Pockets : Semic jette l’éponge !

17 septembre 2003 0 commentaire
  • Il y a deux jours encore, nous nous réjouissions de l'arrivée du {Fantôme} dans les pages de {Spécial Zembla.} Et nous louions le dynamisme de l'équipe Semic pour l'édition de ces pockets, survivants d'un âge d'or de la BD populaire. Malheureusement {Rodéo}, {Mustang}, {Yuma} et autres {Kiwi} s'apprêtent à tirer leur révérence.

Dans un communiqué laconique du 16 septembre, les éditions Semic annoncent leur intention d’abandonner les fascicules populaires : « "Ces illustrés d’un autre temps" (comme ils étaient souvent perçus) faisaient pourtant mieux que survivre depuis quelques années, (…) Des dizaines de couvertures originales signées par des artistes de renommée internationale - Caza, Bessadi, Alary, Ramaioli, Liberatore, Von Sholly, Bodard, Formosa, etc. - mais aussi des milliers de pages créées ces dernières années uniquement pour les Pockets n’auront pas suffit à éviter leur disparition, précipitée par la décision récente des Éditions Bonelli (éditeur de Tex Willer, Martin Mystere ou encore Zagor) de mettre fin à une collaboration de plus de 50 ans. » Difficile, voire impossible en effet de poursuivre ces publications sans les têtes d’affiches fournies par l’éditeur italien.

Pockets : Semic jette l'éponge !
Zembla par Caza

Thierry Mornet, rédacteur en chef des pockets Semic vient nous éclairer sur la question : « Les pockets étaient sous la barre des 4000 exemplaires vendus. À ce rythme, personne ne peut tenir éternellement (...). La logique économique des Semic Pockets tenait sur l’ensemble d’une ligne, et non produit par produit. De ce fait (l’arrêt de la collaboration avec Bonelli), 3 Pockets sur 6 s’arrêtant, "l’édifice" ne tenait plus. »

A plus d’un titre, cette annonce sonne comme un coup de Trafalgar. D’une part, les pockets offraient un espace de création plus souple que le traditionnel album couleur. De nombreux auteurs, jeunes et moins jeunes, français, belges, américains ou yougoslaves en avaient profité. Semic pourra-t-il continuer à les publier ? Certainement pas tous… D’autre part, on voit mal comment ces séries marquantes du fumetti (dont les qualités tant scénaristiques que graphiques sont évidentes) pourront trouver en France d’autres supports aussi économiques.

Interrogé sur les raisons de la rupture, Thierry Mornet nous a répondu : « Les conditions du marché français (distribution en kiosques, presse "malade" en général) ainsi que quelques soucis relationnels rencontrés avec la société SAF, l’agent de Bonelli, ont visiblement amené Sergio Bonelli a préférer ne plus avoir à gérer un dossier qui devenait problématique pour lui. Il préfère se concentrer sur le marché Italien. Il assume en revanche pleinement et personnellement la décision de ne pas renouveler le contrat qui liait Semic à Bonelli, en dépit de notre passion et notre volonté de promouvoir ses séries en France. » On sait que le directeur de l’agence SAF, Erwin Rustemagic est également éditeur francophone avec la société Erko. On peut penser qu’il choisirait lui-même de prendre en charge l’adaptation en Français du fabuleux catalogue Bonelli. A moins qu’un éditeur important ne tente l’aventure, à l’image Glénat en 1993 avec la collection 2heures 1/2.

Pour mémoire, Rodéo paraissait tous les mois depuis septembre 1951 et vient d’atteindre son numéro 625. Alors que Kiwi qui venait de passer bimestriel a connu 580 publications depuis septembre 1955… La belle histoire s’achèvera en décembre 2003. Thierry Mornet, nous a affirmé que l’équipe est prête à réaliser des numéros exceptionnels avant de baisser le rideau.

Las, il ne restera plus en kiosque que les deux publications Mon Journal, Akim et Swing dont l’équilibre semble tout aussi précaire, d’autant plus que Swing est également un personnage des éditions Bonelli. Il semblerait bien que la page se tourne définitivement.

Le pocket est mort, vive le manga !

(par Laurent Melikian)

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