Pour ses 40 ans d’édition, Jacques Glénat entre au couvent

26 septembre 2009 0 commentaire
  • C’est dans le couvent de Sainte-Cécile à Grenoble que Jacques Glénat a reçu hier ses invités pour fêter les quarante ans de sa maison. Un académicien et pas moins de cinq chefs totalisant dix étoiles au Michelin ont honoré cet anniversaire de leur présence. Sans oublier les plus de 250 auteurs présents parmi lesquels quelques-uns des noms les plus fameux de la bande dessinée actuelle, de Convard à Zep, de Mordillo à Wolinski, mais aussi des scientifiques, des grands navigateurs, des écrivains et d’autres compagnons de l’aventure éditoriale du Grenoblois.

L’empereur Charles-Quint, ayant bataillé toute sa vie pour un empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais, décida d’abdiquer de ses différentes couronnes à l’âge de 56 ans, se retirant dans le Monastère de Yuste.

Jacques Glénat a 57 ans, et l’idée d’abdiquer, en dépit des batailles qu’il a menées pendant 40 ans, ne l’effleure pas une seconde. Le Couvent Sainte-Cécile qu’il vient d’investir n’est pas un lieu où il se retire loin du monde. Au contraire, il a transformé sa nef en vaisseau amiral pourvue d’une bibliothèque destinée à contenir quelque 30.000 volumes d’ouvrages qui ont nourri sa passion d’éditeur : la bande dessinée, la montagne, la mer, la gastronomie…

Le lieu est imposant : Il s’agit d’une ancienne église à la voûte ogivale réhabilitée en une bibliothèque monumentale. Sous nos pieds, les tombes des mères supérieures du couvent. Au-dessus de nos têtes, une série de vitraux conçus par le dessinateur de bande dessinée hollandais Joost Swarte. Le passé et le présent, pénétrés de spiritualité, sont quelques-unes des facettes du catalogue de Glénat.

Pour ses 40 ans d'édition, Jacques Glénat entre au couvent
Le Couvent Sainte-Cécile, après avoir été un cinéma, une boite de nuit (affublée du fin vocable "L’Enfer" [sic]) et même un temps des locaux du consistoire israélite, a été racheté par Glénat qui l’a réhabilité complètement. La nef centrale comporte une bibliothèque pouvant contenir 30.000 livres, décorée de vitraux signés par Joost Swarte, le pape de la Ligne Claire hollandaise
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
La bibliothèque monumentale des éditions Glénat
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Détail amusant : La grille en fer forgé séparant la nef du jardin des nonnes est décorée par les représentations de Mafalda, Titeuf et autres personnages qui ont fait la réputation de la maison Glénat.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

L’éditeur attend entre 400 et 500 invités. Dans tout le lieu, débordant dans le jardin et dans le chœur des nonnes, des tables ont été dressées avec les mets et les breuvages les plus fins. On n’a pas tous les jours 40 ans et Glénat a voulu faire les choses en grand. Le public s’égaie dans les couloirs de ronde. C’est bon enfant.

Vient le discours du maître des lieux, passionné et intelligent, sans l’ombre d’une prétention, même quand Glénat rappelle qu’il a connu Hergé, Franquin, Jacobs, Tillieux, Peyo,… grâce à un fanzine, Schtroumpf, les Cahiers de la bande dessinée, créé en 1969, ronéotypé sur les presses de la fac et qui lui a permis de rencontrer ces grands personnages du 9ème art.
Le discours fini, c’est au tour de l’écrivain Eric Orsenna (de l’Académie Française) de rendre hommage à l’éditeur du haut de sa chaire. Une homélie brillante où l’orateur remarque une carrière marquée par la curiosité, en prenant soin d’expliquer –on n’est pas académicien pour rien- que ce mot vient du latin cura : prendre soin. Prendre soin des lecteurs, des auteurs, du monde s’emballe-t-il…

Le discours du maître des lieux
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Monté en chaire, l’académicien et grand voyageur Erik Orsenna répond à Jacques Glénat.
Photo : D. pasamonik (L’Agence BD)

Cela avait quelque chose de surréaliste de voir se côtoyer les auteurs des différents labels de la maison : Giardino et Gos, Ptiluc et Wolinski, Manara et Jul, Zep et Arleston, Convard et Maester, Ben Radis et Frank Giroud, Jean-François Charles et Makyo… témoignant d’un catalogue éclectique. Reflet de cette curiosité dont notre académicien parlait tout à l’heure.

Pour rallier Grenoble, Glénat avait affrété un train d’auteurs. Les rencontres (ici Ben Radis et Jean Dufaux) étaient parfois surprenantes.
Photo : D. pasamonik (L’Agence BD)
Rencontres au sommet. Milo Manara et Vittorio Giardino découvrent la beauté de l’endroit.
Photo : D. pasamonik (L’Agence BD)
Rencontres au sommet. L’éditeur des mangas chez Glénat, Stéphane Ferrand et le président de Viz Europe, John Easum. Parleraient-ils des projets de Viz en France ?
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Rencontres au sommet. Svein-Erik Soland de Egmont, venu de Norvège, et Marco Lupoi, patron de Pannini comics, venu d’Italie.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

À la fin de la cérémonie, le directeur général de la maison, Jean Paciulli, et son directeur de collections, « depuis quarante, faisant comme partie des meubles », Henri Filippini, ont offert à leur patron un album-hommage de ses auteurs, réservé à l’éditeur et à ses amis. Un ouvrage surprenant bourré d’illustrations ponctuées de souvenirs d’Henri Filippini où l’on trouve même une lettre de Claude de Saint-Vincent, PDG de Dargaud, faisant le panégyrique de son concurrent ! Inutile de dire que cet ouvrage sera précieusement conservé par les quelques privilégiés qui en ont reçu une copie, un collector, un souvenir, mieux : une relique !

Jacques Glénat reçoit de Jean Paciulli et Henri Filippini un album hommage qui a été conçu clandestinement dans sa maison.
Photo : D. pasamonik, (L’Agence BD)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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