Plus jamais de bande dessinée sans femmes !

8 mars 2016 2 commentaires
  • Depuis 1977, le 8 mars est consacré Journée mondiale de lutte pour les droits de la femme par l’ONU. Cette année la bande dessinée sera particulièrement attentive à l’événement…

En effet, deux mois sont passés depuis le séisme provoqué par l’absence de femmes parmi les trente auteurs sélectionnés pour le vote du Grand Prix d’Angoulême et dont l’onde de choc s’était propagée bien au-delà des cercles de la bande dessinée.

Un tel « oubli » reste difficile à comprendre tant la place des auteures ne peut plus être négligée. Ainsi, encore quelques mois auparavant, en septembre 2015, le Centre Belge de la Bande Dessinée avait dû reporter un projet d’exposition dont le titre caricatural « la BD des filles » accompagné d’une communication maladroite avait soulevé l’indignation de plusieurs dessinatrices, dont certaines étaient engagées depuis plusieurs années dans le Prix Artemisia de la bande dessinée féminine. Or, en janvier 2016 ce collectif regroupait déjà plus de deux cents auteures…

Le scandale d’Angoulême trouvait un écho à Londres où justement le spécialiste britannique mondialement connu Paul Gravett achevait avec Olivia Ahmad -conservatrice à la House of Illustration- la préparation de Comix Creatix, une exposition dédiée à cent auteures à travers les âges et les continents.

Inaugurée le 4 février, elle offre un panorama étonnant du 9ème art au féminin. Depuis Marie Duval, caricaturiste d’origine française et pionnière de la bande dessinée britannique dès les années 1870, la richesse des planches présentées rend impossible d’ignorer les apports multiples des créatrices au domaine.

Plus jamais de bande dessinée sans femmes !
Extrait de l’affiche de Comix Creatix signée Laura Callaghan
DR

« Elles ont constitué une minorité prolifique, qui a engendré certaines des œuvres les plus marquantes et les plus provocatrices du milieu, précise le dossier de presse de l’exposition, tout en ajoutant, cependant, leurs contributions ont souvent été négligées. » La Chaîne franco-allemande Arte, titre malicieusement un reportage consacré à Comix Creatix diffusé le 3 mars, « Londres répond à Angoulême ».

L’événement "Bulles d’égalité" à Genève

En Suisse, on s’intéresse aussi à la question. La Ville de Genève a depuis plusieurs mois choisi la bande dessinée pour thème de sa Semaine de l’égalité, événement annuel lié à la Journée de lutte pour les droits de la Femme : « Le 9e art n’échappe pas aux multiples enjeux de genre qui traversent notre société : lente féminisation de certains métiers et bastions masculins, représentations stéréotypées du féminin et du masculin ou encore réflexions sur la place et le rôle des femmes et des hommes dans la société  » constatent les organisateurs qui s’emparent de la bande dessinée « comme vecteur pour parler d’égalité. » Ateliers et tables rondes vont se succéder dans les bibliothèques de la ville avec des auteures locales Sophie Labelle ou Isabelle Pralong, mais aussi Tanxx membre française du Collectif des créatrices de bandes dessinées.

On notera également en France la conférence-débat qui se tiendra jeudi 10 mars à 18H30 à la Maison de la BD de Blois avec Marie Moinard, scénariste et responsable éditoriale de Des ronds dans l’O. Cette structure éditoriale indépendante et engagée compte à son catalogue les trois volumes collectifs de En Chemin elle rencontre… contre les violences faites aux femmes.

En Chemin elle rencontre... aux Ronds dans l’O

Si, de tous temps, les auteurs de bandes dessinées ont compté des auteures dans leurs rangs, il faut souligner que les éditrices de bandes dessinées forment également une réalité historique. Citons Jacqueline Rivière, rédactrice en chef de la Semaine de Suzette et scénariste des premières histoires de Bécassine en 1905 ou Bernadette Ratier, créatrice des éditions Mon Journal en 1946. Aujourd’hui, une éditrice, Juliette Salique des éditions Arbitraire vient d’être élue à la tête du Syndicat des éditeurs alternatifs (SEA) jusqu’alors présidé par Jean-Louis Gauthey de Cornelius.

Ironie des dates, ce même 10 mars aura lieu une réunion cruciale au Ministère français de la culture pour donner suite au communiqué des éditeurs de BD qui menacent de boycotter le prochain Festival d’Angoulême après les nombreuses dérives de la manifestation dont l’absence de femmes pour l’élection du Grand Prix.

Juliette Salique y sera présente aux côtés de Guy Delcourt, président de la section BD du Syndicat National de l’Édition qui regroupe les mastodontes du secteur. Et puisque les auteurs sont aussi concernés par le devenir de la première manifestation bédéphiles, ils seront représentés par une délégation du syndicat SNAC BD. Enfin, et c’est une première, une auteure issue du Collectif des créatrices a également été conviée à l’entrevue.

Probablement pas de quoi laver définitivement l’affront de janvier. Mais il est dorénavant sûr que la bande dessinée est une affaire trop importante pour ne la confier qu’aux hommes…


DERNIÈRE MINUTE

Malgré la demande des représentants des éditeurs et des auteurs, le Collectif des créatrices de bandes dessinées contre le sexisme n’a à ce jour pas reçu d’invitation formelle du ministère. La participation à la réunion du 10 mars reste donc hypothétique au moment où nous écrivons ces lignes.

(par Laurent Melikian)

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