Philippe Charlot (Le Train des orphelins) : "Même dans des situations les plus terribles, les enfants ont une capacité de continuer à jouer "

12 novembre 2012 0 commentaire
  • Le scénariste Philippe Charlot est véritablement la révélation de l'année 2012. Ce musicien de profession arrive à transcrire toute la gamme des émotions dans ses histoires, en particulier quand elles parlent de musique. Avec lui, la bande dessinée est devenue une bande-son.
Philippe Charlot (Le Train des orphelins) : "Même dans des situations les plus terribles, les enfants ont une capacité de continuer à jouer "
Le Train des Orphelins T1 avec Xavier Fourquemin
Ed. Bamboo

Musicien depuis toujours, Philippe Charlot œuvre comme guitariste et chanteur dans La Fabrique à Swing, un trio de swing européen des années 1930-1940. Il s’est d’abord fait connaître dans Le Francophonissime, un récit complet paru dans À vous Cognaq-Jay ! chez Delcourt, en 2010 sur un dessin d’Al’ Covial, puis comme scénariste de Bourbon Street avec Alexis Chabert, chez Bamboo Grand Angle, en 2011.

Après, tout va très vite pour lui puisqu’il publie en 2012 quatre albums : Outre le deuxième tome de Bourbon Sreet, il publie Comedian Harmonists, avec Cédric Pérez chez BD Music, Karma Salsa T1, avec Frédéric Campoy au dessin, et en co-scénario avec Joël Callède chez Dargaud, puis Harmonijka avec un dessin signé Miroslaw Urbaniak, chez Glénat.

Philippe Charlot, vous êtes musicien, comment en êtes-vous venu à la BD ?

Roland Pignault, dessinateur et musicien (Arcanes, Pandora Box), m’a lâché un jour qu’il me verrait bien scénariste de bande dessinée… Ajoutez à ça que Joël Callède (L’appel des Origines, Enchainés) habitait à l’époque à quelques pas de chez moi et la mère de Wilfrid Lupano (Alim le tanneur, L’assassin qu’elle mérite) de l’autre côté de ma rue… j’étais cerné, je n’avais plus qu’à me rendre !

Qu’est ce qui vous séduit dans ce moyen d’expression ?

Je viens plus du texte que de l’image à travers les chansons que j’écris par métier et les nouvelles que je développe pour mon plaisir personnel. Je me sens bien dans ces formats courts : il faut savoir garder la spontanéité du premier jet tout en retravaillant inlassablement chaque détail du texte, c’est un exercice difficile et extrêmement intense très proche de l’écriture du scénario. Avec le gros avantage que, dans la bande dessinée, le talent du dessinateur permet d’aborder tous les sujets, toutes les époques, tous les univers. J’ai le plaisir du travail solitaire pendant l’élaboration du projet puis la satisfaction de pouvoir travailler en équipe avec mes coauteurs et les maisons d’édition… Un équilibre presque parfait pour un demi-misanthrope… (rires) !

En tant que scénariste, avez-vous des modèles ? Que lisiez-vous ?

J’ai lu beaucoup de bandes dessinées dans les années 1970/80 puis des masses de romans… Je ne crois pas avoir de modèle particulier mais je me suis nourri de toutes ces influences que je régurgite sans même m’en rendre compte, certainement !

Cette histoire d’orphelins fait figure de révélation, comment en avez-vous eu connaissance ?

Phil Lancaster et Alison Moore, deux musiciens d’Austin/Texas avec qui je partage des tournées aux États-Unis, sont passionnés par ce sujet et m’ont permis de rencontrer beaucoup de ceux qui, comme eux, s’évertuent à essayer de tirer de l’oubli cet épisode oublié du peuplement nord-américain. J’ai dans mes tiroirs un projet de documentaire avec la réalisatrice Maïana Bidegain et nous sommes à la recherche d’une production… Qu’on se le dise !

Le graphisme de Xavier Fourquemin est fluide et finalement assez soft. Est-ce un moyen d’atténuer l’aspect dramatique de cette histoire ?

C’est la très bonne idée d’Hervé Richez qui m’a présenté Xavier. C’est une histoire qui a des aspects très sombres, même si j’ai tenu à ce que la part fictionnelle reste à hauteur de ce que vivent les enfants. Il est surprenant de voir que même dans des situations les plus terribles, les enfants ont cette capacité de continuer à jouer, à s’étonner et s’enthousiasmer de tout. Le dessin de Xavier permet d’illustrer parfaitement cette dualité entre la face sombre et la partie lumineuse de l’histoire… et il dessine tellement bien les enfants ! Son apport est extrêmement important et nous a encouragés à entamer un deuxième cycle dans la foulée.

Photo extraite du dossier documentaire qui accompagne l’album.

Revenons à Bourbon Street qui vous a permis de concilier vos deux passions : BB et musique.

C’est le premier projet que j’ai signé. Le fait que je sois musicien a dû mettre en confiance Hervé Richez (directeur de collection de Grand Angle) suivant l’idée que l’on parle mieux de ce que l’on connaît bien. J’ai signé ensuite Harmonijka chez Glénat et Comedian Harmonists pour BDMusic, mais je ne tiens pas à en faire un système ( même si le titre de Karma Salsa chez Dargaud peut laisser croire que…. mais c’est juste un clin d’œil amusant)

La narration progresse lentement, vous semblez vouloir laisser le lecteur s’imprégner des ambiances…

J’essaie de trouver le juste équilibre, en fonction de l’histoire. La narration est plus rythmée, plus dense dans Le Train des Orphelins que dans Bourbon Street. Le sujet l’impose, mais nous avançons à la vitesse d’un train à vapeur… Cela permet de profiter du paysage et, comme dans la vie, le voyage importe plus que la destination, alors…

Bourbon Street T2 avec Alexis Chabert
Ed. Bamboo

Comme dans Bourbon Street, vous vous attachez aux parts d’ombre de l’histoire américaine…Avez-vous d’autres projets dans cet esprit ?

Nous travaillons sur un deuxième cycle du Train des Orphelins avec Xavier et, pour le reste, je peaufine un projet qui prendra place, toujours sur le même continent mais de l’autre côté de l’équateur, à Buenos Aires. Une série de nouvelles sur cette ville que j’ai visitée à plusieurs reprises lors de tournées musicales, le ton sera plus poétique avec une légère touche de fantastique… Si l’éditeur lui donne vie !

Propos recueillis par Patrice Gentilhomme

(par Patrice Gentilhomme)

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© Bamboo Edition - Illustrations X.Fourquemin -Philippe Charlot

Photo en médaillon : D. Pasamonik (L’Agence BD).

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