Pour ses dix ans, Fremok squatte un institut d’art contemporain

15 avril 2005 0 commentaire
  • Les éditions franco-belges Frémok -association entre les anciens labels Freon (Belgique) et Amok (France)- fêtent leurs dix ans, déménagent et exposent. Et en profitent pour donner des conférences. Tout ceci intervient dans un contexte où les petits éditeurs de BD sont en crise.

Collectif d’auteurs de bande dessinée et maison d’édition dite « indépendante » créée par la fusion du label français Amok et du label belge Fréon (première étape de la mondialisation à l’échelle de l’édition alternative ?), le Frémok expose à Bruxelles à l’Institut Supérieur pour l’Etude du Langage Plastique, l’ISELP. «  Une exposition, nous dit le communiqué, qui prendra la forme d’un campement transitoire nous offrant une prise directe sur l’activité du groupe et sur la précarité de son existence. » Ce « campement provisoire » prend un tour radical : « Le Frémok déménage et s’installe temporairement à l’Iselp. Bureaux, stock, ordinateurs, téléphone, archives, comptes, armoires, brouillons, croquis, planches..., tout est mis en caisse et déballé en nos murs pour y aménager le siège de l’association. Le secrétariat s’active sous tente pendant les heures de bureau et les quatre permanents se relaient pendant toute la durée de l’exposition pour assurer une présence continue du « Conseil » (l’exécutif du groupe). Ce squat fonctionnel forme également une image en trois dimensions de l’association, de son histoire et de son devenir. »

Les nouvelles frontières de la BD

Pour ses dix ans, Fremok squatte un institut d'art contemporain
Qui a connu le feu
de Bramanti et Alagbe

A la recherche d’ « une forme nouvelle » pour la bande dessinée, cette exposition qui tient de l’installation au sens artistique du terme, permettra, selon ses organisateurs, « de mesurer l’étendue des nouveaux territoires explorés par un collectif qui a fait éclater les frontières de la bande dessinée pour la transposer dans une forme nouvelle, hors normes, libre et ouverte, frayant de plus en plus avec d’autres disciplines. Gravure sur bois, monotype, eau-forte, aquarelle, encre de Chine, fusain, huile ... Presque tous les processus de production sont convoqués tandis que le livre s’offre de plus en plus comme le complément, la matrice ou le prolongement d’autres disciplines (l’animation, la danse, le théâtre, la littérature, l’installation, la vidéo...). Un univers explosif et foisonnant exploré par un groupe en pleine mutation pratiquant un genre en pleine mutation.  »

Le pré-carré précaire de la petite édition

Pour mieux appréhender cette démarche qui mixe différentes formes d’expression artistique, des conférences auront lieu :
- Le jeudi 12 mai 2005, à 18h30 - Conférence d’Olivier Deprez « Au-delà de la bande dessinée , nouvelles formes dans l’art séquentiel ».
- Le jeudi 19 mai 2005, à 18h30 - Conférence d’Yvan Alagbé : « Morts vivants et
croyance dans l’Infant Frémok ».

Ces réflexions permettront de faire le point sur la « petite édition » à l’heure où les « indépendants » de l’édition BD sont en crise. Du côté de l’Association, Jean-Christophe Menu vocifère dans « Plates-Bandes » avec d’autant plus de virulence que son association bat de l’aile (David B vient de claquer la porte avec fracas) et qu’il est face à ce paradoxe : le succès commercial de Marjane Satrapi est à la fois une aubaine financière pour sa boîte, mais aussi son malheur : car quand on vend des centaines de milliers d’exemplaires d’un auteur, peut-on encore prétendre au statut de « petit éditeur ». Par ailleurs, son outil de distribution, « Le Comptoir des Indépendants » (contrôlé par l’Association et Latino Imparato, propriétaire des éditions Rackham), est, de fait, quasi entièrement accaparé aujourd’hui par la gestion du phénomène Satrapi.

Labels au bord de la crise de nerfs

Cîmes
de Vincent Fortemps

Les autres petits labels souffrent ou évoluent vers des voies plus commerciales, comme la « Boîte à Bulles » de Vincent Henry lequel confie à L’Atelier BD début 2004, au moment de la création de sa maison que sa difficulté « ... la plus fondamentale est que les romans graphiques noir et blanc se vendant - hormis Persepolis et quelques rares autres - au maximum à 2000 exemplaires, il est impossible pour moi de gagner le moindre euro sur l’activité actuelle. Je suis donc obligé de serrer les coûts et d’avoir recours au système D, au bénévolat. Du coup, je ne suis pas à plein temps et ce sont mes nuits et WE qui y passent. Et je ne peux pas mener toutes les démarches que je souhaiterais entreprendre pour faire les choses au mieux. »

Frémok et les autres petits labels ne font pas autre chose. Ils publient des livres au compte-goutte, d’ailleurs magnifiques. (On songe à Cîmes de Vincent Fortemps ou encore à Qui a connu le feu de Bramanti et Alagbe). Leurs auteurs et animateurs portent d’autres casquettes en attendant. Pour vivre. D’où la nécessité pour eux de s’exprimer dans d’autres champs créatifs où ils apportent leur spécificité. A côté d’eux, Jean-Christophe Menu et Marjane Satrapi font, il faut bien le dire, figures de nantis.

Fremok à l’Iselp
Photo : (c) Fremok

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Frémok, vie et mort de Fréon triomphante - Exposition du 22 avril au 02 juillet 2005

Du lundi au samedi, de 11h00 à 17h30. Fermé le dimanche et jours fériés. Entrée libre. Visites guidées sur demande (gratuites).

Conférence de presse en présence des membres du Conseil (Yvan Alagbé, Olivier Deprez, Vincemps Fortemps et Thierry Van Hasselt) et de divers auteurs, le jeudi 21 avril à 11h00. La conférence de presse sera suivie d’une visite de l’exposition et d’un drink. Vernissage le jeudi 21 avril, à partir de 18h30.

Lieu : Iselp - 31 boulevard de Waterloo, 1000 Bruxelles

Contact : Laurent Courtens 02/504.80.70 ou 00-32-
(0)2/504.80.75 — iselp@iselp.be

Le site de l’ISELP

Le site de FREMOK

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