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Pilote : La naissance d’un journal - Par Collectif - Ed. La déviation

Par Benoit MARCHON le 21 mai 2024                      Lien  
Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! Michel Lebailly, qui avait dû en 2013 mettre la clé sous la porte de sa belle librairie Goscinny, située rue Goscinny, à Paris, est parti s’exiler en Normandie puis en Creuse et s’est reconverti en éditeur qui revendique son indépendance et son absence de spécialités (mais quand même avec un faible pour les ouvrages sur la BD), sous la bannière de « La Déviation » (en hommage à la BD de Moebius). Après avoir commencé à constituer son catalogue avec divers titres brochés, il s’est attaqué à un beau et gros livre cartonné et illustré en couleurs de 320 pages, à la bonne odeur d’encre, sur la revue qui a révolutionné la BD, dirigée de main de maître (et parfois de fer) par (devinez qui ?) René Goscinny : j’ai nommé Pilote !

Ce journal est né le jeudi 29 octobre 1959. Avec, au fil des numéros, des héros qui vont devenir des « classiques » (citons Astérix, le Petit Nicolas, Tanguy et Laverdure, Barbe-Rouge, etc). Et un esprit qui , au fil des ans, montrera que la BD a définitivement quitté le territoire réservé des enfants pour devenir un mode d’expression adulte.

Le 29 octobre 1959 est une date aussi importante que le 14 juillet 1789, où la prise de la Bastille a marqué, dans le sang, le début de la Révolution. Car le premier numéro de Pilote a marqué, dans l’encre, le début de la révolution de la BD. Mais, comme le 14 juillet, il n’est pas arrivé d’un coup de baguette magique.

De doctes historiens ont analysé comment la Révolution avait été précédée bien avant 1789 par un certain nombre d’événements avant-coureurs. Idem pour Pilote : plusieurs titres savants, tout à fait pertinents, ont déjà retracé sa longue et magnifique histoire. Mais il manquait un ouvrage racontant sa préhistoire, qui fut longue et chaotique. Et il a fallu que ses auteurs se mettent véritablement en quatre pour accoucher de cette somme : Christian Kastelnik, Patrick Gaumer, Clément Lemoine, et Michel Lebailly, qui porte la double casquette d’éditeur et de co-auteur.

Pilote : La naissance d'un journal - Par Collectif - Ed. La déviation
De gauche à droite : Jean-Pierre Dionnet, Christian Kastelnik, Clément Lemoine, Michel Lebailly et Patrick Gaumer, devant le 2 rue de la Bourse à l’occasion de la soirée de lancement de l’ouvrage.
Photo : Didier Pasamonik

L’enquête a démarré pour eux il y a une trentaine d’années. Tels des archéologues passionnés et patients, ils ont inlassablement cherché et retrouvé les protagonistes encore vivants, ou leurs descendants, de cette grande aventure, ainsi que des archives rares (photos, maquettes, journaux, dessins, contrats, correspondances, lieux, cartes, etc…). Ils ont rédigé un texte d’une grande intelligence, formidablement documenté et souvent teinté d’humour, réalisé une maquette claire et élégante, et reproduit un maximum de documents passionnants.

On découvre, par exemple, que le nom de « Pilote » avait été trouvé dès 1944 par le principal créateur du journal, François Clauteaux, et s’appliquait à un marin tenant un gouvernail dessinant le O du titre ! Celui-ci rêvait, dès son plus jeune âge, de faire un « Paris-Match » pour la jeunesse.

On apprend que différents journaux (on parlait encore d’ « illustrés »), à la vie plus ou moins éphémère, l’ont préfiguré : Pistolin, Risque-Tout, le Supplément illustré, et une brochette de petits journaux publicitaires éphémères (Clairon, Jeannot, Milliat Frères, etc.)

On y découvre les différents « numéros zéro », reproduits in extenso et en pleine page, où l’équipe testait différentes rubriques (articles d’actualité et de vulgarisation scientifique, jeux et activités, etc.) et différents héros de BD pour trouver la bonne formule qui séduirait les adolescents. Ainsi, on rêve à ce qu’aurait pu devenir Francinou, le jeune héros inventé par Goscinny et Franquin, s’il avait survécu. On y lit également le début du Roman de Renart, adapté en BD par Goscinny et Uderzo, qui a été remplacé in extremis dans l’ultime « zéro » par la première planche, devenue mythique, d’Astérix le Gaulois (du même tandem) !

On se rend compte à quel point les « inventeurs » du journal ont beaucoup misé sur des grandes marques publicitaires de l’époque (DOP, L’Oréal, Esso) et, surtout, ont fortement appuyé le lancement grâce à une station de radio très influente qu’était Radio-Luxembourg (qui deviendra RTL).

Bref, ce somptueux album passionnera tous les anciens lecteurs du regretté et mémorable journal « qui s’amusait à réfléchir » et plaira aux plus jeunes s’intéressant à l’histoire de la BD et de la presse.

Il a été tiré à 2500 exemplaires, et ne coûte que 50 € tout rond, ce qui est peu en regard des années de recherche des auteurs, de la somme des informations qu’il contient, et des heures de lecture et de bonheur pour le lire de bout en bout !

(par Benoit MARCHON)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9791096373581

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