Pari(s) d’amies - Par Rokhaya Diallo & Kim Consigny - Coll. Humour de rire/Delcourt

11 mai 2015 0 commentaire
  • Associée à la jeune dessinatrice Kim Consigny, la militante et journaliste Rokhaya Diallo fait ses premiers pas d'auteure de BD dans ce one-shot intitulé Pari(s) d'amies. Une première incursion plutôt réussie.
Pari(s) d'amies - Par Rokhaya Diallo & Kim Consigny - Coll. Humour de rire/Delcourt
Pari(s) d’amies
Rokhaya Diallo & Kim Consigny - Collection Humour de rire/Delcourt

Cassandre est de retour en France. Après avoir passé deux années aux États-Unis pour y poursuivre un doctorat en sociologie, la jeune femme revient parmi les siens, non sans une certaine appréhension. En effet, ce voyage à l’étranger a bousculé ses certitudes. Elle y a perdu ses illusions, sur les hommes notamment. En revanche, elle a découvert un nouveau cheval de bataille : le nappy, une approche de la beauté qui prône pour les femmes noires un retour aux cheveux naturels. Une révélation pour elle. Cassandre est métisse. Elle décide donc de lancer en France sa propre marque de produits de beauté afro. En dépit des obstacles, elle pourra compter sur l’aide et le soutien sans faille de ses sistas [1].

À travers le personnage de Cassandre, nous suivons le parcours de vie de cinq jeunes femmes parisiennes, trentenaires et dynamiques. Il y a d’abord Claire, la militante antiraciste qui s’est amourachée d’Alexandre, un philosophe people suffisant et réactionnaire ; Marianne, la “beurette masquée”, experte en relations publiques, dont la sœur jumelle Malika porte le voile ; Minh Chau, guitariste, rappeuse et lesbienne. Enfin, le dernier membre de ce quintet sexy se prénomme Aminata, jeune cadre supérieure qui partage sa vie avec Louis, un toubab [2] pur souche.

Kim Consigny et Rokhaya Diallo
Soirée inaugurale de la sortie de l’album Pari(s) d’amies
Crédit photo : Romain Nicolas

Loin de l’image d’Épinal chère aux fachos de tous bords qui imaginent une société française immaculée grâce à la blancheur de sa population, Rokhaya Diallo et Kim Consigny nous présentent à travers cette galerie de personnages, forcément hauts en couleurs, un instantané de Paris telle qu’elle est aujourd’hui : multiculturelle et riche de sa diversité ethnique.

En effet, les thèmes favoris de la scénariste se retrouvent dans cette BD : l’identité française, le féminisme, la lutte contre les discriminations et le racisme. L’humour et l’amour ne sont jamais très loin non plus, et c’est avec un malin plaisir que l’on pénètre dans l’intimité affective de ces filles pétillantes.

L’originalité de cette BD repose sur l’introduction de la démarche nappy comme fil rouge de l’intrigue. Née aux USA, cette tendance prône pour les femmes noires un retour aux coiffures plus authentiques et à l’usage de produits de soins respectant mieux la nature des cheveux crépus. Si la préoccupation première est d’ordre sanitaire, la revendication beaucoup plus militante de valoriser la beauté naturelle afro s’est de plus en plus imposée auprès de ses adeptes. Très populaire en France, le nappy est en train de se frayer tout doucement un chemin en Afrique subsaharienne où le défrisage, les tissages et autres extensions capillaires sont encore considérés comme le nec plus ultra de la beauté africaine.

La quête de l’identité s’inscrit en filigrane de ce livre qui introduit notamment un questionnement sur la place de l’Islam en France. Un sujet qui tombe fort à propos dans cette BD moins légère qu’elle n’y paraît. Toutefois, on est moins convaincu par le traitement réservé au personnage de Malika. La démarche initiale avait pourtant du sens et de l’audace : montrer une jeune femme française musulmane assumant son voile, tout en restant moderne. Malheureusement, ses apparitions trop furtives et victimisantes l’enferment dans le rôle de faire-valoir de sa sœur Marianne qui nous paraît mieux épanouie, tant socialement que professionnellement.

En dépit de ce bémol, Pari(s) d’amies s’inscrit dans la mouvance d’une BD féminine qui a renouvelé le médium ces dernières années, avec en plus ce supplément de fraîcheur et d’originalité que l’on doit tant aux thèmes abordés qu’aux dessins et à la mise en scène. Le pari est, dans son ensemble, réussi pour les deux jeunes auteures, dont on suivra à coup sûr les carrières avec une curiosité certaine.

Voir en ligne : Pari(s) d’amies sur le site des éditions Delcourt

(par Christian MISSIA DIO)

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Crédit photo : Romain Nicolas

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[1Version argotique du mot anglais « sisters », utilisée ici pour désigner les meilleures amies.

[2homme blanc en wolof (langue parlée au Sénégal)

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