Paul Dini : "Je pense que les représentations de la violence et de la mort doivent avoir un sens..."

6 février 2019 0 commentaire
  • Il a écrit le personnage de Batman sur quasiment tous les supports. Des origines du chevalier noir à sa retraite, il nous aura offert certaines des plus grandes heures de sa croisade contre le crime. Son nom est Paul Dini, Il était l'un des auteurs derrière "Batman : The Animated Series", où il à créé la fameuse Harley Quinn, et on lui doit les scénarios des excellents jeux vidéo "Batman : Arkham Asylum" et "Batman : Arkham City" ainsi que des passages remarqués sur les BD "Detective Comics" et "Batman : Streets of Gotham".

Il était donc logique de rencontrer l’auteur invité lors du 46e FIBD d’Angoulême qui célébrait les 80 ans de la création de Bob Kane et Bill Finger. Nous avons pu échanger avec ce scénariste-clé de la série - en compagnie sa magicienne d’épouse, Misty Lee - pour passer en revue sa carrière au service de Batman...

Pourquoi Batman est-il toujours là après 80 ans ?

Je sais qu’il y a beaucoup de fans adultes, mais je pense que comme "Peter Pan" ou "L’île au trésor", Batman éveille l’imaginaire des enfants. Les garçons l’aiment, les filles l’aiment, tout le monde l’aime ! Chacun a déjà mis une cape autour de son cou en disant « - Hey je suis Batman ! », et je pense que c’est un amour que les gens transportent jusqu’à l’âge adulte. Il y a beaucoup d’histoires qui sont racontées et sur différents niveaux. Certaines sont plus simples et l’on peut les apprécier jeune, tandis que d’autres sont plus complexes comme "The Long Halloween" ou "The Dark Knight Returns" que l’on découvrira en étant adulte. Il y a quelque chose d’utile et de formidablement attrayant chez Batman. On garde le personnage avec nous tout au long d’une vie, un peu comme pour les personnages de Star Wars.

Paul Dini : "Je pense que les représentations de la violence et de la mort doivent avoir un sens..."
"Mad Love", un petit chef d’oeuvre ou Paul Dini et Bruce Timm racontent les origines d’Harley Quinn.
© DC Comics

Pensez-vous que certains auteurs, scénaristes ou réalisateurs, rendent parfois Batman trop violent ?

Je pense que la violence et la mort doivent avoir un sens. Si vous poussez Batman dans une histoire très violente, avec des morts, ou s’il tue, cela doit avoir un impact sur lui. S’il s’agit juste de rajouter de la violence sans s’intéresser à ce qu’il se passe à l’intérieur du personnage, cela n’a pas de sens. Parfois je vois des auteurs prendre un personnage comme le Joker et l’emmener trop loin, il va massacrer des gens les uns après les autres, même si Batman l’arrête, et on peut se demander pourquoi ce type a encore le droit de vivre ? Pourquoi Batman ou quelqu’un d’autres ne l’a pas déjà tué ? Pourquoi en arrêtant le Joker un policier ne lui briserait-il pas la nuque ? C’est juste un équilibre qu’apporte la justice, un vilain commet des atrocités, et Batman agit en contrebalançant les choses. Mais si un super-vilains va vraiment trop loin, détruit la moitié la ville, pour qu’ensuite Batman l’arrête et qu’il ne se passe rien, qu’on n’y fasse plus jamais référence, cela perd de son sens. On perd même de l’empathie pour les personnages.

Batman devrait-il utiliser des armes à feu ?

Non, c’était dans le premier épisode de Batman Beyond (NDLR : une série animée racontant la retraite de Batman). Il était devenu âgé et avait créé une tenue qui lui permettait de faire ce qu’il ne pouvait plus faire, un peu comme Iron Man. Lors du kidnapping d’une petite fille, son dernier recours pour sauver sa vie avait été de prendre une arme à feu et à partir de ce moment, c’était terminé : "- Tu es hors-jeu, Bruce". C’est un personnage strict, une fois qu’il a pris une arme, c’est terminé.

Après avoir eu recours à une arme à feu pour sauver sa vie, Bruce Wayne renonce au costume.
© DC Comics

Que représente Batman pour vous ?

Quand j’écris, et ma femme, (NDLR : présente dans la pièce) pourra en attester, tous les personnages me paraissent réels, au point que je passe pour un malade mental. Cela vaut pour tous les personnages, c’est comme s’ils interagissaient avec moi, c’est une sorte de collaboration. En particulier lorsque je travaille sur un projet depuis longtemps, comme avec la série Batman dans les années 1990, le personnage était vraiment présent dans ma tête. Après cette fameuse nuit où j’ai été battu, quand je suis rentré chez moi, je me suis regardé dans la glace, la moitié de mon visage était détruite et je ne pouvais penser qu’à Double-Face. J’avais ces pensées noires qui me faisait éclater de rire d’une manière détestable, et c’était le Joker dans ma tête. Même Batman n’était pas mon ami à ce moment, il me disait "- Lève-toi ou ne fais rien". Le seul personnage qui n’était pas dans mon esprit était Harley Quinn, car elle m’évoque la joie et je n’avais rien de joyeux à ce moment-là. Toutes ces choses arrivent dans ma tête et je laisse le personnage me parler.

Vous avec écrit le rôle de Batman pour la série animée, en film animé, en comics, en jeu vidéo, est-ce différent ?

Pas vraiment, j’aime à penser que je reste constant sur ma vision de ce que devrait être Batman. Quand j’ai commencé à écrire le personnage pour la série animée, j’ai décidé qui était Bruce Wayne, et qui était Batman et ce qu’était la somme des deux. Aussi longtemps que je restais fidèle à cela dans mes différents travaux sur le Chevalier noir, je savais que j’allais écrire une bonne histoire de Batman. Je ne pense pas qu’il soit un personnage si sombre, mais c’est un personnage très strict, très rigide. Il a toujours besoin de contrôle, c’est la manière dont il a réussi à atteindre ce qu’il est aujourd’hui.

Trailer de "Batman : Arkham City", jeu vidéo à succès sorti en 2011 et écrit par Paul Dini
© DC Comics

Voudriez-vous écrire un film en Live Action sur Batman ?

Non. En théorie, ce serait fun, mais j’ai déjà essayé avec Alan Burnett. La liberté que nous avions pour écrire une histoire de Batman en animé ne serait pas la même pour écrire un film, il faut contenter beaucoup de monde, c’est bien plus contrôlé que sur une série animée. Il y a des gens très talentueux qui le font déjà, et moi je continuerai à faire ce que je sais bien faire.

Quelle impression cela vous fait d’être invité à Angoulême pour les 80 ans de Batman ?

C’est énorme, les gens sont fantastiques et l’exposition sur Batman est spectaculaire. J’y étais avec ma femme et Frank Miller. Nos mâchoires se sont décrochées, nous n’avions jamais vu quelque chose comme cela pour célébrer un personnage de comics. Je me suis demandé pourquoi cela n’est pas aux États-Unis et pourquoi ce n’est pas une exposition permanente. Yann (NDLR : Yann Graf éditeur chez Urban Comics) a fait un superbe travail ! Il prête attention aux détails, c’est une expérience très immersive. Elle dure quatre jours et c’est la meilleure expérience sur Batman que j’aie jamais vue ! C’était génial de voir des pages de comics que j’ai écrites, le visage de Frank Miller quand il a vu ses propres originaux de The Dark Knight Returns, c’était incroyable.

Dans "Dark Night : A True Batman Story", Paul Dini revient sur un traumatisme de son passé, et explore le lien entre un scénariste et ses personnages, entre la réalité et la fiction.
© DC Comics

Nous avons beaucoup parlé de Batman, parlons maintenant de Zatanna, un autre personnage de DC Comics qui vous tient à cœur, mais elle reste peu connue en France.

Elle devrait l’être ! Zatanna est un personnage que j’affectionne particulièrement car c’est une magicienne et une prestidigitatrice, mais c’est aussi une sorcière. Ce qui m’a toujours fasciné avec ce personnage, c’est que la magie ne peut pas tout régler, en particulier les problèmes émotionnels et psychologiques. Cela marche seulement pour faire grandir des choses ou désarmer quelqu’un qui pointe une arme sur vous. Elle doit vivre une vie normale, rentrer le soir s’entraîner avec ses cartes, ses balles, s’occuper de ses assistants, être avec ses amis, répondre aux appels de la Justice League. Être humaine tout simplement ! Elle n’est pas mariée, ses relations amoureuses sont fluctuantes, en particulier avec John Constantine qui est probablement la pire personne pour elle. Je comprends l’attraction : il est charismatique, c’est un bad boy et elle a un gros coup de cœur pour lui. Avant cela j’avais écrit une histoire où elle avait rencontré Bruce Wayne plus jeune, j’aimais l’idée que Bruce avait appris certains de ses talents avec elle et son père Zatara, et que Thomas Wayne, le père de Bruce ait connu Zatara dans sa jeunesse. C’est quelque chose que j’ai développé dans Batman : Streets of Gotham. J’aime vraiment Zatanna, à condition qu’elle ne soit pas seulement traitée comme un Deus Ex Machina qui imagine que la magie peut la sortir de n’importe quelle situation.

Zatanna, un autre personnage phare de Paul Dini, qui lui rappelle sa femme, elle aussi magicienne.
© DC Comics

Vous avez aussi un rapport très personnel à Zatanna ?

Oui, elle est juste ici ! Il désigne sa femme elle aussi magicienne, Misty est une formidable magicienne !

Elle l’interrompt

Merci ! Mais parle de Batman maintenant !

Paul Dini reprend

Modeste, elle est trop modeste !

Le célèbre générique de "Batman : The Animated Series, considérée encore à ce jour comme l’une des meilleures adaptation du croisé masqué
© DC Comics

N’êtes vous pas fatigué d’écrire Batman ?

Non, c’est toujours aussi bien ! J’apprécie vraiment le personnage.

Misty rit et l’interrompt

Batman est un de ses amis, il passe plus de temps avec lui qu’avec aucun autre de ses proches. Il a de vrais bons amis, mais Batman est son ami le plus proche.

Quelle est la suite pour vous ?

J’ai beaucoup de choses en cours, j’écris une nouvelle série télé, et d’autres choses mais je ne peux pas trop en révéler pour l’instant. La série télé est actuellement tournée, mais il n’y a pas encore d’annonce dessus, donc je vais rester discret. Je participe aussi au Detective Comics #10000, qui célèbre l’anniversaire de la série qui a vu naître Batman. J’ai écris une histoire de 8 pages qui est dessinée par Dustin Nguyen,, et j’ai essayé d’introduire le plus de vilains possible, il y en a 16 ! Et, bien sûr ; il y a Batman... Ils sont tous enfermés et parlent de leur carrière de criminel, et ils se rendent compte qu’ils ont tous embauché le même homme de main à un moment. C’est un type stupide qui a peur de Batman, ils se disent "- Pourquoi on a embauché ce type, il s’enfuit ou s’évanouit à chaque fois que Batman ou Robin arrive !". C’est une histoire vraiment amusante sur les super-vilains et leurs "acolytes".

Paul Dini lors du 46e FIBD d’Angoulême.
© Vincent Savi

Remerciements à Paul Dini, Misty Lee, Clémentine Guimontheil et l’équipe d’Urban Comics.

(par Vincent SAVI)

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Dark Night : une histoire vraie - Paul Dini (scénariste), Eduardo Risso (dessinateur) - Urban Comics - 128 pages - 15,00 € - Sortie le 3 février 2017 -> Lire la critique

Batman : Mad Love - Paul Dini et Bruce Timm (scénaristes), Bruce Timm (dessinateur) - Urban Comics - 168 pages - 15,00 € - Sortie le 11 décembre 2015 ->Lire la critique

Paul Dini présente Batman T. 1 : la mort en cette cité - Paul Dini (scénariste), Don Kramer, Joe Benitez et J.H. William III (dessinateur) - Urban Comics - 272 pages - 22,50 € - Sortie le 16 janvier 2015 ->Lire la critique

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Paul Dini présente Batman T. 3 : le coeur de Silence - Paul Dini, Dustin Nguyen & Derek Fridolfs (scénaristes), Dustin Nguyen (dessinateur) - Urban Comics - 344 pages - 28,00 € - Sortie le 5 février 2016

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Batman & Robin Aventures T. 2 - Paul Dini & Ty Templeton (scénaristes) - Dev Madan, Brandon Kruse, Joe Staton, Mike Parobeck & Ty Templeton (dessinateurs) - Urban Comics - 260 pages - 10,00 euros- sortie le 28 septembre 2018 -> Lire la critique

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