Pattes d’eph & Col roulé - par Fred Neidhardt - Shampooing

24 juin 2008 10 commentaires
  • C'est ce qu'on appelle un album générationnel. Les nostalgiques des années 70 se délecteront des nombreux souvenirs que Fred Neidhardt refait jaillir à la surface. Les autres s'amuseront de la plupart de ces histoires autobiographiques. Car, en effet, l'une d'entre elles ne fait pas rire du tout.

Fin des années 70. Fred est un collégien qui vit avec son temps. Casimir, Goldorak, les "Action Joe" et l’homme qui valait 3 milliards l’entourent au quotidien. Il y a aussi les copains du collège, les voisins et surtout les filles qui comment sérieusement à faire fantasmer le jeune adolescent.

Avec cet album, Fred Neidhardt rappelle à notre mémoire quelques classiques d’une époque qui semblera préhistorique pour les plus jeunes. Mais l’auteur ne se contente pas seulement d’évoquer avec humour les montres à quartz, les verts de St-Etienne ou la calculatrice TI 30, il donne dans le vécu d’un adolescent dont les poussées hormonales provoquent inévitablement une déstabilisation de l’être. Cette autobiographie, ma foi fort rigolote, joue donc sur les changements physiques, affectifs et intellectuels .
Elle narre également les Everest qu’un ado turbulent, puceau et obsédé sexuel, est prêt à gravir. Et au milieu de toutes ces souvenirs potaches, se glisse un drame : la mort d’un enfant. Presque anachronique, on se demande un instant si l’histoire est vraie. D’autant plus que l’auteur revient rapidement à l’insouciance de son enfance. Pudeur ? Inconscience ? Surprenant en tout cas…

Humoriste reconnu et roi de l’imposture, Fred Neidhardt a repris à son compte le blog commun de Laurel et Tarrin : http://www.fleurblog.com/. C’est d’ailleurs de ce dernier que l’album est tiré. Ce n’est pas la première fois que Shampooing, la collection dirigée par Lewis Trondheim, offre une version papier à ce qui a vécu sur le net.

(par Laurent Boileau)

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10 Messages :
  • "Un drame, la mort d’un enfant". En fait, il s’agit de quelque chose de bien plus grave et il est dommage que le chroniqueur n’insiste pas sur ce point. L’enfant est un trisomique poussé par la fenêtre par Neidhart lui-même.
    Le fait est-il authentique ? Si oui, on peut comprendre qu’après s’être rendu coupable d’un homicide volontaire resté impuni, Fred Neidhart s’autorise toutes les impostures.
    Il serait plus rassurant de se dire qu’il s’agit d’une nouveau canulard signé Neidhart qui bizarrement ne fait pas parler de lui sur ce coup là...

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    • Répondu par annaïg le 25 juin 2008 à  11:29 :

      Le truc, c’est qu’on s’en fiche si cette mort est vraie ou pas...

      C’est une BD, pas la réalité...C’est marrant comme parfois même des auteurs ne font pas la distinction, en croyant qu’un dessin et une histoire SONT la réalité.

      De toute façon, les pires choses qu’on peut raconter dans les livres, on peut être certain que la réalité les a dépassées en cruauté un jour ou l’autre. Alors même si ça ne raconte pas un bout de la vie de Fred Neidhardt, ça approche surement la réalité des sentiments de ce que quelqu’un a vécu. Et c’est ça qui compte.

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      • Répondu le 25 juin 2008 à  17:58 :

        (ou de candeur ?)

        C’est de la bande dessinée alors ça compte pas pour du vrai ?

        Donc, "Pourquoi j’ai tué Pierre", c’est pas trop grave, c’est un album. Pareil pour "Persepolis", c’est que des cases, le reste du vrai a du être trois fois plus pire dans la cruauté du plus terrible. Et "Maus" aussi en fait c’est que du faux, c’est que des chats et des souris....

        Bon, j’arrête de me moquer mais franchement, il faut quand même faire la différence entre

        1) une histoire de fiction où effectivement, on s’en fout parce que ce n’est pas réel

        2) une histoire qui se veut autobiographique, qu’elle soit racontée en bd, en roman ou par oral (ce qui ne change rien, c’est juste un changement de médium). Ici, on nous demande de croire en la sincérité de l’auteur quand il nous raconte qu’il s’est passé quelque chose. Et effectivement, sortir ce genre d’anecdote sur un ton léger ne peut pas laisser indifférent (enfin, au vu de ta réaction en même temps, je me dis que j’ai des doutes). On a envie d’en savoir plus, ou de ne pas savoir tout dépend, mais c’est assez étrange de le placer l’air de rien.

        J’imagine que l’auteur (et l’éditeur) se doutent de l’effet créée chez le lecteur, sachant que cela l’interpellera. Mais cela en vaut il la peine ? N’est ce pas juste une dernière provocation un peu potache dans le but de prendre le lecteur pour un con ?

        Bref, si l’anecdote est vraie, quel intérêt d’en parler ainsi ? Si elle est fausse... même question.

        Sinon, le rien à voir en bonus, je commence personnellement à en avoir marre en tant que lecteur de cette vague nostalgie 80’s casimir-colle cléopatre-goldorak - autobiographique. J’ai aussi une trentaine d’années mais c’est bon, il faut passer le cap les gars, vous pouvez grandir, ça ne fait pas mal, arrêtez de nous raconter votre vie de quand vous étiez petit et que la télé elle avait des boutons et trois chaines et que les filles elles vous plaisaient mais que vous osiez pas leur dire.

        Tout ça, c’est bon pour le psy, ou pour un blog c’est de l’anecdotique sans grand intérêt, c’est gentil deux minutes mais honnêtement (et ceci est encore une fois, très personnel), je n’en peux plus des auteurs trentenaires qui se remémorent la larme à l’oeil de l’époque des col roulés, de Claude Pierrard et des papiers peint orange.

        Vous allez voir, être adulte, c’est dur au début mais au bout d’un moment, on s’y fait très bien.

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        • Répondu par Sergio Salma le 25 juin 2008 à  21:21 :

          Cher adulte d’une trentaine d’années,
          je comprends votre exaspération devant une certaine profusion de titres.
          Il se fait que vous êtes visiblement très attentif et vous avez donc remarqué les coïncidences, la concordance de certains esprits, le même terreau de souvenirs, les mêmes nostalgies ou du moins l’envie de mettre en cases toutes ces choses que vous avez vous-même plus ou moins vécues.

          Votre coup de gueule est légitime en tant que lecteur (et acheteur) mais vous n’avez pas le droit je crois de le reprocher aux auteurs. Si ces livres vous énervent , ne les achetez pas , laissez -les de côté.

          Je trouve au contraire très intéressant que la bande dessinée puisse aussi parler de ça ; les souvenirs , autobio, autobio romancée ou fausse autobio, personnellement, je trouve ça très bien. J’y trouve une sincérité qui fait défaut à bien des concepts.

          L’exaspération vient du fait de retrouver les mêmes images, la même culture, les mêmes émotions. Plutôt que de mettre tout dans le même panier, voyez plutôt comment tout cela est agencé , comment chaque auteur aborde le sujet. Où se place le souvenir, comment ce souvenir se place dans le parcours, quelle résonance il a sur le présent, quelle est l’histoire en somme...

          L’autobiographie est un genre comme peut l’être le polar ou l’héroïc fantasy. Ceux qui apprécient le genre ne se formalisent pas d’y retrouver une série de stéréotypes qui servent le récit : le guerrier, la quête, les longues barbes blanches, les combats, les royaumes en danger...

          Puisqu’il y a profusion de titres , il y a donc d’autant plus de chances de voir ce genre de récits proliférer ;d’autant que comme vous le précisez il s’agit d’une génération. Et qui dit génération...

          le blog et les planches peuvent parfois faire bon ménage mais souvent on tombera dans le travers d’une mise en page qui tiendra plus du scénario que d’une oeuvre graphique ; c’est l’urgence économique qui parfois(et même souvent) guide la démarche . Même si le croquis jeté de l’un aura parfois plus de force graphique que le fignolage appliqué de l’autre.

          Il faut juste lutter contre cette tendance à la régression ; on ne rit ou on n’est ému que devant une certaine gagatisation. On s’épanche trop souvent sur des bêtises avec une complaisance douteuse.

          A part ces bémols, comment qualifier la bande dessinée "le petit Christian" de Blutch autrement que de chef-d’oeuvre ? Auriez-vous dit à Pagnol d’arrêter de décrire la Provence de son enfance ? Les cas sont nombreux. Je ne soutiens pas que tout ce qui est énoncé avec sincérité est indiscutable mais en tant que lecteur j’essaie aussi d’oublier ce phénomène d’école. Je prends l’oeuvre ( pareil en tant que spectateur ou auditeur) en oubliant le contexte pour la "juger" en elle-même. Un peu comme si j’étais gêné d’une certaine forme de musique parce qu’en y prêtant attention je la retrouve un peu ailleurs.

          Quant à cette notion de grandir et le léger reproche que vous adressez à ceux qui peuvent puiser dans ce formidable vivier de la mémoire, je considère au contraire qu’il est très sain de ne pas trop vite entrer dans l’âge adulte. Entendons-nous , je ne prône pas l’infantilisme ni "l’adolescentillage" ( cette tournure d’esprit qui joue sans complexe avec la régression) mais je me méfie encore plus des gens sérieux, ceux qui croient que c’est en tournant le dos à cette partie de notre vie que l’on progresse. Notre époque un peu trop matérialiste a décidé de partir en guerre contre les bons sentiments, la tendresse et voudrait donc tous nous "costard-cravatiser". Ce n’est pas grandir que d’oublier de s’émouvoir, c’est vieillir.

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          • Répondu le 26 juin 2008 à  12:15 :

            Une réponse structurée, c’est un plaisir. Rien que pour ça, merci !

            Maintenant deux choses.

            1) Je n’ai rien contre l’autobio du moment qu’il y ai quelque chose à raconter derrière. Les années 70/80 peuvent être un décor à une histoire, pas une fin en soi sinon on tombe, comme vous le dites justement, dans la gagatisation. Et il y a rien qui m’exaspère plus que ça (je ne parle même pas de feu les soirées capitaineflamisante de plus très jeunes start-upiens en mal de rachat d’âmes et d’oursons en chocolat, chantant les génériques de leur enfance sur écrans géants). Bien entendu, c’est une "filière" et certains en font même leur commerce (il existe à Paris des boutiques comme Lulu Berlu qui vendent en "antiquités" de vieux jouets sortis du coffre de jeunes adultes).

            Par exemple, "Pourquoi j’ai tué Pierre" m’a beaucoup plu car il se sert d’une époque et de la mentalité qui va avec pour raconter son histoire. Dans un autre registre (ce n’est pas de l’autobio mais de ça joue sur la nostalgie), les histoires du Petit Nicolas sont franchement réussies, et on peut s’y retrouver sans avoir vécu à cette époque. Je ne vais pas faire le tour de toutes les autobio réussies, ce qui me gêne, c’est la bête larme à l’oeil en se souvenant des poufs en plastique orange.

            La derniere note de Boulet est par exemple autobiographie et réussie, selon moi, car il y a un autre propos que la nostalgie, une mise en perspective justement, plutôt qu’un cote gardien de musée de l’enfance passée.

            Comme vous l’avez très justement remarqué, mon avis ne doit pas faire loi, et heureusement d’ailleurs, les auteurs n’écrivant, ni ne dessinant selon mes désirs et libre à moi de ne pas acheter leurs oeuvres si elles ne me plaisent pas.

            Mais, je n’y peux rien, il fallait que je le dise, ça m’agace.

            Maintenant, je ne prône pas le tout adulte (travaillant moi même dans le secteur jeunesse et jouant même à la console, ce serait l’hopital qui se foutrait de la charité), je pense juste qu’il faut accepter de grandir, avoir une certaine tendresse pour son enfance,mais la digérer aussi et prendre de la distance dessus, la mettre en perspective pour ne pas être toujours dans le " Oh la la, Goldorak, quand même..." qui m’ennuie autant qu’une réunion d’anciens camarades de classe retrouvés sur Copains d’Avant.

            Je ne suis pas sûr d’être totalement clair dans mon emportement mais bref, s’il y a une histoire autre que le trip "souvenez vous, les années 70/80", ça me va. Sinon, franchement ça sent doucement le rance...

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        • Répondu par annaïg le 15 juillet 2008 à  11:05 :

          Faudrait voir à prendre des gens pour des cons non plus...
          Je parlais du contrat de lecture, qui fait que quand on ouvre un livre, on s’abstrait de toute notion de réalité ou de vraisemblable, et on accepte a priori que l’on va trouver un écho à ce qu’on l’ont ressent nous même, ou bien un aperçu de ce que d’autres vivent, et ce même si l’histoire n’est pas du tout ancrée dans une réalité plausible.
          Si la principale qualité de Persepolis ou de Pourquoi j’ai tué Pierre était de retranscrire la réalité, et non pas de la transcender par l’art, alors ce ne seraient pas des chefs d’œuvre aussi universels, mais juste des reportages d’information...L’important dans l’art, ce n’est pas seulement QUOI raconter, mais QUOI raconter et COMMENT le raconter. L’œuvre d’art vit dans une sphère de réalité qui lui est propre, et qui s’auto-suffit (même si elle interagit avec d’autres sphères).

          Pour appliquer ce que j’avance à un forum internet : peu importe que certains intervenants dans les forums soient de pompeux pas sympas, ou juste des petits malins qui veulent faire parler. Peu importe qu’ils pensent ce qu’ils disent ou non. La seule chose que je connaîtrai d’eux, ce sera leur message et ce qu’il dit. Le reste, je m’en fous. Et bien c’est pareil pour une BD.

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    • Répondu le 25 juin 2008 à  21:26 :

      Ou peut être que c’est juste très con et très mauvais goût et un peu comme le gag de timsit sur les trisomiques.
      Fred Neidhart est -il un peu innocent ? IL vaut mieux le penser. Pour son bien.

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      • Répondu par Lémurien le 26 juin 2008 à  10:00 :

        Aux innocents, les mains sales ? Qu’en est-il de l’éditeur, du directeur de collection, etc... Un peu corresponsables aussi, non ?

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  • il est dommage que le chroniqueur n’insiste pas sur ce point

    Peut-être cher Lémurien, parce que tenter de faire parler de soi sur ce fait (qu’il soit réel ou non) est particulièrement putassier. Ce n’est pas étonnant venant de Neidhart, mais ne demandez pas aux chroniqueurs de marcher dans la combine crapoteuse.

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    • Répondu par LO le 25 juin 2008 à  19:18 :

      Dans ce cas, soit on parle de l’album, soit on n’en parle pas...

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