Papiers Nickelés, dix ans de curiosité pour la chose dessinée

1er août 2014 1 commentaire
  • En 10 ans et 41 numéros, la revue cornaquée par Yves Frémion est à l'image de son timonier : sans œillère, curieux et primesautier, mais elle n'en constitue pas moins une référence. Allons-y faire un petit tour...
Papiers Nickelés, dix ans de curiosité pour la chose dessinée
Anne Delobel, pilier essentiel du journal.

"Il n’est point de pauvres images pour un esprit curieux" disait Champfleury, l’un des premiers historiens du dessin et de la caricature.

Telle est la ligne de la revue Papiers Nickelés, née en 2004 autour d’une petite bande de passionnés animée par Yves Frémion, Jacques Bisceglia et Anne Delobel, réunie dans une de ces associations Théodule dont Frémion a le secret : le "Centre international de l’Imagerie Populaire, du dessin imprimé et du patrimoine sur papier (CIP)", cependant soutenue, et c’est heureux, par le Centre National des Lettres.

Des bénévoles généreux, des experts de l’air du temps, des collectionneurs invétérés et des chineurs impénitents, voilà de quoi est composée l’équipe de Papiers Nickelés dont le titre-calembour fait retentir, chaque fois qu’il le prononce, le rire de stentor de son fondateur.

Une équipe qui a décidé de ne pas rester enfermée dans le seul genre de la bande dessinée, mais qui est aussi capable, comme nous le faisons parfois sur ActuaBD.com, de s’intéresser à tous les modes d’expression de l’illustration (même si on sent que le numérique, c’est pas leur came) : du livre illustré pour la jeunesse au dessin de presse, de la publicité au dessin pour la chronique judiciaire, de l’illustration philatélique au design d’un couvercle de boîte de camembert...

En pointe pour le droit de citation graphique.

On en a la confirmation en lisant le sommaire des derniers numéros : ici des dessins fripons de Ronald Searle, là un portrait d’Endré, un dessinateur italien ayant vécu à Paris dans l’entre-deux-Guerres, là une illustration publicitaire de Marcel Duchamp pour la promotion d’une poupée... ; ici le signalement des faux Rob-Vel de Spirou que l’on trouve sur Ebay, là un écho de prétoire où l’on découvre que le Front National a utilisé Astérix sur sa page Facebook ; on fait un détour par les fées du dessinateur anglais Brian Froud, par les dessins du réalisateur Federico Fellini, ou encore par des devinettes curieuses publiées par l’imagerie Pellerin à Épinal...

Même les philatélistes devraient s’y intéresser.

Dans le N°40, un numéro anniversaire qui rend hommage aux correspondants étrangers du journal, un article sur John Cuneo, illustrateur au New Yorker, la découverte d’un dessinateur portugais, Eduardo Teixeira Coelho, qui œuvrait en France sous le pseudonyme de Martin Sièvre, un article sur l’illustrateur Mose, un autre sur le Japonais Aoi Fujimoto, un autre encore sur l’illustrateur fantastique Willi Glasauer, un portrait de Philippe Coudray, l’auteur de L’Ours Barnabé, un papier sur le pionnier américain du comic strip Gustave Verbeek, un autre sur les "Komiks" philippins ou encore sur le système de datation des affiches grâce aux visas de censure de la Grande Guerre, un autre enfin sur l’artiste taïwanais Yo-Shiang Ao. À noter aussi un article sur les romans xylographiques de l’artiste tchèque Bochořàkovà-Dittrichovà, pionnière du "roman graphique"... On ne peut rêver plus éclectique !

Le passé et le présent sont très liés dans Papiers Nickelés. On lève le sourcil sur un article racontant les ennuis d’un "Journal Parlé", un spectacle couplé à une revue de caricature censurés à cause d’une portrait-charge d’Alfred le Petit attaquant Jules Ferry, affublé pour la circonstance d’un nez kilométrique.

Le N°40 de PN fait la part belle à ses correspondants étrangers au nombre de 15.

La signataire de l’article, Corinne Taunay, fait reluire l’exploit mais oublie de signaler qu’Alfred le Petit, un anticlérical notoire pourtant, était l’un des dessinateurs antidreyfusards les plus virulents de son temps et que cette "affaire du nez" a des relents antisémites très identifiables. Cette histoire de spectacle interdit en raison de ses sous-entendus antisémites a quelques points communs avec une autre affaire autrement plus contemporaine, celle d’un certain... Dieudonné. On espère que l’auteure nous éclairera sur ces points dans la deuxième partie de ce passionnant article.

Dans le numéro suivant, Daniel Mendelsohn raconte quant à lui comment des dessinateurs israéliens comme Dudu Geva, Zeev Engelmayer, Ronny Edry ou encore Michel Kichka luttent en faveur de la paix dans leur propre pays, vent debout contre les fauteurs de guerre actuellement à l’œuvre.

Dans le dernier numéro (41), on disserte aussi bien sur les dessins joufflus de Bellus, que sur la naissance des premiers clubs de bande dessinée en France, sur le dessinateur de presse français d’après-guerre Maurice Henry, sur l’école de dessin par correspondance ABC, sur le caricaturiste et illustrateur Adolphe Willette, un autre antidreyfusard notoire, par le spécialiste et parent de l’artiste André Bihl. On ne passera pas à côté du papier de Siné intitulé : "J’ai la flemme !" Après les états de service qu’on lui doit, il a le droit de souffler un peu le drôle, surtout qu’il l’a court, le souffle, ces derniers temps.

Bref, à chacune de ses pages, Papiers Nickelés respire le plaisir de la chose dessinée, un plaisir que nous partageons avec l’enthousiasme que vous nous connaissez...

Yves Frémion, inlassable timonier de Papiers Nickelés
Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Le mieux, pour obtenir de l’information et acquérir d’anciens numéros (tous sont disponibles, sauf le N°1) est d’écrire à papiers.nickeles@wanadoo.fr.

 
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