’une carrière d’artiste de bande dessinée soit complètement accomplie.

Effacer les frontières

Onomatopée, un nouvel éditeur de BD pour la jeunesse
Mégamonsieur
de Martin Desbat. Ed. Onomatopée.

La bande dessinée jeunesse a longtemps été l’apanage des grands éditeurs, Dupuis, Le Lombard, Casterman et Dargaud en tête. Perpétuant avec succès les gros nez de l’école belge, ils ont longtemps dominé de la tête et des épaules un secteur que personne ne pensait leur disputer. Le clivage portait essentiellement sur la capacité de lecture des enfants : les livres pour la jeunesse étant souvent dévolus à l’apprentissage de la lecture ; la bande dessinée exigeant du jeune lecteur une capacité de lecture déjà aguerrie. C’est pourquoi la BD se réservait les lecteurs à partir de 7 ans, selon le slogan consacré.

Aujourd’hui, entre fusions et rachats, avec la migration des auteurs d’un catalogue à l’autre, leur refus de se laisser enfermer dans un genre déterminé et la volonté des autres éditeurs de mordre dans le gâteau de la bande dessinée, l’un des rares secteurs de l’édition en croissance continue depuis dix ans, les frontières entre éditeur de BD, éditeur jeunesse et éditeur de littérature générale s’estompent de plus en plus. Industriellement, rien ne ressemble plus à un éditeur de BD qu’un éditeur jeunesse : mêmes méthodes d’impression, diffusion semblable, même technicité dans la diffusion à l’étranger et le montage de coéditions. Ces dernières années, avec le rachat de Mango par Dargaud, la création de Delcourt Jeunesse, le rachat de Treize Etrange par Milan, les collections de bandes dessinées chez Bayard, la création d’une collection jeunesse par Sfar successivement chez Bréal puis chez Gallimard, les ponts entre ces secteurs sont solidement établis.

Ouvrir la créativité à d’autres genres

C’est probablement aux auteurs eux-mêmes que l’on doit cette volonté de rencontre : leur refus de donner des limites à leur créativité, mais aussi, certainement, parce que quelques-uns d’entre eux, devenus jeunes parents, se sont intéressés à la lecture de leur progéniture et ont découvert la créativité des dessinateurs pour la jeunesse. On peut supposer que la situation patrimoniale de la génération des auteurs de la "Nouvelle Bande dessinée" a joué, dans cette mutation, un rôle moteur. Les illustrateurs pour la jeunesse non plus n’ont pas attendu ce regain d’attention de leurs confrères bédéastes pour créer eux-mêmes des BD. Bruno Heitz en a déjà fait quelques-unes plutôt convaincantes, et une grande illustratrice comme Nadja a publié l’année dernière un magnifique album de BD, Le Menteur, adapté d’une nouvelle d’Henry James, chez Denoël Graphic.

Les Semi-Aventures des Hommes-rats
par Wolgang Placard. Ed. Onomatopée.

Ce nouveau label, "Onomatopée", a été créé au sein des éditions Lito, une maison fondée en 1951 [1]qui a depuis longtemps développé une forte position dans l’imagerie et l’édition jeunesse. À la fois son propre diffuseur et son propre distributeur, cet éditeur a à son actif quelques best-sellers du livre pour enfants, notamment la série Juliette. Il a décidé de faire confiance à l’auteur de bande dessinée Matthieu Blanchin, ancien d’Émile Cohl à Lyon, puis de l’école Estienne à Paris, publiant des BD aussi bien dans Pilote que dans Lapin et chez Ego Comme X où son titre Le Val d’âne avait obtenu le prix du meilleur album à Angoulême 2002. Il a également signé l’illustration de nombreux ouvrages pour enfants publiés chez Hachette, Gallimard, Flammarion, J’ai lu, Atlas, Nathan ou Pocket...

Six albums en janvier

Le fait de choisir comme label le mot « onomatopée », abhorré des éducateurs et longtemps utilisé pour stigmatiser la BD, est d’une appréciable ironie. Six albums seront en vente à partir du 9 janvier : le premier tome des « Aventures de Monsieur Laperche », Les Semi-Aventures des Hommes-rats de Wolfgang Placard, le premier tome de la série « Les Jeunes de la Jungle » de Mathieu Sapin (dessin) et Riad Sattouf (Scénario), la série « Folalié » dont le premier tome Le Trésor de Corcodème est signé Philippe Kailhenn et Pierre Coré, la série « La Bande des Bandits » avec son premier volume Inconnu à la déverse de Jean-Yves Duhoo et Dorothée de Monfreid, la série « Mégamonsieur » de Martin Desbat avec son premier opus L’Attaque des Ploutes ; enfin, le charmant petit album de Ronan Badel, Petit Sapiens dans un format 16x22cm. Un programme fourni et ambitieux qui vient renforcer davantage la BD jeunesse dans nos librairies.

Les Semi-aventures des Hommes-Rats
par Wolfgang Placard. Ed. Onomatopée.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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[1Elle a publié à ses débuts les premiers travaux de Marcel Gotlib, des livres pour enfants signés Mar-Clau, puis pendant quelques années, des livres d’imagerie avec les Schtroumpfs.

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