Portail, une conjonction d’envies et de projets

14 septembre 2006 0 commentaire
  • Pour ses 60 ans, les éditions du Lombard s'offrent une nouvelle collection axée sur les récits fantastiques au sens large, regroupant ainsi {fantasy}, magie, mondes parallèles et quatrième dimension. Pas moins de 6 projets y verront le jour d'ici la fin de l'année prochaine.

Le jeune scénariste Sébastien Latour ouvre la danse et nous entraîne dans deux mondes fantastiques distincts, en compagnie de Griffo et de Giulio De Vita... Excusez du peu ! Tandis que Jean-Luc Sala nous emmène dans un Japon de contes et de légendes.

« Cette collection est née d’une conjonction entre une très forte envie d’éditeur et l’arrivée de projets intéressants, nous confie, Gauthier van Meerbeeck, éditeur aux éditions du Lombard. C’est un genre que nous n’avons déjà exploré, mais pas avec l’importance nécessaire. Nous voulions nous y atteler, d’autant plus qu’il nous permettait de cultiver l’image de bande dessinée populaire qui est associée à notre maison  ».

Portail, une conjonction d'envies et de projetsTrois projets de qualité sont arrivés à quelques semaines d’intervalle dans la boîte aux lettres de la maison d’édition de l’avenue Paul-Henri Spaak. D’une part Bakemono, un projet se déroulant dans un Japon fantastique et, d’autre part, deux synopsis de Sébastien Latour. « Ce dernier est rapidement parvenu à intéresser deux grands dessinateurs : Griffo et Giulio De Vita, souligne l’éditeur. On assistait à une véritable communion d’auteurs par rapport à un genre : la magie et le fantastique. Une conjonction d’envies et de projets ».

L’éditeur bruxellois n’arrive-t-il pas cependant un peu tard dans un genre qui a contribué à asseoir la renommée des Humanoïdes Associés, de Soleil ou de Delcourt ? « Pas du tout, maugrée Gauthier Van Meerbeeck. C’est un genre où l’on peut constamment se renouveler et apporter des histoires originales. Nous n’arrivons pas après ces éditeurs sur le marché, car quelles sont les premières séries qui ont traité de cette thématique ? Thorgal et La Quête de l’Oiseau du Temps, toutes les deux éditées par le groupe Dargaud/Lombard ! Leurs succès a permis à l’Héroïc Fantasy de s’imposer. »
Les auteurs, eux, sont ravis d’inaugurer la collection. « J’étais certain que mes créations allaient être remarquée, confie Sébastien Latour (Le scénariste de Wisher). La raison en était simple : c’est un genre nouveau pour l’éditeur. Et puis, il y a tant d’effervescence pour le lancement de cette collection, que cela en est encore plus passionnant !  ».

Etude pour le personnage de Nigel
Wisher - (c) De Vita, Latour & Lombard.

Jean-Luc Sala (l’auteur de Bakemono) enchérit : « le Lombard a une légitimé dans ce genre. Il ne me semble pas vraiment incongru de faire de la Fantasy chez l’éditeur de Thorgal ! Ils ne sont pas du tout fermés à la BD de genre, d’ailleurs l’équipe éditoriale est très jeune et ils ont des envies qui vous surprendraient ! Contrairement à des maisons plus jeunes comme Delcourt ou Soleil, ils ont la charge d’un fond éditorial qui, malgré sa qualité et son aspect vénérable, a faussé leur image auprès d’un certain public. Par « effet de bord », les auteurs de Fantasy ne pensent pas à présenter leurs projets chez Le Lombard. Il faut faire fi de ces préjugés, la nouvelle collection Portail va donner un regard neuf sur le Lombard ! »

Etude pour la couverture d’Ellis
(c) Griffo, Latour & Le Lombard.


Trois albums en 2006

Wisher [1] et Ellis [2] creusent la veine de la Fantasy urbaine. « Mes séries sont dans cette tradition, revendique le scénariste Sébastien Latour. J’aime cette sensation dans mes histoires, que les personnages et les événements auxquels ils sont confrontés soient à la fois proches et loins de nous. J’apprécie l’idée qu’il pourrait y avoir un monde parallèle au coin de la rue et qu’il suffirait de changer un petit peu notre perception des choses pour découvrir la magie autour de nous ! La thématique des êtres étranges vivant parmi nous a toujours inspiré des scénaristes. Et ce que ce soit des Extra-terrestres, des dieux, des vampires, des immortels, des fées, des mutants ou ... des types en collants colorés ! Avec l’ Urban Fantasy, une fois que l’on passe de l’autre côté du miroir -ou du portail- et que l’on accepte d’y croire, on est embarqué dans des montagnes russes ! ».

L’intrigue de Wisher débute à Trafalgar Square, au centre de Londres, à une époque que l’on devine être assez proche de la nôtre. Nigel, un jeune homme avenant, reçoit d’un ami faussaire un étrange pendentif avant que celui-ci ne se jette sur les rails du métro londonien et ne périsse tragiquement. Alors que des mystérieux hommes se lancent à sa poursuite, un nouveau monde s’ouvre à Nigel. Il devient l’enjeu de la guerre millénaire qui oppose le monde réel et les créatures féeriques. Un récit rondement mené, qui peut être lu par n’importe quel lecteur ignorant les notions les plus élémentaires de Fantasy.

Ellis, l’autre série scénarisée par Sébastien Latour, a pour cadre la ville de New York. « Il s’agit d’un récit fantastique contemporain, nous explique Gauthier van Meerbeeck, qui se déroule dans une ville qui a été un lien important entre le Vieux Continent et l’Amérique, puisque les immigrants débarquaient dans cette ville en transitant pas Ellis Island. Cette accumulation de personnes, nourrissant beaucoup d’espoir et vivant parfois quelques craintes, a provoqué une tempête onirique qui frappe par hasard. Chaque nuit, un rêve ou un cauchemar s’incarne et devient réel. L’agence Ellis est chargé de contenir ce phénomène et surtout de le maintenir secret ».

Le dessinateur Griffo a déjà illustré de nombreux albums traitant de science-fiction (Beatifica Blues, Samba Bugatti). Ce dernier nous confie être très motivé par cette thématique : « Ellis était exactement ce qu’il me fallait. Sébastien Latour a agilement mélangé le monde onirique avec le polar. Dans Ellis, les possibilités sont quasi illimitées, comme les rêves et les cauchemars. Pas de frontière. Ellis peut nous emmener aux différents niveaux de l’espace-temps. Cela ouvre des perspectives intéressantes pour un dessinateur. En plus, les rêves et le subconscient m’ont toujours passionnés. En fait, c’est ce cocktail de rêve et de réalité, bien habilement agité, et avec un bon zeste de suspens et d’action qui m’ont fait craquer pour cette histoire. Dans Ellis tout est possible...  »

Etude pour Bakemono
(c) Sala & Le Lombard.

Après avoir signé le scénario de la série Cross Fire, aux éditions Soleil, Jean-Luc Sala nous emmène dans un Japon de contes et de légendes. L’éditeur résume la série ainsi : « Okura, l’Empereur Blanc, vient de succomber sous les coups d’un monstre appartenant au Seigneur Noir. Le jugement des dieux est sans appel : de grands cataclysmes s’abattront sur le monde des humains. Mais même les dieux ne pouvaient prévoir qu’en ces temps critiques surgirait un héros oublié, le Tengu. Guerrier légendaire, mi-homme, mi-corbeau, ce combattant hors pair avait conservé un atout dans sa manche : les trois filles d’Okura, qu’il a fait élever loin du regard des dieux ».

L’auteur, Jean-Luc Sala, avoue avoir été graphiquement marqué par un travail d’illustration pour l’édition française du jeux de rôle « Runequest : Land Of Ninja ». « Cela a été mon premier contact avec la Fantasy asiatique, explique-t-il. Je suis resté marqué à jamais par cette expérience graphique. Comme si tous ces samouraïs et ces geishas que j’avais dessinés à l’époque attendaient qu’un jour je les ressorte de mon carton à dessin pour leur donner une vie propre ». Jean-Luc Sala ne renie pas pour autant sa passion pour Le Seigneur des Anneaux ou la mythologie arthurienne. « J’apprécie les fresques épiques, les thèmes universels, le côté désuet de la littérature romantique de ces œuvres, dit il. Mais entre-temps, la Fantasy est devenue un genre à part entière avec ses clichés et ses passages obligés. Je tiens compte de la situation actuelle de ce type d’histoire, tout en racontant une récit à ma façon et en étant fidèle à mes premiers amours pour Tolkien, Lucas & Moorcock ! ».

Trois nouvelles séries en 2007 !

La collection Portail poursuivra son lancement en 2007 avec la publication de trois autres séries, dont deux scénarisée par Nicolas Pona. La première, Rezo, sera dessinée par Stéphane Bervas et bousculera, nous dit-on, notre vision de la réalité : « Dans un futur proche, nous explique Gauthier van Meerbeeck, la guerre mondiale s’est étendue à Internet. Ce moyen de communication est devenu un vaste champ de bataille où les puissances lancent bombes virales et virus pour déstabiliser l’adversaire. Internet n’est plus qu’une vaste zone de guerre, un monde apocalyptique à la Mad Max. Des programmes informatiques ont pris une apparence humaine dans cet Internet qui semble être le monde réel, chaotique et sauvage  ». Un récit à la thématique audacieuse, semble-t-il.

Etude pour Bakemono
(c) Sala & Le Lombard

Le Cycle d’Ostruce nous dévoilera une Russie de légende, où les humains côtoient des créatures magiques. Une révolution prolétarienne éclate. Alors que le tsar, un vieux dragon, s’est transformé en un tyran sanguinaire, un guerrier l’assassine et s’empare de l’héritier de l’empire : un œuf. Les partisans du Tsar et les Rouges, les Communistes, se lancent à la poursuite du guerrier pour récupérer l’héritier...

Enfin, Jean Dufaux et Philippe Xavier signeront Croisades. L’histoire du Moyen-âge recense huit croisades. Pourtant, une neuvième a existé ... Pourquoi s’est-elle effacée de la mémoire des hommes ?

Le Lombard entre en force dans un genre où on ne l’attendait pas et compte séduire de nouveaux lecteurs avec des scénaristes en phase avec l’imaginaire féerique, nourris aux jeux de rôle et à l’adaptation cinématographique du Seigneur des Anneaux de Tolkien. De quoi entamer les soixante prochaines années du bon pied ?

(par Nicolas Anspach)

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[1Avec Giulio De Vita, parution en septembre 2006

[2avec Griffo, parution en Octobre 2006

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