Pang Bangben : "Le lianhuanhua n’est pas fait pour les collectionneurs : il doit évoluer."

24 septembre 2012 2 commentaires
  • Pang Banben, âgé de 77 ans, est un peintre reconnu, ancien éditeur et dessinateur de lianhuanhua. Au sein de l’Association des Artistes chinois, il dirige le Comité chargé de la bande dessinée, de l’animation et du jeu vidéo.

Pang Bangben, pouvez-nous parler un peu du comité que vous présidez ?

Il rassemble 20 personnes, des éditeurs, des entrepreneurs, et est chargé de discuter des orientations des œuvres destinées à la jeunesse.

Le lianhuanhua est donc considéré comme destiné à la jeunesse... Dans quelles circonstances ce comité a-t-il été créé ?

Quand les mangas japonais ont commencé à être édités en Chine, il y a eu beaucoup d’éditions pirates d’œuvres qu’on pensait ne pas être présentables pour la jeunesse. Le gouvernement s’est alors inquiété et il y a eu la constitution du comité.

Nous prônons une visée éducative, pas seulement de divertissement.

Pang Bangben : "Le lianhuanhua n'est pas fait pour les collectionneurs : il doit évoluer."
Peinture à l’huile
(C) Pang Bangben

Votre comité œuvre au sein de l’Association des Artistes chinois. Est-ce à dire que le lianhuanhua est considéré en Chine comme un art, au même titre que la peinture ou la littérature ?

Non, on ne peut pas dire ça. Il y a différents niveaux. Le lianhuanhua est une expression populaire, même si de grands artistes en ont fait.

Vendeur de rue de lianhuanhua dans les années 20 à Shanghai

Dans les années 1920, le lianhuanhua commence à se développer à Shanghai. Comment était-il perçu par les intellectuels novateurs de l’époque, je pense à particulier à Lu Xun ?

A ce moment-là, le lianhuanhua était couramment nommé « xiaorenshu ». Il y a deux sens possibles à ce nom : soit « livre pour petits hommes », donc « livre pour enfants » ; soit « livre avec des petits hommes » à cause de la taille des personnages dans les images.

Il y avait des vendeurs de rue à Shanghai. Les enfants pouvaient venir là et louer les livres.

Couverture de la revue Nouvelle Jeunesse avec un sous-titre en français. La revue est alors francophile.

Pour Lu Xun, le lianhuanhua s’adressait donc aux enfants ou aux gens sans grande culture. Les intellectuels qui animaient la revue Nouvelle Jeunesse s’en réjouissaient car ils pensaient que cela pouvait aider les illettrés, leur apporter une éducation.

En fait, le lianhuanhua s’est surtout développé après la fondation de la République Populaire de Chine, en 1949...

Oui, et ceci pendant cinquante ans.

Il faut comprendre que jusqu’au début des années 1980, il n’y avait pas de marché de l’art en Chine. Il n’était donc pas possible, ou pas facile, de vendre ses œuvres personnelles.

Vendeur de rue de lianhuanhua, années 50

Comme le paiement pour le lianhuanhua était correct, pas énorme, mais correct à l’époque, de nombreux artistes se sont tournés vers le lianhuanhua pour gagner leur vie.

C’était aussi un moyen d’être connu pour eux ?

Oui, car il y avait très peu de magazines à l’époque. Il y avait Lianhuanhua Bao, consacré au lianhuahua et Dazhou Dianying, consacré au cinéma. C’est tout.

Alors, pour être un artiste connu, il fallait faire un bon lianhuanhua et le publier dans Lianhuanhua Bao.

Vendeur de rue de lianhuanhua, années 60

Que s’est-il passé dans les années 1980 ?

Le marché de l’art s’est ouvert. Des ventes aux enchères sont apparues.

Alors, de nombreux artistes de lianhuanhua se sont engouffrés dans cette brèche. Ils pouvaient gagner plus d’argent tout en mettant en avant leur expression personnelle.

J’ai rencontré des collectionneurs de lianhuanhua qui déplorent que de grands auteurs, aient changé de style dans les années 1980.

Ces collectionneurs sont des nostalgiques. Ils pensent que plus c’est vieux, mieux c’est. Mais je crois que leurs idées sont limitées, car l’art n’est pas fait pour les collectionneurs. Il faut qu’il vive, qu’il y ait du changement.

Une page du Masque d’Argent, œuvre des années 80.
(C) Pang Bangben

Pour vous, de quand datent les meilleurs lianhuanhua ?

Des années 1980, parce qu’il y une grande variété dans les styles et les histoires. À ce moment-là, les artistes ont un esprit plus ouvert et ils combinent diverses influences artistiques.

Une page de La Bible, dessinée dans les années 80
(C) Pang Bangben

Vous êtes vous-même auteur. Quel est le style de vos œuvres ?

J’ai toujours fait des adaptations d’œuvres littéraires occidentales.

Le lianhuanhua est-il en déclin aujourd’hui ?

C’est vrai que la production est aujourd’hui peu importante. C’est dommage, car les bons artistes ne veulent plus faire du lianhuanhua, et ceux qui en font ne sont pas de très bons dessinateurs.Et puis surtout, il n’y a pas assez de bons scénaristes.

Mais je ne dirais pas qu’il s’agit d’un déclin, plutôt d’un changement. Il y a un développement intéressant. De jeunes artistes combinent des influences occidentales ou japonaises et le lianhuanhua.

Cela peut donc être un nouveau départ. En fait, je suis plutôt optimiste.

Les Trois Royaumes, un lianhuanhua influencé par le manga et la bande dessinée européenne, un exemple de ce que le comité présidé par Pang Bangben appelle de ses vœux.
(C) Chen Weidong, Liang Xiaolong, Anhui Publishing Group

(par Yohan Radomski)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Merci à Li Cui pour l’interprétariat et à Sun Juan pour son aide.

 
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2 Messages :
  • Passionnant aperçu et qui est à mettre en lien avec la culture de Tchang précédent sa rencontre avec Hergé. Il reste encore beaucoup à découvrir de cette culture populaire avant guerre en Asie ! Merci pour cette lecture !

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  • La très vieille bande dessinée chinoise(on parle de l’an 300)tient beaucoup plus de la notre que des mangas.La planche en noir et blanc présentée, toute"latine" d’apparence quelle est ,fait immanquablement penser à la BD espagnole et surtout barcelonaise pratiquée par la fameuse équipée de Josep Toutain ,à peu près à la même époque.Equipée qui des années auparavant avait solidifié son talent ,comme quelques italiens,en Argentine.Avant de resplendir dans la BD de genre.

    Ces très grands talents ont eux aussi adaptés de œuvres littéraires ,fantastiques souvent,de grands écrivains comme Maupassant ,Dumas,et Prosper Mérimée.

    Pour le reste du discourt:il fait immanquablement sourire tellement il rappelle de vieilles lunes,disons,positionnante....

    Bizarre aussi comme,partout,le dessin ramène inévitablement à l’enfance,alors que dans l’art séquentiel ,il n’est qu’un vecteur de communication,bien plus élaboré mais identique aux lettres de l’alphabet ;et que dès lors : la notion de bon ou mauvais dessinateur importe peu.

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