Philippe-Antoine Guénard (Pixi, Plastoy) : " Nous avons des collectionneurs qui achètent tout."

20 juillet 2015 5 commentaires
  • Vous avez déjà certainement vu leurs productions : depuis plus de 30 ans, la société Pixi dirigée par Philippe-Antoine Guénard développe, dans ses élégantes boîtes rouges à tirage limité, une gamme de figurines de métal de très haute qualité dont les collectionneurs raffolent. À côté de cela, sa société produit sous la marque Plastoy des figurines de plastique en grand tirage de la plupart des héros de la BD : Astérix, Bécassine, Lucky Luke, les Schtroumpfs... Un monde à part, un travail de passionnés, qu'il nous dévoile aujourd'hui.
Philippe-Antoine Guénard (Pixi, Plastoy) : " Nous avons des collectionneurs qui achètent tout."
Projet d eLogo pour la boutique Pixi
Photo : Studio Pixi

Pixi et Plastoy sont deux sociétés sœurs ?

C’est la même maison. On peut dire que Pixi fait dans la haute couture et Plastoy le "prêt à porter". C’est ce "prêt à porter" qui nous permet parfois de faire des projets pas très raisonnables chez Pixi.

Chez Pixi, le travail de développement est le même que chez Plastoy. Chez Plastoy, on le vend entre 15 et 50 000 exemplaires, alors que chez Pixi, on est davantage sur des tirages de 200 à 500 exemplaires, et pourtant, le travail de développement, de sculpture, de moulage, de peinture et d’approbation sur des prototypes est le même. C’est là que Pixi est aujourd’hui vraiment un luxe.

Notre société a maintenant 32 ans, une belle et longue histoire, parfois compliquée à l’envers du décor parce que pour mener à bien cette aventure : Pixi, Plastoy mais aussi Collectoy (pour la résine), il faut beaucoup de monde, de grands ateliers, une trésorerie solide pour financer tous ces moules et une commercialisation très sélective pour ce qui est Pixi, et de masse pour ce qui est Plastoy.

Il y a maintenant quelques années, en 2011, pour assurer notre développement, et notamment celui de Plastoy, nous avons cédé à un fonds d’investissement une partie de notre capital. Avec Plastoy, nous sommes vraiment dans l’industrie du jouet et cela demande énormément de capitaux. Je m’étais aperçu que la plupart de nos confrères dans le secteur du plastique avaient des fonds d’investissement dans leur capital alors que nous étions tout seuls à financer depuis toujours, et il y a un moment où cela devient compliqué. Donc, ce fonds d’investissement nous a rejoints et cela a été une véritable catastrophe. Déjà ils ne nous ont jamais payé ce qu’ils nous devaient et puis surtout ils ont totalement désorganisé l’entreprise. Ce sont des entreprises de création où il faut être heureux de venir au bureau le matin. On a eu des années formidables, d’autres plus difficiles, mais la finance ne doit pas être la principale motivation...

Philippe-Antoine Guénard, le fondateur de Pixi, avec son reponsable artistique Bertrand Charlot. Il tient dans les mains le catalogue de l’exposition Pixi au Musée Maillol.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Comment êtes-vous sortis de ce mauvais pas ?

Le groupe que ce fonds avait constitué et qui regroupait les principaux leaders du jouet lié à la licence dans différents secteurs comme le meuble pour enfants, la peluche, la vaisselle, etc. s’est effondré. J’ai alors racheté cette entreprise que j’avais vendue et que l’on ne m’a pas payée à la barre du tribunal de commerce !

Nous sommes repartis cette fois avec des partenaires tout à fait solides avec lesquels nous travaillions depuis 25 ans, comme par exemple le groupe Media-Participations qui regroupe, comme vous le savez, Dargaud, Dupuis et Le Lombard. Leur participation financière est minoritaire -je suis le plus gros actionnaire- mais leur part de travail ne l’est pas, car nous travaillons avec un certain nombre de responsables du groupe et je suis ravi de ce genre de partenaires. Pixi n’est pas une histoire facile. Je me suis occupé de toute la partie gestion quotidienne de l’entreprise et la partie financière était assurée par ma famille, dont Sylvie Guénard, qui a assuré vraiment le quotidien de l’entreprise pendant 30 ans. Aujourd’hui Media-Participations a endossé ce rôle en essayant de rationaliser chaque chose et en accompagnant notre développement.

Une armée de Bécassine !
Photo : Studio Pixi

J’ai toujours voulu faire ce qui me plaît dans ce métier : essayer d’imaginer nos marques : Collectoy pour la résine, Plastoy pour le plastique et Pixi pour le côté collection auquel on n’a jamais fait de concession. Pixi a toujours été travaillé dans un extrême respect de nos collectionneurs. C’est peut-être pour cela que cela dure et que nous avons réussi à passer un certain nombre de tempêtes. Ce qui est important, c’est que pendant cette période tumultueuse, le côté Pixi n’a pas été abîmé car on l’a toujours protégé et on a toujours évité les catastrophes, jusqu’à récupérer l’entreprise. Aujourd’hui, tout cela redémarre, on a redéployé nos ateliers.

Comment se comporte le marché ? On a vu l’année dernière des sociétés comme Leblon-Delienne connaître des difficultés...

Pour nous, c’est très particulier. Pixi est complètement à part. Aujourd’hui, ce sont des petits tirages qui constituent ce que La Gazette Drouot avait qualifié de "petite collection du marché de l’art". On a l’impression de servir la passion des collectionneurs, et je crois que cela amuse énormément les auteurs.



Les différentes étapes de l’élaboration d’un Pixi Johan & Pirlouit
Photos : Studio Pixi

Le marché principal de votre entreprise reste Plastoy, très dépendant du marché publicitaire...

Mais aussi des licences ! La forte actualité d’une licence peut dynamiser le marché. Ce qui est difficile, c’est de financer le développement. Il y a une espèce d’accroissement des normes légales dans le jouet qui fait que cela devient très compliqué. Pixi n’est absolument pas en crise. Pour Plastoy, l’enjeu est de produire davantage car ce qui s’est passé à un peu désorganisé notre atelier où il avait près de 100 personnes. Nous avons remonté cet atelier avec son noyau dur, mais nous ne sommes plus que 30 personnes. Il faut donc un certain temps pour se reconstruire. Nous avons nos ateliers de Normandie qui sont là-bas depuis toujours, et puis nous avons nos autres ateliers à l’Île Maurice depuis 25 ans. On y avait une équipe d’une centaine de passionnés où tout le monde peint tranquillement, à son rythme, cela ressemble à une école ! Tout doit être impeccable, contrôlé. c’est un endroit où il y a une très belle ambiance, les gens adorent ce qu’ils font. Ils ont un tel métier, un tel savoir-faire. Mais on doit remonter tout cela.

Les figurines de métal sont faites à l’ancienne, coulées dans un moule. Tout un art !
Photo : Studio Pixi
...puis peintes minutieusement à la main.
Photo : Studio Pixi

Enfin, un certificat d’authenticité vient en garantir le tirage... très limité !
Photo : Studio Pixi

Les gens qui collectionne Pixi ont été mis à la diète pendant trois ans à cause de toutes ces péripéties. Mais comme ils ont pu le constater en voyant les prototypes qui sont exposés à la boutique Pixi, rue de l’échaudé à Paris, qui est un peu notre "ambassade", des nouveaux projets sortent régulièrement, avec des pièces plus ambitieuses qui vont faire plaisir aux collectionneurs.

On adore les voir avides et passionnés. Je sais qu’il y a des Pixi qui passent en vente publique et qui font des records, mais je n’y vais jamais. Il n’y a jamais eu non plus de "club". On ne s’est jamais occupé de cela et c’est sans doute pour cela que les collectionneurs apprécient. Nous avons des collectionneurs qui achètent tout, qui ont même construit des hangars pour exposer nos pièces. Un certain nombre de musées se sont portés candidats pour faire des expositions Pixi, en France comme à l’étranger.

Deux magnifiques réalisations issues de l’univers de Franquin
Photos : Studio Pixi

Quels sont les pays qui achètent ?

La France et la Belgique essentiellement. Mais si d’autres pays veulent mettre leur héros en valeur, nous sommes intéressés.

Quels sont vos projets dans l’immédiat ?

La première apparition des Schtroumpfs ou la scène de rugby dans Astérix et les Bretons sont en pré-production chez nous. Nous sommes en train de ré-ouvrir notre atelier de production de bronzes... Tout cela est fait chez nous, ce n’est pas du tout sous-traité. Pour Pixi, 2015 sera une belle année. Pour Plastoy, c’est plus long parce que la concurrence dans le marché du jouet est redoutable. Le marché des figurines vendus à l’unité, en vrac, s’est effondré en partie en raison de la disparition des petits magasins. Mais nous avons un certain nombre de beaux projets en cours.

Propos recueillis par Didier Pasamonik


Astérix n’est pas absent. Le match de Rugby n’est pas encore sorti : il sera en vente à la rentrée.
Photos : Studio Pixi

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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5 Messages :
  • Quels sont vos projets dans l’immédiat ?
    La première apparition des Schtroumpfs

    Quelle bonne idée, ils n’ont jamais été aussi mignons qu’avec leurs chapeaux pointus (à part, peut-être dessinés par Wasterlain, mais c’est autre chose).

    Sinon une question technique : j’ai un pixi de Gaston et son gaffophone, le pied et le socle de Gaston est séparé du reste au niveau de la cheville, comment puis-je le réparer ? Colle ? Soudure avec fer à souder ? J’ai peur de faire plus de dégâts qu’autre chose...

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    • Répondu par Roco Paindavan le 20 juillet 2015 à  14:53 :

      Pour les réparations il y a des pros qui font cela de façon impeccable entre soudure et peinture pour remplacer les éclats et manques. Si vous voulez le faire vous même il faut avoir le talent et le matériel pour le faire mais je pense que la solution de la colle est à proscrire.
      Pour savoir à qui s’adresser, en passant par Pixi vous devriez trouver quelques contacts.

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  • Pixi Boutique n’est pas le site de la Boutique Pixi & Cie, votre lien n’est pas bon !

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 20 juillet 2015 à  17:11 :

      Nous ne l’avons pas trouvé !Je mets votre page Facebook, du coup !

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      • Répondu par Roco Paindavan le 20 juillet 2015 à  19:34 :

        Normal que vous ne l’ayez pas trouvée : la boutique en ligne Pixi n’existe pas.

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