PEYO L’ENCHANTEUR : Une biographie attendue.

21 décembre 2003 0 commentaire
  • Cet ouvrage vient réparer une injustice : La bibliographie critique de l'auteur des {Schtroumpfs} tient sur une malheureuse page et s'intéresse davantage au phénomène de société qu'à l'incommensurable talent du dessinateur belge. Pour la première fois, la biographie d'Hugues Dayez apporte des éclairages personnels à la compréhension de l'œuvre de Peyo, une mine d'informations soutenue par une riche iconographie et une édition impeccable.

La couverture que Dupuy et Berbérian ont concoctée pour illustrer l’ouvrage montre bien toute l’incompréhension qui est celle qui frappe l’œuvre de Peyo, l’un des auteurs belges les plus réputés dans le monde, un scénariste et un graphiste hors pair : Il est représenté au milieu de ses seuls Schtroumpfs réduits à l’état de symboles, avec les mains dans les poches, en costume de businessman et avec au bec un cigare de capitaliste. Nos deux dessinateurs ne sont pas coupables de ce cliché. Il s’impose à eux car il est probable que l’on ne retiendra de Peyo que son incroyable succès et ses sympathiques bestioles bleues.

Mais c’est faire bon marché d’un auteur qui suscitait l’admiration de Franquin au point qu’il s’enthousiasme à participer à plusieurs de ses créations : Johan & pirlouit et Benoit Brisefer (c’est une des révélations de ce livre) ; c’est réduire à peu le rôle de chef d’école qui est le sien : voici un homme qui, au même titre que Jijé, Hergé et Franquin, contribua, en formant de jeunes auteurs (Derib, Gos, Walthéry…) à la perpétuation d’un style qui fait partie aujourd’hui du Panthéon de la BD mondiale ; c’est ignorer un scénariste de génie capable de créer des personnages affectifs et universels ; c’est oublier que Peyo est aussi un graphiste qui réussit la parfaite synthèse entre le style rond « à la Disney » et les canons de la Ligne Claire à la Hergé, un pilier de l’école dite « de Marcinelle » ; c’est enfin nier la personnalité rayonnante de Peyo, un homme déterminé et juste qui avait parfaitement assimilé les mystères et les contours du média moderne de la bande dessinée, passant sans heurts de la planche à dessin au cinéma, à la télévision et au merchandising. A ce titre, il a montré la voie à toute l’industrie.

La plus grande réussite de ce livre est sans conteste son titre : « Peyo l’enchanteur ». Sa magie a fait le tour du monde, des Etats-Unis au Japon, de la Russie à la Chine. Aucune autre création franco-belge n’avait autant approché cet idéal auquel aspire tout créateur : l’universalité.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Peyo L’Enchanteur par Hugues Dayez aux Editions Niffle.

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