Pour les 75 ans de Bob & Bobette, Catawiki organise la vente exceptionnelle d’un album complet d’originaux de Willy Vandersteen

15 mai 2020 8 commentaires
  • Surnommé par Hergé « le Brueghel de la BD », Willy Vandersteen (1913-1990) est la figure la plus importante de la bande dessinée en Flandre et aux Pays-Bas, auteur d’un millier d’albums répartis sur 25 séries, dont un bon nombre continuent de paraître, totalisant plus de 200 millions d’albums vendus, aussi bien en néerlandais, qu’en allemand, en français ou... en chinois ! Sa série la plus célèbre est "Bob & Bobette", le best-seller toutes catégories de la bande dessinée néerlandophone. Une référence dans l’Histoire de la bande dessinée. Catawiki lui consacre cette semaine une vente exceptionnelle en offrant aux enchères un album complet, "Les Champignons chanteurs" (1960). Une occasion unique.
Un publirédactionnel de
Pour les 75 ans de Bob & Bobette, Catawiki organise la vente exceptionnelle d'un album complet d'originaux de Willy Vandersteen

Des soins hospitaliers de qualité, l’assistance aux personnes handicapées, les soins aux personnes âgées, pour résumer, une politique gouvernementale dédié au secteur social…. En ces temps de crise sanitaire mettant en exergue les travers de notre société occidentale égocentrique, ces sujets sont depuis longtemps présents dans l’œuvre de Willy Vandersteen. Raison de plus pour ses aficionados de revenir sur ces « valeurs démodées » qui ont séduit et séduisent encore bon nombre de lecteurs du maître flamand, nostalgiques d’un temps révolu.

Willy Vandersteen n’a jamais été nostalgique. Pire : il ne comprenait pas que l‘on puisse se pencher sur ses œuvres du passé qu’il qualifiait lui-même de « péchés de jeunesse » devenus pourtant des classiques de référence. Ce conteur fabuleux s’était forgé -non sans quelques errements- au temps terrible de la guerre et de l’après-guerre, ce qui explique ses histoires complètement fantasmées, déconnectées de toute réalité concrète et se déroulant très souvent soit dans un lointain passé : Le Fantôme Espagnol, Le Trésor de Fiskary, Le Teuf-Teuf-club, Les Mousquetaires endiablés, Le Casque tartare, Le Trésor de Beersel, Le Diamant sombre, Le Roi boit, Lambiorix, roi des Éburons ... soit dans un pays lointain où le temps s’est arrêté, où les modes et les coutumes sont restées inchangées depuis des siècles : L’Île d’Amphoria, L’Aigrefin d’acier, La Princesse enchantée, La Nef fantôme, Le Castel de Cognedur, Le Ravisseur de voix ...

Fantômes un peu farces, sorcières bonasses, inquiétants enfourcheurs de chèvres diaboliques, fantasques alchimistes… animent autant de thématiques que le maître flamand aborde bien avant qu’ils ne déferlent à la télévision et au cinéma. Le caractère feuilletonnesque de ses récits -publiés dans les plus grands quotidiens de Belgique et de Hollande- le pousse à raccrocher souvent ses récits, parfois de façon cryptique, à l’actualité en faisant allusion à la politique, ou à la pression fiscale. À ses débuts surtout, un esprit conservateur dû à son éducation dans une famille catholique et royaliste caractérise bien évidemment son propos.

Willy Vandersteen - Les Champignons chanteurs, pl. 9. Nous avons ici la démonstration de l’incroyable dynamisme que Vandersteen a toujours su insuffler dans ses planches.
© Standaard Uitgeverij / Willy Vandersteen

Une thématique plus adulte

À partir de la fin des années 1950, l’inspiration fantastique et onirique de ses récits, inspirée de ses lectures d’enfance et du quartier populaire anversois « De Seefhoek » dont il était originaire, s’efface progressivement en faveur de thématiques plus réalistes et plus adultes.

Elles se déroulent désormais dans le présent, faisant référence à l’actualité. La magie des débuts fait place à des machines inspirées par l’innovation technologique et aux thèmes sociaux. L’attention est portée aux enfants, aux personnes fragiles, qu’elles soient âgées ou handicapées, aux animaux… : Les Voisins querelleurs, L’Attrape-fils, le Matou marrant ou Lambique au bois dormant ressortent de cette veine. Ajoutons l’intérêt croissant de Vandersteen pour les problèmes du Tiers Monde, dans Le Sampam mystérieux et Le Cercle d’or, où la sagesse orientale vient en contraste avec la cupidité de certains capitalistes de l’après-guerre, comme dans La Tombe hindoue et Le Jongleur du veau d’or. La Guerre froide et même la vraie guerre sont au cœur d’albums comme Le Paradis des chiens ou Jeromba le Grec, et notamment la guerre du Vietnam dans Margot la folle, dès 1966.

Cette évolution surprenante s’explique : en 1959, Vandersteen fait un long voyage en Extrême-Orient (Japon, Philippines, Hong Kong, Thaïlande, Inde ...) où il est confronté à la réalité crue du Tiers Monde. L’auteur approche alors de la cinquantaine et fait inévitablement le point sur sa vie. Le catholicisme prononcé de ses premières années, de 1940 au début des années 1950, se mue en un humanisme beaucoup plus universel dans la période 1958-1968, entre le 45e et le 55e anniversaire de l’artiste.

Willy Vandersteen - Les Champignons chanteurs, pl. 46. Bobette court après les mystérieux champignons qui parcourent la ville. Mais ceux-ci portent un lourd secret…
© Standaard Uitgeverij / Willy Vandersteen

Un précurseur

Plus graves, mais toujours dans un ton familier et populaire, ses albums touchent plus nettement aux questions sociales voire même à la politique. Ce n’est pas pour Willy Vandersteen une posture, même si nous sommes dans le registre du catholicisme social qui émergea dans ces années-là. Il y a une injonction faite aux gouvernements de s’occuper davantage des personnes faibles, déclassées, handicapées. Ainsi, dans Lambique au bois dormant, Bobette devient aveugle, de façon assez dramatique. Elle retrouve certes la vue à la fin de l’histoire, mais le message est passé.

En cela, il accompagne l’évolution de la bande dessinée de son temps où ces thématiques percent à la même période. Mais sa position et son succès ne l’obligeaient pas à endosser ces thématiques nouvelles qui allaient un peu à contre-courant du milieu conservateur de la bande dessinée européenne de son époque.

D’ailleurs, à la fin de cette période (1972), il abandonna Bob & Bobette à son assistant Paul Geerts pour se consacrer à la création de sa série Robert & Bertrand qui se passe dans les milieux ouvriers du XIXe siècle. Mais il reste un précurseur dans le domaine franco-belge où, sous l’emprise de la Loi de 1949 pour la protection de la jeunesse, le ton restera moralisateur quelques années encore.

Willy Vandersteen - Les Champignons chanteurs, pl. 46. Lambique et Jérôme réussissent à libérer une petite fille des griffes de ses ravisseurs. Ces planches sont estimées entre 1400€ et 2600€.
© Standaard Uitgeverij / Willy Vandersteen

Une vente exceptionnelle

Catawiki propose aux enchères jusqu’au 24 mai prochain, 54 planches de Willy Vandersteen, soit l’album complet de Bob et Bobette : Les Champignons chanteurs (1960), un épisode où des enfants se font enlever par des champignons et où Lambique se fait accuser d’être le ravisseur !

Bob, Bobette, Sidonie et Jérôme enquêtent et découvrent qui sont les coupables. L’album est dessiné dans sa langue originale, le néerlandais, mais chaque planche achetée sera accompagnée de l’album complet de cet épisode, en grand format, avec une double couverture française et néerlandaise et, à l’intérieur, la reproduction de toutes les planches originales de l’album. Une édition à tirage limité, signée par les filles de l’artiste, Helena & Christiane Vandersteen.

Patrick Vranken, manager de Catawiki (et passionné de BD !)

Chaque planche achetée sera accompagnée par cet album grand format reprenant toutes les planches en fac simile. Une édition à tirage limité, signée par les filles de l’artiste, Helena et Christiane Vandersteen.
© Standaard Uitgeverij / Willy Vandersteen
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Voir en ligne : LE LIEN VERS LA VENTE DE CATAWIKI

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En médaillon : Willy Vandersteen. Creative Commons - Wikipedia – Photo : Sjakkelien Vollebregt (ANE FO) GaHetNa (Nationaal Archief NL)

 
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8 Messages :
  • Très belle vente d’un merveilleux magicien de la bande dessinée.
    Bob et Bobette ont fait rêver des générations de lecteurs et cela continue.
    Willy Vandersteen travaillait-il encore seul à l’époque de cet album ou
    s’entourait-il déjà de collaborateurs ?
    J’ai remarqué que contrairement à ce qui est annoncé, ce n’est pas l’album complet qui est mis en vente. Il manque la dernière planche.
    Il y a une raison ? Est ce un oubli ou autre ?

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    • Répondu par Carbo le 17 mai à  07:42 :

      W. Vandersteen reconnaissait dans une interview donnée au journal flamand De Standaard du 27 juin 1947 que "Si ma femme continue de m’aider à encrer assidûment les dessins que je trace au crayon, tout sera parfait" ...

      Partant de là il n’a cessé d’avoir des collaborateurs qui se sont succéder pour encrer ses crayonnés !

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      • Répondu par David Sporcq le 17 mai à  11:44 :

        Dans le livret distribué lors de l’exposition réservée à Bob et Bobette à Ostende en 1990, j’ai pu lire que "Le studio Vandersteen vit le jour en 1952."
        Voilà qui répond à ma première question et merci, Carbo, pour cette précision.

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    • Répondu par Patrick Vranken le 19 mai à  12:23 :

      Merci de votre réaction.
      Depuis le début de sa carrière dans les années 40, Willy Vandersteen a travaillé avec des assistants, notamment pour l’encrage de ces planches. En 1959, il a fondé le Studio Vandersteen, auquel cinq dessinateurs étaient attachés en permanence dans les années 1960. Ils ont travaillé sur l’encrage de Bob Bobette et aussi le crayonné de différentes séries secondaires, Le Chevalier rouge, Jérôme etc. Jusqu’au début des années 70, Vandersteen a continué à préparer personnellement le crayonné pour Bob et Bobette (ce qu’il a très visiblement fait pour Les Champignons chanteurs). A partir de 1972, c’est Paul Geerts qui a repris la série.
      Vous l’avez bien vu, en effet une planche originale est absente de la vente car elle n’a pas été trouvée au moment de la préparation de la vente. L’album par contre sera complet de toutes ses pages.

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      • Répondu par David Sporcq le 20 mai à  16:19 :

        Je vous remercie d’avoir répondu avec précision à mes questions et vous souhaite une excellente vente.

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  • Il est intéressant de noter la rencontre et la "confrontation "
    Vandersteen & Hergé. Comment ce passage dans le magazine Tintin s’est effectué et comment il s’est plus ou moins bien passé. Comment et pourquoi ces deux géants ont été mis en contact et comment l’un obligea l’autre à modérer sa fougue pendant un temps. Anecdotique ? les deux Belgique en quelque sorte s’opposaient . Et question lancinante : pourquoi un succès monstrueux au-delà d’une frontière linguistique géographique et politique et un quasi-mépris de l’autre ?

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    • Répondu le 19 mai à  07:35 :

      Les frontières linguistiques sont plus difficiles à franchir que les frontières géographiques. Plus une langue est parlée et plus la culture qu’elle incarne se répand et se démocratise.

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    • Répondu par David Sporcq le 19 mai à  18:56 :

      L’immense succès de cette série s’explique en grande partie du fait qu’il a touché un très large public féminin. Les filles pouvaient s’identifier à Bobette, une héroïne espiègle, intelligente mais pas sans défaut car parfois impertinente voire légèrement désobéissante. Les héroïnes de bande dessinée étaient très rares à l"époque. Celle-ci n’était pas un second rôle et avait toujours le mot de la fin en forme de clin d’oeil.

      Aussi, les personnages de Willy Vandersteen n’étaient pas des super héros qui réussissaient tout. Cela foirait souvent et pas uniquement à cause de Lambique. Sidonie, Bob et Bobette mettaient fréquemment à mal une mission par leur maladresse. C’était leur cohésion qui permettait la réussite de leurs entreprises.

      Hergé en tant que directeur artistique du journal Tintin estimait cette série comme étant "vulgaire" entre autre parce que le dessinateur ne respectait pas les proportions anatomiques.

      Or, si on apprécie chez Tintin ce haut degré de réalisme où on se base sur des documents pour tout aussi bien pour les moyens de transport que le plus anodin des objets, on étudie comment une main devra être dessinée pour coller le plus possible à la réalité, ce qu’on aime chez W.Vandersteen, c’est la fantaisie. Il nous plonge dans un imaginaire dont on finit par accepter les déformations du réel.
      L’humour est aussi différent et particulier. Par exemple :Lambique demande à son agresseur si c’est bien un coup de matraque qu’il vient de recevoir. Lui ayant répondu par l’affirmative, Lambique rétorque que donc il devrait logiquement s’effondrer et il tombe.

      Raymond Leblanc aurait préféré garder cet auteur dont il percevait l’immense talent et succès lui permettant ainsi d’ augmenter le tirage de son hebdomadaire..

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