Patrick Pinchart & Lionel Frankfort (Sandawe) 2/2 : « C’est à l’internaute de décider du nombre d’album que Sandawe éditera ! »

19 janvier 2010 5 commentaires
  • [Après avoir évoqué->9720] le statut des auteurs qu’ils accompagneront et le mécanisme de protection des montants investis par les internautes, {{Patrick Pinchart}} (Directeur éditorial) et Lionel Frankfort (Directeur général) abordent la politique éditoriale de [Sandawe.com->www.sandawe.com], une maison d’édition qui permet à tout un chacun d’investir dans des projets d’auteurs auxquels il croit !

Combien de projets allez-vous accompagner dans un premier temps ?

PP : Nous avons reçu une vingtaine de projet de qualité que l’on va poster progressivement sur le site. Combien connaîtront un album ? Ce sera à l’édinaute de le décider…

LF : Nous espérons que quatre ou cinq projets auront la possibilité d’être financés et édités la première année. On table sur une quinzaine d’albums l’année suivante. Nous sommes dans une dynamique qui est différente des maisons d’édition puisque nous ne décidons pas du nombre de livres qui seront publiés par Sandawe. C’est l’ensemble des « édinautes » qui ont ce pouvoir.

Patrick Pinchart & Lionel Frankfort (Sandawe) 2/2 : « C'est à l'internaute de décider du nombre d'album que Sandawe éditera ! »
Il Pennelo
Un projet à éditer - (c) Allais, Perrotin & Sandawe

D’où viennent les projets ?

PP : Ils ont différentes origines. D’une part, des auteurs nous proposent des histoires intéressantes déjà publiées dans la presse, mais qui n’ont jamais eu la chance d’être éditées en album. C’était une occasion de leur donner une seconde chance. Des auteurs m’ont présenté des nouveaux projets car ils croyaient au concept de Crowfunding. Certains avaient des idées de séries ou d’albums et profitent de cette occasion pour les faire aboutir. Il y aura une dizaine de projets visibles d’ici les prochains jours sur notre site internet. Nous en avons encore quelques-uns en réserve. La publication de ces dossiers sur le portail Internet demande un travail conséquent : nous devons travailler sur le « pitch » avec l’auteur. Il faut présenter la série en une phrase accrocheuse, afin que les « édinautes » comprennent directement le concept du projet. Le scénariste doit résumer son synopsis en une dizaine de lignes. Une sélection des planches doit être opérée. Nous réalisons également une bande annonce assez légère pour présenter le projet. Nous devons toujours veiller à ce que chaque élément soit compréhensible par des non-professionnels. L’objectif premier est de créer une communauté et de susciter l’enthousiasme autour d’un projet d’album.

Au fil des jours, les auteurs pourront poster plus de matériel (des croquis, des morceaux de planches) et instaurer un dialogue avec les « édinautes ». Quand le financement sera atteint et clôturé, cet espace se transformera en une zone VIP, où les édinautes-investisseurs pourront suivre l’état d’avancement du projet.

Publierez-vous des séries ?

PP : Il n’y aura aucune limitation dans le format ! Nous avons actuellement un roman graphique, un projet jeunesse, des séries, des one-shots, un cycle. Des projets en noir & blanc, d’autres en couleur. Il y a un accompagnement éditorial pour chacun d’eux. Par exemple, lorsque j’ai reçu les pages et le synopsis de Hell West (de Vervisch et Lamy), j’ai incité les auteurs à traiter ce récit sous la forme d’un roman graphique en noir et blanc. Il aurait été dommage d’y mettre de la couleur. Je trouvais que les pages étaient tellement belles telles-quelles…

Maître Corbaque
Un projet à éditer - (c) E411, Zidrou & Sandawe

Les projets sont classés sous la forme de collection sur le site Internet de Sandawe. Vous appelez ces catégories des « tribus ». La classification des séries en collections est en mouvement chez les autres éditeurs. Combien aurez-vous de « tribus » à terme ?

PP : La situation est provisoire. On n’a pas voulu exclure les collections car, dans certains cas, cela peut se justifier. Mais comme, avant d’avoir des projets édités, nous sommes dans l’incapacité de prévoir le type de livres que les auteurs nous soumettront, ni ceux que les internautes privilégieront (et nous espérons que cela sera le plus diversifié possible), nous avons prévu cette solution. Lorsque le moment sera venu de décider, nous avons en projet de faire participer les auteurs à la création des collections. Mais il nous reste encore un peu de temps avant cela.

Prévoyez-vous des formats différents selon les « tribus » ou selon les livres ?

PP : Chaque livre est unique, et donc étudié tel quel pour bien correspondre au travail de l’auteur. Pour la petite dizaine de projets du lancement, nous avons déjà cinq formats différents.

Vous avez interviewé dans l’émission culturelle belge 50° Nord. Jérôme Colin, un chroniqueur, émettait une critique assez vacharde sur le principe du Crowdfunding. Pour résumer brièvement son propos, il disait que ce principe ne favorisait pas les œuvres d’auteurs, de création, de renouvèlement du genre, car le public est plus porté vers des valeurs sûres, vers ce qu’il apprécie déjà…

PP : Il y a un risque, mais les premiers résultats tendent à montrer le contraire. Les projets qui obtiennent le plus de succès sont loin de correspondre aux normes de la BD "standard", bien au contraire. Mais nous avons aussi des outils qui permettent de défendre des œuvres plus hors-normes. Ainsi, des professionnels peuvent soutenir des projets, et donc leur apporter un peu de leur crédibilité, donner plus de confiance aux personnes qui auraient du mal à juger sur base des éléments que nous leur proposons. Certains « édinautes » peuvent s’orienter vers des choses qu’ils connaissent mieux, d’autres peuvent défendre d’autres voies... En tout cas, on n’assiste pas, pour le moment, à un phénomène de "moutons suivant le troupeau".

Corpus Christi, le Secret des Papes
Un projet à éditer. (c) Maingoval, Eric Albert & Sandawe

Pourquoi est-ce que les projets sélectionnés que l’on peut voir sur Sandawe vous tiennent-il à cœur ?

PP : Parce qu’ils sont de qualité et qu’on a envie de les défendre et d’aider les auteurs à aboutir à l’édition de leurs albums.

Une partie des albums est donc envoyée aux édinautes-investisseurs.Qu’en est-il de l’autre partie. Quel type de diffusions aurez-vous ?

PP : Une partie des albums est effectivement consacrée à la promotion, soit via les « édinautes » qui ont investi dans le projet et qui ont donc intérêt à le faire circuler autour d’eux pour qu’il soit vu le mieux possible, soit via le service de presse. L’autre est diffusée tout à fait normalement dans les circuits traditionnels. Nous aurons en plus une version numérique, bien entendu, pour les amateurs qui préfèrent ce type de lecture.

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lisez la première partie de l’interview

Lire également : Sandawe, naissance d’une maison d’édition sur Internet (Novembre 2009)

Lien vers le site de Sandawe

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Photo : (c) Nicolas Anspach

 
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5 Messages :
  • Etant grand amateur d’art plastique en général, d’art pictural plus particulièrement, et de BD surtout, je constate avec une pointe de regret que, sans remettre en cause le talent créatif de qui que ce soit, ce sont encore et toujours les styles qui inondent déjà toutes les vitrines et tous les présentoirs qui passent loin devant. Je pense qu’il ne faut pas sous-estimer le puissant conditionnement engendré par le marketing ambiant : c’est ce qu’on voit le plus qui plaît le plus, et malheureusement, Sandawe ne pourra à mon sens pas apporter un vent frais dans le monde de la BD par le biais d’un financement qui trouve sa source dans la foule, foule déjà bien sous l’emprise du martèlement commercial des Grandes Maisons.
    Les Editeurs classiques se basent sur des chiffres de ventes pour choisir les édités, Sandawe se base sur ceux qui sont à l’origine de ces chiffres...triste constat.
    L’Edition est morte, du moins celle qui avait fait naître des Franquin, Hergé, Tibet, Turk,...toute une génération qu’on vénère et qui, si elle avait connu notre époque, n’aurait sans doute jamais vu le jour, et à laquelle le monde de la BD belge se raccroche comme à une bouée de sauvetage.
    Retour à la case départ : de nos jours, on vend ce qui plaît, et seul ce qui se vend se voit le plus, et donc plaît le plus.

    Le temps des risques et de la découverte est fini, entre le calcul froid des financiers et une nouvelle méthode de plébiscite de masse, quelle place pour le renouvellement ? Car, et c’est humain, si des milliers de personnes peuvent individuellement penser par elles-mêmes et avoir des goûts bien à elles, qui, entre le projet déjà bien soutenu et l’outsider, choisira d’aller "mettre ses oeufs" dans le panier le moins garni ?

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    • Répondu le 1er mars 2010 à  19:40 :

      J’ai bien lu ? Franquin, Turk, Tibet comme portes drapeaux d’une bd non marketé ? Vous plaisantez j’espère !!

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      • Répondu par Oncle Francois le 1er mars 2010 à  22:25 :

        Non marketée à la base, oui ! Même si leur succès imprévu dépassa tous les espoirs les plus fous !! Même Graton eut du mal à ses débuts à imposer des histoires de course automobile dans le journal Tintin, personne n’y croyait. Monsieur Dupuis pensa longtemps que le génial Franquin ferait mieux de dessiner Spirou au lieu de passer son temps avec ce glandeur de Gaston ! Quant au journal Pilote, il porte ce nom parce que la vedette du journal, c’était Tanguy, et non un petit gaulois. Donc, je vous le confie amicalement : les vraies réussites de BD sont crées par surprise, par hasard, et ne sont pas le résultat de savantes études marketing (qui n’existait pas dans la BD avant 1980 environ)

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      • Répondu le 2 mars 2010 à  10:07 :

        Les styles de Franquin, Turk et bien d’autres standardisés ? Oui, bien sûr, dans la mesure où ils ont inspiré des générations de dessinateurs...

        D’autre part, concernant Sandawe, il est vrai que les projets plébiscités (étymologiquement le terme est on ne peut plus approprié) n’ont rien de follement novateurs, ni dans le graphisme, ni dans le contenu. Ils sont juste dans l’air du temps et risquent donc d’aller grossir les rangs de leurs semblables dans les étals des librairies de BD...

        Dommage.

        Dans l’ensemble, la majorité des projets est très conventionnelle de toutes manières. Quelques-uns, à mon sens, se détachent et apportent réellement quelque chose de nouveau.

        Les internautes (édinautes, pardon) les reconnaîtront-ils ?

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  • Ouais ... ben ... on les attends toujours les premiers albums de SANDAWE ...
    50000 à 60000 euros pour éditer un album, ça fait doucement rigoler chez les (vrais) éditeurs.
    Avec ça, la plupart d’entre eux lanceraient une collection.
    Enfin ... On n’a pas tous les jours l’occasion de rigoler, Hein, les gars ! ^^

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