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Pinard de guerre T. 1- Par Pelaez et Porcel – Editions Grand Angle/Bamboo

  • L'histoire du vin des poilus sert de toile de fond à cet album qui revisite le conflit sous un angle inédit. Dès les premières cases, le ton est donné, le cadre est résumé : « Le sang du soldat a coulé et il est d’une belle couleur bordeaux ». Si la question des rapports ambigus entre le sang de la vigne et celui des poilus est souvent resté occultée, voire totalement ignorée dans de nombreux ouvrages, c'est un aspect significatif de la manière dont les hommes furent entraînés dirigés et conditionnés pour affronter le pire de la guerre de 1914.

Le recours à la gnôle, au pinard fut bien souvent le moyen le plus simple et le plus répandu pour galvaniser la troupe et lui permettre de traverser ce conflit dans une certaine forme d’ignorance ou d’inconscience.
En s’attachant à cette part peu glorieuse du premier conflit mondial, les auteurs nous invitent à suivre le parcours atypique d’une crapule, d’un profiteur doublé d’un planqué.

Pinard de guerre T. 1- Par Pelaez et Porcel – Editions Grand Angle/Bamboo
Mise en page classique et efficace au service d’une histoire sans complaisance.
Durant le conflit, la propagande n’hésitait à vanter les bienfaits du "pinard".

Riche négociant en vin, Ferdinand Trancourt profite d’une prétendue infirmité pour éviter de partir au front, ce qui ne l’empêchera pas de devenir le fournisseur des armées en ayant recours à des méthodes plus proches de l’arnaque que de celles du négoce. Mais le trafiquant sera rattrapé par les événements, notamment quand, se retrouvant encerclé par une poignée de soldats, il devra faire des choix qui l’engageront plus intimement. Une autre face du personnage apparaît peu à peu : au-delà du cynisme, son charisme révéle une forme d’héroïsme, de bravoure allant jusqu’à rendre ce personnage presque (mais seulement presque) sympathique.

Portrait d’un antihéros cynique, antipathique au coeur des tranchées.

Professeur sur l’île de la Réunion, Philippe Palaez a commencé sa carrière par des publications chez Des bulles dans l’Océan (Gautier de Châlus et Fièvre). Après un passage chez Casterman (Un peu de tarte aux épinards avec Javier Cassado), il rejoint Grand Angle avec un one-shot très remarqué Puisqu’il faut des hommes, dessiné par Victor L. Pinel. Déjà la figure du héros de cette histoire à propos de la Guerre d’Algérie s’avère atypique et ambivalente.

Ce scénariste « qui monte » s’attache à des univers souvent sombres et ancrés dans des contextes difficiles. Il y décrit sans complaisance les ravages de la guerre chez les soldats au travers de destins ordinaires loin des héros monochromes.

Avec Francis Porel, il persévère sur ces « parts d’ombres » avec Dans mon village, on mangeait des chats publié chez Grand Angle. Ce dernier album marque une nouvelle collaboration entre les deux auteurs. À un trait souple et précis, le dessinateur ajoute une palette de couleurs expressives et bien choisies, restituant avec talent des atmosphères réalistes et crédibles.

En fin d’album, un copieux dossier accompagné de nombreux documents d’époque et rédigé par le scénariste s’avère utile et érudit. On attend avec impatience la suite des tribulations de ce héros atypique dans un second tome à paraître dont le titre est tout un programme : Bagnard de guerre !

(par Patrice Gentilhomme)

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