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Où sont passés les grands jours ? T1 - Par Alex Tefenkgi et Jim – Editions Bamboo

  • Étienne, Jean-Marc, Hugo et Fred formaient une bonne bande de copains. Tournées de bars, virées de grands ados amateurs de filles et de bringues... Un groupe solide et soudé, jusqu’à ce que la mort vienne frapper l’un d’entre eux.

Le suicide de Fred bouscule leur insouciance et plus particulièrement Hugo qui ne parvient pas à croire à la disparition de son ami. Il se refuse à supprimer son numéro de téléphone de son répertoire, tente même de l’appeler. Conviés chez le notaire, les trois garçons se voient attribuer chacun un cadeau laissé par le défunt, un cadeau insolite et particulier qui ne fait qu’ajouter trouble et confusion.

C’est peu dire que ces événements vont chambouler le quotidien de ce trentenaire gentiment bobo ; d’autant que pour Hugo, cela intervient en pleine crise identitaire à la veille de la quarantaine. Père d’une petite fille, le jeune homme est tiraillé entre une épouse charmante et compréhensive et une maîtresse qui attend un enfant de lui. La mort de Fred le pousse à chercher un sens à cette vie faite d’incertitudes professionnelles et d’autres manques. Au fil de ses déambulations nocturnes surgissent interrogations et regrets à propos de l’amitié, de l’amour et des rêves qu’on porte en soi. En s’obstinant à ne pas effacer le numéro de son copain, c’est aussi peut-être l’adolescence et sa légèreté que le jeune homme refuse de voir partir. Envahi par une mélancolie et pas mal de désillusions il erre sous la pluie froide et parisienne, attendant en vain une réponse du copain disparu : « - Fred, cette fois, je crois que j’ai merdé… J’ai merdé sur toute la ligne ». Et après… ?

Où sont passés les grands jours ? T1 - Par Alex Tefenkgi et Jim – Editions Bamboo
Un récit qui va bien au delà d’un discours sur la mort.

Dans la lignée d’Une Nuit à Rome, diptyque tout récemment paru chez le même éditeur, Jim récidive avec un récit introspectif et sensible prenant appui sur la crise de la quarantaine.

Dans ce scénario bien écrit, on retrouve ses thèmes privilégiés : le temps qui passe, les rêves inachevés et leur confrontation avec la réalité de la vie. Une tentative de traduire au plus près les sentiments, les impressions qui affleurent au cours de la disparition de Fred.

Si l’on peut être tenté de reprocher au récit sa lenteur et parfois son manque de souffle, le dessin, en revanche, maitrisé et séduisant d’Alex Tefenkgi confère une ambiance qui colle totalement au récit. Il renvoie avec justesse à la mélancolie et au spleen qui traverse le héros. Une efficacité toute en nuance également soulignée par la qualité des couleurs.

Des ambiances où la mélancolie se confronte au temps qui passe.

Le dessinateur dont on avait pu apprécier le travail dans de précédents ouvrages (Tranquille courage et les Âmes nomades scénarisé par Olivier Merle, déjà publiés chez Bamboo) a manifestement trouvé là un univers qui lui convient et qu’il illustre avec élégance. Son trait est plus souple, plus léger et témoigne d’une vraie maturité graphique. Il restitue parfaitement « la petite musique » d’un album qui cherche à apprivoiser avec lenteur et patience le lecteur parfois trop pressé. Les couleurs et les lumières y sont subtiles et douces : elles nous plongent au cœur des réflexions troublantes de Hugo, perdu dans un voyage mélancolique et immobile.

Un héros qui prend conscience d’être passé à côté de ses rêves.

Le soin apporté à la fabrication de l’album accentue encore cette impression d’écrin au service d’une narration toute en émotion et en délicatesse.

« Album générationnel » , Où sont passées les grands jours ? ne manquera pas d’interpeller tous ceux qui, une fois dans leur vie, se sont posés la même question. Un gage de succès pour ce premier tome fort réussi.

© Illustrations Jim & Alex Tefenkgi - Bamboo Edition

(par Patrice Gentilhomme)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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