Pau ("La saga d’Atlas & Axis") : « La colorisation est plus importante que le dessin »

21 mars 2013 0 commentaire
  • Avec son coup d'essai "La Saga d'Atlas & Axis", l'auteur espagnol met en scène des chiens tout en rondeur dans un univers de vikings très sombre, le tout saupoudré d'un humour décalé. Rencontre avec le jeune Pau, qui prépare actuellement une série sur le... tuning automobile.

Vous avez un style graphique très marqué. Quel a été votre parcours avant d’éditer Atlas & Axis ?

J’ai toujours été dessinateur, passionné par la bande dessinée. Mais il est très difficile d’en faire un métier en Espagne, alors j’ai créé un dessin quotidien pour un journal, ce qui m’a permis de gagner ma vie. Je continuais mes bandes dessinées en parallèle, dans des fanzines. J’ai toujours voulu être publié en France.

Votre travail pour ce quotidien, était-ce de la caricature ou des strips pour "remplir les pages" ?

Il s’agissait de dessins sur l’actualité politique, publiés dans les pages d’opinion. C’était surtout des caricatures d’hommes politiques. Dans les derniers temps, j’ai essayé d’éviter les caricatures, il s’agissait plutôt de problèmes généraux, pas ciblés sur des personnes précises.

Pau ("La saga d'Atlas & Axis") : « La colorisation est plus importante que le dessin »
La couverture du tome 2 de "La Saga d’Atlas & Axis"
©Pau/Ankama Editions

Quand on feuillette Atlas & Axis, on se dit : "Chouette, on va l’offrir au petit neveu", mais après l’avoir lu, on se dit "Ah ben non, pas du tout". Pourquoi avoir choisi de traiter une histoire aussi violente avec un trait aussi mignon ?

Pour moi, c’est plus efficace avec ce dessin, car les émotions sont plus fortes, le choc est plus brutal. En plus, je pense que cela convient mieux aux enfants également.

C’est très bien de dessiner des chiens, mais vous rendez-vous compte que vous auriez pu vendre deux fois plus d’albums avec des chats ?

Oui, mais j’ai des chiens chez moi, et je les connais donc très bien. Je connais beaucoup moins les chats (rires).

Quelle race de chiens est la plus difficile à mettre en image ?

Je les aimes tous. Je choisis la race en fonction du personnage que j’ai écrit.

Il y a aussi des animaux dans Blacksad. Qu’est-ce que vous avez, les Espagnols, avec les animaux ?!

Je ne sais pas, je pense que c’est notre spécialité. J’ai débuté ce projet en 1996, mais je ne trouvais pas d’éditeur. Je pense que c’est le succès de Blacksad qui m’a permis de trouver un éditeur intéressé par la bande dessinée animalière. Je ne sais pas pourquoi les Espagnols dessinent des BD avec des animaux, nous habitons surtout un pays de taureaux, avec les corridas ! (rires)

Auriez-vous dessiné cette série dans le même style, sans la colorisation ?

Pas du tout. Pour moi, la colorisation, surtout dans cette bande dessinée, est plus importante que le dessin. Avec le dessinateur de Blacksad, nous avons été très influencés par Disney, mais je me réfère plutôt aux années 1930, tandis que Guarnido est plus influencé par la période des années 1970.

Extrait de "La Saga d’Atlas & Axis T2"
©Pau/Ankama Editions

Vous situez La saga d’Atlas & Axis dans l’heroic fantasy, mais vous frustrez toute une armada de fans de cet univers, de Thorgal ou de Tolkien, parce que vous mettez en scène des petits chiens !

Je suis désolé, mais je n’aime pas les personnages réalistes, ils parlent par exemple avec la bouche fermée. J’ai donc traité ce genre à ma façon.

En voyant votre style, on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec la série Bone de Jeff Smith. Connaissez-vous cette série ?

J’ai entendu parler de Bone, mais je ne l’ai pas lue, car pour moi, c’est très important que je sois attiré par le dessin, et ce n’est pas le cas. Pourtant, tout le monde compare Atlas & Axis avec Bone, ce qui est un honneur pour moi. Mais de toute façon, je ne veux pas lire cette série avant d’avoir fini ma saga, pour ne pas copier !

Est-ce que cette première incursion dans le médiéval fantastique vous donne envie de vous insérer dans un univers beaucoup plus Fantasy, avec le même type de personnages ou un autre genre de caricature ?

Non, j’ai beaucoup de séries commencées, car chaque fois qu’on me refusait une série, j’en commençais une autre. Et depuis le succès d’Atlas & Axis, les éditeurs commencent à s’intéresser à mes autres séries qui sont toutes différentes, sinon, je ne m’amuse pas et je m’ennuie. Donc toutes les histoires que je veux raconter dans l’univers médiéval fantastique, je les intègre dans Atlas & Axis. Pour chaque envie différente, je dessine une série à part.

Un dessin issu du projet "Ze Jacky Touch"
©Pau/Editions Paquet

Entre nous, cela manque de bagnoles dans le médiéval fantastique...

Oui, il n’y en avait pas à l’époque...

Vous préparez la série Ze Jacky Touch avec le scénariste Sti chez Paquet, avec des humains et des voitures, qui ont des proportions exagérées.

Oui, j’ai toujours rencontré des difficultés à publier des bandes dessinées avec des personnages humains en France, car mon style humoristique n’allait pas apparemment avec votre tradition "gros nez". Mais depuis la parution d’Atlas & Axis, j’ai transposé mon style des chiens vers les humains, et cela a fonctionné. J’aime bien le contraste entre les voitures métalliques et ces personnages.

Propos recueillis par Thomas Berthelon et Xavier Mouton-Dubosc

(par Xavier Mouton-Dubosc)

(par Thomas Berthelon)

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Ecouter la version radio de cette interview dans l’émission "Supplément Week-End" du samedi 23 février 2013

En médaillon : Pau (© Jon Garnier)

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