Papcio Chmiel, disparition d’un auteur incontournable de la BD polonaise

28 janvier 2021 3
  • Papcio Chmiel, auteur de « Tytus, Romek i Atomek », la première série de bande dessinée en Pologne, est décédé dans la nuit du 21 janvier à l’âge de 97 ans.

Il est des coïncidences troublantes, à quelques heures d’intervalles deux grandes figures de la bande dessinée populaire nous ont quittées, tous les deux avaient 97 ans. Vous connaissez probablement l’un d’entre eux, Jean Graton alors que vous n’avez surement jamais lu les oeuvres de l’autre, bien qu’il ait bercé l’enfance de millions d’enfants... polonais.

Papcio Chmiel, disparition d'un auteur incontournable de la BD polonaise
Henryk Jerzy Chmielewski, aussi connu pour sa coiffure et ses moustaches
©DR

Né à Varsovie le 7 juin 1923, Henryk Jerzy Chmielewski, plus connu sous son surnom de Papcio Chmiel (« Papa Chmiel ») a exercé plusieurs métiers dont graphiste, publicitaire, journaliste, et auteur de bande dessinée. Son humour absurde, ses récits à la fois fantaisistes et didactiques, ont fait sourire des générations de Polonais et se sont vendus à une dizaine de millions d’exemplaires.

Jeune homme, membre de l’Armée intérieure, Chmielewski participe à l’Insurrection de Varsovie en 1944. Après-guerre, il commence à dessiner dans la revue Świat Przygód (Le Monde d’Aventures), qui publie entre autres des séries étrangères sans en avoir acheté les droits. C’est le cas de la série américaine King of the Royal Mounted, dont la publication risquait d’être interrompue faute de nouveau matériel, ce qui obligea Chmielewski à en dessiner quelques épisodes.

Une page de la série dans la revue "Świat Młodych"
© Papcio Chmiel

En 1949, Le Monde d’Aventures fusionne avec un journal scout pour former la nouvelle revue Świat Młodych (Le Monde de la Jeunesse) et arrête la publication de bandes dessinées, un médium considéré par le gouvernement communiste de l’époque comme une forme d’art impérialiste américaine.

De 1950 à 1956, Chmielewski étudie aux Beaux-Arts de Varsovie. Il se destine à une carrière de graphiste et d’affichiste. En 1957, avec la déstalinisation et le relatif vent de liberté qui s’ensuit, les revues sont à nouveau autorisées à publier des bandes dessinées.

Les premiers livrets publiés à partir de 1966 aux couvertures très arty

Sautant sur l’occasion, Chmielewski réalise un récit de dix pages mettant en scène A’tomek (sur un jeu de mots entre « atome » et Tomek, diminutif de Thomas) et Romek (diminutif de Roman). L’histoire est celle de deux garçons visitant une exposition consacrée à l’aéronautique et se retrouvant coincés dans une fusée et propulsés accidentellement dans l’espace. Ils en ramènent un chimpanzé utilisé pour des expériences, qui sait parler et se nomme Tytus de Zoo.

Un motif récurrent de la série : Papcio Chmiel appelle ses personnages à venir participer à de nouvelles aventures © Papcio Chmiel
© Papcio Chmiel

Chmielewski présente son récit à la revue Le Monde de la jeunesse , mais le rédacteur en chef, craignant encore la censure, décide qu’il ne publiera pas de bandes dessinées. Suite au lancement du satellite Spoutnik par l’URSS le 4 octobre 1957, il ose finalement, le récit est publié le 22 octobre. Le succès est immédiat. Au fil des aventures, Chmielewski met de plus en plus en avant le singe Tytus, spontané et farfelu, suscitant les sympathie des lecteurs.

Sans doute pour des raisons techniques, les premiers livrets alternent pages en couleur et en noir et blanc

En 1966, la maison d’édition Wydawnictwo Harcershie (Les Editions des Scouts) propose à l’auteur de réaliser un récit spécialement conçu pour une publication dans un livret à l’italienne. Le tirage de 30 000 exemplaires se vend en une semaine. Un deuxième livret se vend à 50 000 exemplaires. L’éditeur se lance dans la publication de ce qui sera la première série polonaise en bande dessinée.

Planches originales exposées au festival de Łódź
en 2007 pour les 50 ans de la série
© Papcio Chmiel

Les sujets didactiques (scoutisme, code de la route, aéronautisme, armée, etc.) sont imposés à Papcio Chmiel, qui s’en tire grâce à sa fantaisie. Il prend ainsi l’habitude de se mettre en scène dans ses strips et de jouer continuellement entre la réalité et la fiction. Un autre personnage récurrent de son travail est le professeur excentrique T. Alent qui invente de fantastiques véhicules volants pour Tytus, Romek et Atomek. Cette passion, l’auteur la transmettra à son fils qui deviendra ingénieur pour la Nasa.

Planches originales exposées au festival de Łódź
en 2007 pour les 50 ans de la série

Jusqu’en 2008, 31 volumes de la série seront publiés ainsi que des livres illustrés montrant les héros prenant part à des événements importants de l’histoire polonaise. Au fil des années, Tytus, Romek et Atomek ont aussi été déclinés en dessin animé, jouets, pièces de théâtre, jeu vidéo, etc.

Dans une des dernières aventures de "Tytus, Romek i A’Tomek" Papcio Chmiel profite de son passage sur les planches pour apprendre la perspective à ses lecteurs.
© Papcio Chmiel

Depuis l’année 2000, le festival de Łódź décerne le Prix Papcio Chmiel à une personne ayant magistralement oeuvré en faveur de la bande dessinée polonaise. En 2019, ce prix a été décerné à Grzegorz Rosiński.

Grzegorz Rosiński recevant la médaille « Humoris Causa » du Prix Papcio Chmiel en 2019
© Dariusz Kulesza

Voir en ligne : Visiter le site officiel de "Tytus, Romek y A’Tomek"

(par Yohan Radomski)

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