Pour une nouvelle Histoire de la bande dessinée

  • Par sa présence dans des espaces muséaux prestigieux : Le Louvre, le Musée du Quai Branly, la Maison rouge à Paris, les Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, ou le Musée d’Art contemporain de Lyon ou du Havre… mais aussi par la création de nouvelles institutions : Musée Hergé, le CIBDI à Angoulême, la BD accède à la reconnaissance. Mais dans le domaine de l’Histoire, la recherche reste à la traîne.
Pour une nouvelle Histoire de la bande dessinée
Un magnifique catalogue pour le Musée de la bande dessinée signé Thierry Groensteen. Dommage pour le titre erronné.
Ed. Skira / Flammarion

Lorsque la sociologue Évelyne Sullerot désignait dans les années soixante les bandes dessinées comme un des « réservoirs de mythologie de notre société », elle pointait l’un des champs particuliers de ce que Pascal Ory allait baptiser, à la suite des Américains, l’histoire culturelle. Ce dernier, de l’étude du Téméraire, hebdomadaire nazi pour la jeunesse, à la biographie de René Goscinny n’a pas manqué d’apporter son tribut, toujours pénétrant d’intelligence, à cet édifice.

D’autres, comme Pierre Couperie, Francis Lacassin, Édouard François, Maurice Horn, Claude Moliterni et Henri Filippini, Thierry Martens, Jacques Glénat, François Rivière, Numa Sadoul, Gilles Ratier ou l’équipe du Collectionneur de bande dessinée cornaquée par Michel Guillot, Michel Denni et Dominique Petitfaux, bientôt suivis par une nouvelle génération de chercheurs comme Thierry Groensteen, Benoit Peeters, Jean-Paul Jennequin, Jean-Pierre Mercier, Patrick Gaumer ou Thierry Smolderen, dans le domaine des spécialistes de bande dessinée, ou encore par des historiens comme Thierry Crépin ou Jean-Paul Gabilliet, ont chacun apporté leur part à la construction d’une histoire culturelle du neuvième art francophone.

Sclérose

Cette "Histoire Mondiale" dirigée par Claude Moliterni (1980) occultait malheureusement l’importance de la production japonaise. Par ignorance.
Ed. Horay

Mais elle souffre aujourd’hui d’une sclérose liée à ses origines et qui se concrétise par certains symptômes qui reviennent à la surface, obsédants comme un prurit :

- Le besoin de légitimité. Il n’y a pas si longtemps, le Centre National de la Bande Dessinée et de l’Image d’Angoulême osait encore se poser cette question : « La Bande Dessinée, bien ou mal culturel ? » Le complexe de la bande dessinée persiste, surtout chez ses thuriféraires. Alors que des centaines d’ouvrages savants et de thèses se sont accumulés sur le sujet, elle n’aurait pas encore la reconnaissance qu’elle mérite ? Et de pointer deux exemples : l’université et les médias.

L’université, car aucune chaire en France n’est consacrée à la bande dessinée et à cause de la difficulté qu’ont les étudiants à imposer un sujet de thèse lié au Neuvième Art. Personnellement, je suis circonspect à l’idée qu’il faille accorder à la bande dessinée un enseignement spécifique alors qu’elle n’est qu’une partie d’un champ plus large qui est la culture de l’image. C’est comme si l’on devait justifier une chaire de Rock ‘n Roll ou de Chanson française. Pourquoi pas ? Mais cela ne me semble pas un enjeu central. La réticence des directeurs de thèse vient probablement d’une insuffisance des effectifs ayant une compétence suffisante pour juger valablement une thèse sur la bande dessinée. Un professeur comme Pascal Ory (Paris Sorbonne) collectionne les demandes et ne peut les assurer toutes.
Ce « rejet » de l’université est ressenti comme un mépris par certains commentateurs comme le chercheur Harry Morgan, un spécialiste qui se sent obligé d’œuvrer sous pseudonyme et qui renvoie le mépris vers ses lecteurs, ou par l’ami Groensteen, quelquefois égaré comme un Don Quichotte. La question se pose néanmoins en d’autres termes : former des chercheurs spécialisés en bande dessinée est-il une priorité de Bien Public ? On peut aimer le 9ème art et rester dubitatif.

L’analyse sémiologique a longtemps été l’Alpha et l’Omega de l’étude de la bande dessinée.
Case, planche, récit (1991) par Benoit Peeters. Casterman.

Quant aux médias, on oublie leur réalité économique : grossièrement, leur logique commerciale consiste à « vendre de l’espace de cerveau disponible » aux annonceurs. Même le média de bande dessinée spécialisé le plus généreux obéit à une logique d’audience. Or, comparée à d’autres produits de grande consommation, l’audience de la BD est faible. Il y a donc peu d’argent pour l’irriguer. Il ne faut donc pas attendre une réponse globale à cette question. Chaque genre profite d’un certain militantisme et certains sont momentanément plus déterminés et puissants que d’autres (je pense en particulier en ce moment au domaine des mangas où les audiences sont les plus fortes).

- Le besoin sclérosant d’une « définition ». En 1969, le valeureux Gérard Blanchard publiait chez Marabout une « Histoire des histoires en images de la préhistoire à nos jours » qui lui valut bien des ricanements mais qui a rendu cette question de la définition centrale. Quarante ans plus tard, un spécialiste reconnu comme Thierry Groensteen, qui n’a pourtant jamais démérité, se sentait obligé de pousser une complainte de Calimero en définissant la bande dessinée comme un « Objet Culturel Non Identifié », comme si la question n’était pas réglée !

De deux choses l’une : soit la définition de la bande dessinée ne fait pas consensus et on concentre la recherche sur cette question qui obsède un chercheur comme Thierry Smolderen et qui me semble d’ordre archéologique ; soit on s’accorde sur une définition élargie, sur le mode du « Sequential Art » du très sage Will Eisner et on passe à autre chose alors que, précisément, l’âge numérique est en train de rendre vaines ces interrogations ontologiques.

Aveuglements

- L’insuffisance de la contextualisation. Ceci est particulièrement frappant dans les approches des Musées Hergé et d’Angoulême. On nous propose le plus souvent une approche historique du médium, quand ce n’est pas hagiographique dans le cas du Maître de Bruxelles. À Angoulême, on nous montre (à raison) des comix Underground ou des ouvrages de l’Association vendus comme un phénomène d’ « auto-fiction ». Mais le contexte de leur éclosion est oublié alors qu’ils sont de formidables enseignements sur l’époque.

Le catalogue de l’Exposition Bande Dessinée et Figuration narrative (1967) a été une première et remarquable tentative d’histoire de la BD
DR

Le contexte géographique, le lien entre les grands courants de la bande dessinée est également occulté, les filiations peu clairement définies.

Je trouve particulièrement choquant que le très intéressant catalogue du Musée de la bande dessinée d’Angoulême ose s’intituler « La bande dessinée, son histoire et ses maîtres » alors qu’il ne contient qu’une histoire de la bande dessinée francophone et une autre de la bande dessinée américaine. En réalité, alors qu’ils ont les ont longtemps couverts de mépris, l’équipe du Musée de la bande dessinée fait les mêmes erreurs que les pionniers de l’histoire de la bande dessinée comme Moliterni, parlant d’ « histoire mondiale » alors même que des pans entiers de la production, comme les mangas japonais par exemple, étaient complètement oubliés. En réalité, les mangas figurent à Angoulême de façon anecdotique. Seuls deux originaux sont présents dans leurs réserves. Il aurait été plus juste d’intituler cet ouvrage « La bande dessinée dans les collections d’Angoulême, son histoire et ses maîtres  ». On aurait évité le ridicule.
Quant au Musée Hergé, on nous y chante à longueur de cartels les louanges du grand homme, sans nous expliquer jamais pourquoi il est un génie.

- L’absence de créativité historique structurante. Il faut bien dire que la fixette de la définition ou le parcours particulièrement balisé de la chronologie dont le principe, même s’il s’est affiné, n’a pas fondamentalement changé depuis Couperie et Moliterni, jusqu’aux clichés dérivés du journalisme autour de « la rondeur du cartoon », « les noces du noir et blanc » ou de la « Ligne claire » commencent à dater furieusement. L’approche historique de la bande dessinée a besoin de nouvelles lectures, d’autant plus structurantes que la production a été pléthorique ces dernières années. Cette nouvelle approche devrait être également projective. Il est clair que la bande dessinée ne se lira plus comme aujourd’hui dans dix ans.

L’ouvrage de Gérard Blanchard (Marabout, 1969) fut la première histoire de la BD pour un large public. Il la faisait remonter à la Préhistoire.
Ed. Marabout

Une contextualisation économique devient nécessaire aujourd’hui. On connaît la moindre pétouille d’Hergé mais on ignore tout des conditions de travail de Georges Dargaud ou des éditions Bayard dans les années soixante. Cette approche évitera les interrogations quasi « millénaristes » de l’université d’été d’Angoulême et des rapports de Gilles Ratier et de leur serpent de mer commun : « la crise ».

De la même façon, il est inacceptable que des champs entiers de la bande dessinée soient écartés de l’étude ou de la reconnaissance sous prétexte qu’ils visent un public populaire, marqueté, parce qu’ils relèvent de l’« Heroïc Fantasy » ou tout simplement parce que les héroïnes se présentent de façon trop sexuées. Ce sont des aveuglements et des pudibonderies d’un autre âge qu’il est temps de mettre de côté.

Avant la case de Gilles Ratier (2005) aurait pu s’abstenir d’intituler "Histoire de la bande dessinée" un recueil d’entretiens, riches en enseignements, de scénaristes.
Ed. Sangam

- L’insuffisance des recherches plurisciplinaires. Il est temps aussi d’ouvrir la bande dessinée à d’autres disciplines que la sémiologie ou l’histoire culturelle (ou, comme on disait naguère, des mentalités). La sociologie, la politique, l’économie, la géographie voire l’ethnologie devraient se saisir de ce corpus.

Relire l’histoire de la Turquie, de l’Afrique, de l’Inde ou du Japon à travers sa bande dessinée est véritablement une source éclairante.

- L’ignorance ou le mépris des nouvelles technologies. Faites le test : ouvrez un ouvrage sur la bande dessinée et cherchez les références à des articles sur le Net. Il n’y en a quasi pas, alors que toute la recherche dans d’autres disciplines a basculé dans cette pratique.

Pourtant, la précision et la probité de certaines fiches Wikipedia, conçues par un groupe d’internautes anonymes, en remontrerait à bien des « spécialistes » du secteur. Il serait temps que se mette en place en Europe un réseau de chercheurs sur un site dédié, comme les Américains et les Japonais ont commencé à le faire.

Si chacun pouvait laisser de côté ses rancunes et œuvrer pour une nouvelle vision de notre histoire et de celles des autres, il y a beaucoup de chance pour que notre bande dessinée rayonne encore, loin et pour longtemps.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

A tous les chercheurs qui veulent explorer sans œillère les voies nouvelles de la bande dessinée, nos colonnes sont ouvertes.

ActuaBD

Lire aussi : La bande dessinée et ses guides (2006)

 
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19 Messages :
  • une bonne encyclopédie
    10 août 2009 15:12, par Yassine

    Pour ceux qui parle anglais, le comicopédia de Lambiek et quand même un outil génial.

    http://lambiek.net/artists/index.htm

    Voir en ligne : http://www.lezinfo.com

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  • Pour une nouvelle histoire de la bande dessinée
    10 août 2009 15:18, par Treblig

    A la liste des personnalités citées dans votre article, je me permettrai d’ajouter le nom de Louis CANCE qui continue à "défricher" inlassablement tous les trimestres, dans sa revue HOP, le monde du "Neuvième Art".

    N’oublions pas non plus l’apport des rédacteurs de feu "Le Collectionneur de Bandes Dessinées" qui ont mis à jour toute la "face cachée" de la bande dessinée, et qui méritent bien eux aussi toute notre reconnaissance pour leurs savantes études.

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  • Pour une nouvelle histoire de la bande dessinée
    10 août 2009 16:41, par Philtomb

    Je profite de ma part de cet article fort justifié pour signaler mes prochains travaux, signalé sur le site (lui-même "innovant") "C’est en couverture !"

    - Sherlock Holmes, enquête dans le 9ème Art

    - Guerre de Sécession, Western et Aboliton de l’esclavage à travers Les Tuniques Bleues

    - Spirou, aux sources du S...

    La récente "ouverture" proposée par la collection BD Magnard va également dans le sens indiqué, à savoir une double approche pédagogique et analytique de l’oeuvre proposée.

    Pour chacun de ces ouvrages à venir, les références historiques, approches contextuelles et références d’articles et sites internet abondent...

    Voir en ligne : C’est en couverture !

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  • Pour une nouvelle histoire de la bande dessinée
    10 août 2009 17:49, par Walt

    “soit on s’accorde sur une définition élargie, sur le mode du « Sequential Art » du très sage Will Eisner et on passe à autre chose alors que, précisément, l’âge numérique est en train de rendre vaines ces interrogations ontologiques.”

    Si je ne me trompe, la BD "numérique" n’a jusqu’à présent pas changé fondamentalement les séquences des bandes dessinées (structure du récit par successions de cases), non ?

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    • Répondu le 10 août 2009 à  22:56 :

      Pardon ? Et que faites-vous de la lecture verticale des bd pour le web ?

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 10 août 2009 à  23:44 :

        Notre ami internaute a raison, cher Walt. Je te conseille d’aller voir les expérimentations de Scott McCloud (par exemple en suivant CE LIEN) qui te décilleront un peu.
        Trondheim, et d’autres, comme Chris Ware ont également fait des expérimentations très amusantes.

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        • Répondu par walt le 11 août 2009 à  12:28 :

          Je ne veux pas pinailler, cher Didier, mais j’ai beau regarder ces exemples sur le net, je ne vois toujours là que des suites de scènes, de cases (détourées ou non), organisées en séquences ; qu’elles soient déclinées verticalement, en oblique ou même dans un ordre relativement aléatoire et/ou interactif.

          Un autre exemple vraiment différent m’aurait-il échappé dans mes recherches ?

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  • Pour une nouvelle histoire de la bande dessinée
    10 août 2009 18:29, par Etienne

    "le chercheur Harry Morgan, un spécialiste qui se sent obligé d’œuvrer sous pseudonyme et qui renvoie le mépris vers ses lecteurs"

    Houlaaa, curieuse façon de résumer ses admirables travaux ! Vous avez une dent contre lui ?

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 10 août 2009 à  20:52 :

      Il se fait que je dois les trouver moins admirables que vous, ses travaux. On a les admirations qu’on peut se permettre, sans doute.

      Rien de personnel, rassurez-vous. Je ne pense pas lui avoir jamais serré la main, ou alors par distraction.

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      • Répondu le 11 août 2009 à  01:02 :

        "Rien de personnel"

        Quand on en vient à reprocher à quelqu’un son usage d’un pseudonyme (usage qui concerne à vue de nez les deux tiers des auteurs de bd ?) ca ressemble fort à une attaque personnelle - mais on a les intuitions qu’on peut se permettre sans doute :D

        Quand à faire preuve d’animosité à l’égard de l’auteur d’un commentaire anodin qui n’est en rien concerné par vos (non) rapports avec le sieur Morgan... Mon dieu, est-ce bien sérieux.

        A vrai dire je ne dois pas pouvoir me permettre grand-chose ; en terme de news bd je n’ai à ma disposition qu’un site dont je ne partage ni le les intérêts, ni les enthousiasmes, ni le ton, ni les persiflages etc. Au même niveau que le reste donc.

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 11 août 2009 à  09:17 :

          Quand on en vient à reprocher à quelqu’un son usage d’un pseudonyme (usage qui concerne à vue de nez les deux tiers des auteurs de bd ?) ca ressemble fort à une attaque personnelle

          L’anonymat, cher monsieur, pose toujours question. Par exemple, on peut légitimement s’interroger sur le vôtre. Êtes-vous Harry Morgan ou un de ses proches ? On comprendrait alors que votre intervention ne concerne que lui et pas le fond de l’article.

          Par ailleurs, il est rare et même assez inouï qu’un chercheur, un analyste spécialiste de la bande dessinée œuvre sous pseudonyme. C’est une singularité se remarque car je n’en connais pas d’autre exemple. Pour quelqu’un qui se permet de débiner assez degueulassement Roland Barthes par pur snobisme et qui distribue bons et mauvais points sur un ton professoral à bon nombre de ses collègues de la bande dessinée, cela pose question.

          Quand à faire preuve d’animosité à l’égard de l’auteur d’un commentaire anodin qui n’est en rien concerné par vos (non) rapports avec le sieur Morgan... Mon dieu, est-ce bien sérieux.

          Vous voulez absolument personnaliser le débat. Libre à vous. Qu’il soit le voisin de palier de M. Nick Rodwell ou pas, cela ne m’intéresse pas. Mes propos ne visent uniquement que les écrits de M. Morgan et sont de l’ordre du journalisme et donc de l’opinion. Vous en faites donc ce que vous voulez.

          Vous pourriez exiger que je m’appesantisse sur les travaux de M. Morgan, que je démonte ses constructions prétentieuses. Ce serait légitime. Mais j’écris sur ce site par plaisir, et là il n’y serait pas, car il y a du boulot... A l’occasion, peut-être, de l’un de ses prochains "chefs d’oeuvre". En attendant, confortez-vous dans vos béatitudes.

          A vrai dire je ne dois pas pouvoir me permettre grand-chose ; en terme de news bd je n’ai à ma disposition qu’un site dont je ne partage ni le les intérêts, ni les enthousiasmes, ni le ton, ni les persiflages etc. Au même niveau que le reste donc.

          Je retrouve là la méthode de M. Morgan : l’affirmation péremptoire absolue ("je n’ai à ma disposition qu’un site") qui rend peu justice aux dizaines d’excellents sites présents sur la toile et la conclusion expéditive à la limite de l’injure (pour l’équipe d’AcuaBD et ses lecteurs, en ce qui me concerne, je veux bien me reconnaître dans votre description) qui rejette toute pensée qui ne serait pas la sienne ou celle de sa coterie.

          Avec l’eau du bain vous jetez le site du sémillant "Morgan editor" où il vend très bien sa soupe.. Vous vous emportez, mon cher...

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          • Répondu par Sergio Salma le 11 août 2009 à  11:58 :

            Très intéressant article, cher Didier, et je me permets d’y revenir plutôt que d’alimenter la dispute autour d’Harry Morgan. J’ai lu un peu son blog et même si je trouve le ton un peu précieux ( après tout chacun sa personnalité) et un regard un peu trop archéologique, on y trouve des observations très intéressantes. Bref.

            Didier Pasamonik a écrit :
            "De la même façon, il est inacceptable que des champs entiers de la bande dessinée soient écartés de l’étude ou de la reconnaissance sous prétexte qu’ils visent un public populaire, marqueté, parce qu’ils relèvent de l’« Heroïc Fantasy » ou tout simplement parce que les héroïnes se présentent de façon trop sexuées. Ce sont des aveuglements et des pudibonderies d’un autre âge qu’il est temps de mettre de côté."

            Je trouve que c’est exactement là que se situe le plus gros problème parmi les causes énoncées .Sans vouloir faire trop long, je pense que les historiens de la bande dessinée agissent et observent par couches, par tranches . Chaque ouvrage critique pose un regard sur une époque. Les ouvrages écrits dans les années 60 ou 70 l’ont été par des auteurs issus souvent d’un certain système de pensée sinon d’un même réseau ; on mettait alors en avant la contre-culture, les moeurs politiques et sociales, les différentes émancipations. Et chaque fois, ces ouvrages se démodent excessivement vite parce que justement on accorde tellement d’importance aux sujets évoqués et non la manière dont les créateurs, majeurs ou médiocres, ont fait évoluer le genre.

            A chaque fois, ça ne loupe pas, on oublie ceux qui sont la colonne vertébrale de cette création.
            On mettait en 1975 en avant Druillet parce qu’il éclatait les mises en page, faisant s’agenouiller les critiques alors qu’apparaissaient des auteurs dans la bande dessinée tous publics autrement plus géniaux, plus complets mais malheureusement plus discrets.

            De plus, la matière "bande dessinée" augmentant sans cesse( c’est un doux euphémisme) , les historiens qui veulent à nouveau la ré-envisager depuis les débuts sont obligés de couper sévèrement, ils sélectionnent selon leurs goûts, mais en considérant que leurs goûts sont en quelque sorte la vérité. C’est là que le bât blesse. Pas trop grave en soi mais finalement on aboutit à une impasse quand on tente de lutter contre ces approximations. La raison essentielle de cette triste situation est le marché lui-même.

            Je connais très bien , Didier, cette vocation qui tend à défendre les bandes dessinées dites populaires ; bien entendu qu’il faut défendre chaque artiste , respecter l’auteur, respecter le lecteur, le public qu’il soit très pointu ou très peu sélectif, le public populaire ça revêt deux définitions intéressantes mais opposées.
            La vision positive qui consiste à noter que le public est lucide, que les lectures populaires sont forcément respectables . La vision négative qu’on a tendance à évacuer est celle qui observe avec horreur que le public , oui, peut parfois se tromper et le succès peut autant relever du panurgisme , du manque d’imagination ou de la pauvreté d’esprit, une veulerie qu’on s’interdit de reconnaître comme si le "peuple" avait droit à sa daube. Sans rejoindre Monsieur J.C. Menu qui a la plume bien pendue, je trouve tout de même que la critique de bande dessinée joue un drôle de rôle dans ces malentendus évoqués.

            Il est devenu impossible de lire un article acide ou réellement critique sur une bande dessinée, ça ne se fait pas. On ne parle que des bandes dessinées que l’on aime ou qui sont intéressantes dans le choix du fond mais très très moyennes au niveau de la forme. Je remarque ici et là des formules alambiquées quand le critique est à moitié convaincu ; le phénomène culturel est intéressant. On peut démolir un film avec les termes les plus terribles, une pièce on s’en prive pas, l’expo d’un artiste plasticien pas de problème mais un ouvrage de bande dessinée, ça se fait pas.

            Je trouverais au contraire très sain qu’on rétablisse un peu plus précisément des notions de valeurs et d’échelle de valeurs. Il est de bon ton aujourd’hui de laisser la parole aux chiffres ; je trouve éminemment détestable qu’un jour on accorde une grande importance à la reconnaissance populaire et que ce même public soit critiqué , moqué quand il plébiscite une émission de télévision, un homme politique , un certain mode de vie. Et nous sommes tous concernés. Il n’y a pas l’élite et les moutons égarés. Le panurgisme s’applique aussi pour des oeuvres dites pointues.

            L’autre point relevé par Didier ce sont les chaires universitaires. Je trouve complètement révélateur qu’aucun effort ne soit fait sur ce point. C’est au contraire très important ; surtout quand on connaît maintenant l’importance de l’ambition pédagogique de beaucoup de bandes dessinées ( ça va de la présence en bibliothèques jusqu’aux cours de langues ). On peut considérer une chaire de cinéma , né pourtant au même moment et pas de bande dessinée, pourquoi ? Il y a 50 auteurs au moins qui sont les égaux de Picasso, de Fellini ou de Hemingway. C’est quoi ce complexe ?

            Je comprends l’envie de Didier Pasamonik de vouloir faire reconnaître des champs entiers de la production
            classés B ou Z (parfois à tort, parfois à raison) mais alors on prend le risque de niveler je pense, à la fois l’objet et le regard sur cet objet. Un peu comme si on devait prendre en considération les romans-photos sous prétexte qu’ils utilisent aussi des cases, des séquences, des bulles.
            Un peu comme si au cinéma, on considérait qu’il ne faille pas jeter les films crétins et honteux, les films de baston avec des chuck norris de récup’ , des films violents ou semi-érotiques, des téléfilms produits au kilomètre par des boîtes qui revendent ça à des filières parallèles qui se nourrissent de cette connerie, pardon d’être agressif. Il y a en BD des barrières qui sont régulièrement dépassées par des auteurs qui pour répondre à une soit-disant demande se compromettent . Ces travaux sont reconnus, vendus et donc légitimés. Dans le milieu de ces téléfilms crétins( vous savez, ces films qui copient les James Bond mais filmés comme des Derrick, qui se passent toujours en Californie avec des bimbos, des faux Steven Van Damme à moto et où on entend beaucoup de rock en bande son parce que ça fait subversif ) on ne trouve pas de critiques qui tenteront de trier le bon grain de l’ivraie. C’est de la merde , point.

            Les champs entiers de la littérature populaire qui seraient réhabilités risqueraient il me semble de déséquilibrer encore plus le débat. Non, il y a au contraire une grande proportion d’ouvrages à faire rebasculer dans cet espace honni. Je sais que je prends un risque en tant qu’auteur de d’écrire de telles méchancetés mais là c’est le simple lecteur, le spectateur, le téléspectateur qui parle. Dans ces autres domaines, je trouve qu’il y a un partage beaucoup plus net des niveaux. Il me semble au cinéma qu’on ne mette pas sur le même niveau le dernier Nanni Moretti , Spielberg, De Sica , David Fincher etc...on sait que chacun a sa place.

            En bande dessinée, à part quelques chapelles évidentes, on est tous copains et on se connaît tous, on aime la bd et c’est tout. D’ailleurs , un événement comme Angoulême le prouve. On y rencontrera TOUS les auteurs, des grands novateurs au plus petit suiveur . On n’imagine pas trop certains films à la biennale de Venise . Cette volonté consensuelle est un ralentisseur. Elle augmente le malentendu et on demande un effort très important aux observateurs. J’ai beaucoup de mal à convaincre certains amis très peu intéressés par la bande dessinée simplement parce que si je les amène au rayon bande dessinée d’une grande surface ou une Fnac, ils seront effarés par le niveau. On peut difficilement être crédible dans ce besoin de reconnaissance au moment où le bombardement dépasse l’entendement. Un bombardement de produits formatés dans lesquels les auteurs ont trouvé une part de bonheur bien sûr. Mais qui ne sont là que pour alimenter un marché . De la bande dessinée d’auteur on est passé à la bande dessinée d’éditeur, quand elle ne devient pas une bande dessinée de représentants ! Ils sont nombreux à ne pas tomber dans ce piège mais ils sont aussi très nombreux à y patauger.

            Des adaptations en bande dessinée du journal de 20 heures aux chefs-d’oeuvres de quelques-uns, on s’y retrouve plus. Peut-être faut-il trouver une raison à ce micmac dans le cynisme.
            Le marché est cynique. Je trouve cynique que la plupart des supports d’informations ne fassent la fête à la bande dessinée que l’été par exemple. On met le cerveau au ralenti, on lit des choses légères, allez on se fait plaisir à lire des trucs bas de plafond, la vie est trop courte.

            La bande dessinée n’est pas près de trouver une légitimité puisque c’est évident la production aujourd’hui est désordonnée et coordonnée en grande majorité par les arguments économiques. Elle ne fait plus partie de la contre-culture (oh non), elle est dans les grandes surfaces ou des magasins qui y ressemblent de plus en plus ; l’étincelle qui inspire les auteurs n’est plus très humaniste . L’ambition est en stand-by trop souvent. La peur économique recouvre tout, c’est bien dommage.

            On peut véritablement être estomaqué par la coïncidence suivante : au moment où le marché implose, où les dégâts sont évidents , mesurables , où le grand nettoyage ne veut pas encore se déclarer comme tel, où des centaines d’auteurs décrochent ou s’accrochent, on n’a jamais autant célébré le neuvième art.

            Ouvertures de musées, dictionnaires, encyclopédies et autres histoires mondiales. Je trouve ces aspects un peu inquiétants comme si on était au bout de quelque chose. Non, je suis pas un oiseau de mauvais augure.

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            • Répondu le 11 août 2009 à  14:38 :

              Comme toujours Sergio fait trop long, mais c’est très intéressant.

              On mettait en 1975 en avant Druillet parce qu’il éclatait les mises en page, faisant s’agenouiller les critiques alors qu’apparaissaient des auteurs dans la bande dessinée tous publics autrement plus géniaux, plus complets mais malheureusement plus discrets

              En 1975 Gotlib lançait Fluide Glacial, ouvrant la voie à tant d’artistes qui eux-mêmes en influencèrent d’autres.
              En 1975 Wasterlain apparaissait dans Spirou avec Il est minuit Docteur Poche, générant toute une nouvelle vague d’auteurs reprenant ses audaces, avant de pleinement trouver leur style.
              Il est facile de refaire l’histoire après coup, mais effectivement, Druillet était un coup d’épée dans l’eau, plus personne n’est capable de le lire, son influence a été nulle.

              Il y a 50 auteurs au moins qui sont les égaux de Picasso, de Fellini ou de Hemingway.

              Ca mériterait une liste ça !

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              • Répondu par Sergio Salma le 11 août 2009 à  16:15 :

                Volontiers.
                Avant de l’établir et éventuellement la publier, il me semble évident que vous sautez à pieds joints dans le piège tendu.
                Ces grands bonhommes d’autres disciplines sont respectés et placés très haut par la culture. Le même niveau de perfection, le même génie, la même maîtrise, le fabuleux imaginaire, la grande capacité de développement, l’immense talent ou la folie créatrice chez la plupart des grands auteurs de bande dessinée ( des débuts aux dernières publications dans des revues ou des blogs) , toutes ces qualités faramineuses sont réduites à un simple métier, un savoir-faire. Ben voyons.

                Sans citer les sempiternels mêmes 20 monstres sacrés ( plus que 30 à trouver et je sens que je vais vite déborder) , il est éclatant de voir comment sont considérés les écrivains, les cinéastes ou les peintres de renom. Il y a là encore une acceptation de leur incommensurable force et surtout la ferme conviction que ces grands Hommes sont autrement plus essentiels à l’humanité. C’est ce qui s’appelle la culture officielle, ce sont les stigmates de cette volonté de hiérarchisation qui ont relégué et qui relèguent encore la bande dessinée dans un repli mineur. Idem pour la chanson où l’on trouve pourtant des talents incroyables, une finesse d’observation et un" métier" époustouflant.

                Mais des gars comme Gainsbourg ont malencontreusement perpétué le malentendu en proférant des idioties puisqu’il n’évitait aucune occasion lui aussi pour affirmer qu’il oeuvrait dans un genre mineur.

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                • Répondu le 11 août 2009 à  18:06 :

                  Ne vous méprenez pas, je suis d’accord avec votre affirmation, d’ailleurs Fellini commença comme auteur de BD et considérait Pratt comme au moins son égal, Hemingway je n’ai jamais son style littéraire, je trouve celui de Macherot ou Christin bien supérieur, quand à Picasso, il est convenu d’en parler comme d’un génie, et ce n’est que justice, c’est un génie, un créateur exceptionnel, mais De Crécy ou Blain n’ont rien à lui envier.

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            • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 13 août 2009 à  15:36 :

              Cher Sergio,
              Merci pour ce débat. Je vais tenter d’être bref pour ne pas assommer le lecteur.

              .Sans vouloir faire trop long, je pense que les historiens de la bande dessinée agissent et observent par couches, par tranches . Chaque ouvrage critique pose un regard sur une époque.

              Chaque ouvrage est le produit de son époque, d’une subjectivité. L’histoire n’y échappe pas. Il faut arrêter de croire que la connaissance est objective. Depuis Kant, la question est tranchée, ne revenons pas là-dessus.

              Sans rejoindre Monsieur J.C. Menu qui a la plume bien pendue, je trouve tout de même que la critique de bande dessinée joue un drôle de rôle dans ces malentendus évoqués.

              Mon article parle d’histoire et non de la critique qui, le plus souvent, s’exprime par la voix des journalistes. Je ne défends pas une bande dessinée populaire contre "autre chose". Je défends le droit à la BD populaire de ne pas disparaître sous des visions étriquées, toujours les mêmes, émanant, comme tu le soulignes, des mêmes cercles, une sorte de commission de censure qui n’en porte pas le nom. C’est pourquoi j’appelle à l’ouverture à d’autres disciplines.

              Quand on contextualise l’Heroic Fantasy dans le cadre d’un fait culturel mondial qui touche aussi bien le cinéma, que la littérature ou la BD (mangas, comics), on n’a peut-être pas le regard méprisant d’une culture pour ados boutonneux qui déplaît tant à nos amis Menu et Groensteen (le Groensteen de OCNI justement, qui "ne voit pas" de suoi je veux parler). Lire mon ouvrage "Critique de la bande dessinée pure" (Ed. Berg) et en particulier mon article : "Le combat ordinaire des critiques de bande dessinée" que Thiery trouve si injuste.

              On peut considérer une chaire de cinéma , né pourtant au même moment et pas de bande dessinée, pourquoi ? Il y a 50 auteurs au moins qui sont les égaux de Picasso, de Fellini ou de Hemingway. C’est quoi ce complexe ?

              Parce que la chaire est faible ;) Personnellement, je n’en vois d’autant moins l’urgence que d’ici à cinq/dix ans, cet enseignement ne vaudra plus rien tant les lignes auront bougé.

              Un peu comme si on devait prendre en considération les romans-photos sous prétexte qu’ils utilisent aussi des cases, des séquences, des bulles.

              Ce n’est pas élargir le champ qui m’intéresse, c’est de changer le regard en évitant de développer une culture endogamique qui aboutit à la situation d’aujourd’hui.

              Les champs entiers de la littérature populaire qui seraient réhabilités risqueraient il me semble de déséquilibrer encore plus le débat. Non, il y a au contraire une grande proportion d’ouvrages à faire rebasculer dans cet espace honni.

              Pfou, que tout cela est conservateur et dogmatique. Il faut faire des lectures structurantes qui fassent ressortir des œuvres exemplaires, celles d’aujourd’hui ne seront ni celles d’hier, ni celles de demain. De la curiosité et un libre examen, c’est tout ce que je demande.

              En bande dessinée, à part quelques chapelles évidentes, on est tous copains et on se connaît tous, on aime la bd et c’est tout. D’ailleurs , un événement comme Angoulême le prouve.

              C’est faux. Il y a aujourd’hui des communautés qui échappent à ce clivage : les amateurs de comics, de mangas, les bloggeurs. Angoulême est toujours passée à côté. Combien d’auteurs ne vont plus à Angoulême, ou alors juste pour rencontrer collègues et commanditaires, pour le business. Avec l’Internet, ce genre de proximité devient moins nécessaire.

              De la bande dessinée d’auteur on est passé à la bande dessinée d’éditeur, quand elle ne devient pas une bande dessinée de représentants !

              Quelle drôle de vision. On est dans une période de mutation. La BD, ce n’est déjà plus cela.

              Le marché est cynique.

              Le marché ne peut pas être cynique : il n’a pas de sentiment. Quant aux éditeurs cyniques, on peut en trouver en accord avec le sien, de cynisme.

              La bande dessinée n’est pas près de trouver une légitimité puisque c’est évident la production aujourd’hui est désordonnée et coordonnée en grande majorité par les arguments économiques. Elle ne fait plus partie de la contre-culture (oh non), elle est dans les grandes surfaces ou des magasins qui y ressemblent de plus en plus ; l’étincelle qui inspire les auteurs n’est plus très humaniste . L’ambition est en stand-by trop souvent. La peur économique recouvre tout, c’est bien dommage.

              Les analystes et les historiens n’en sont que plus nécessaire face à un tel désarroi que tu partages avec bien d’autres. Je ne rejoins pas cette vision des choses. Je ne crois pas à ton analyse. L’Association s’est posée comme une "contre-culture", les mangas en sont une, l’Internet aussi. La peur t’aveugle, mon cher Sergio.

              On peut véritablement être estomaqué par la coïncidence suivante : au moment où le marché implose, où les dégâts sont évidents , mesurables , où le grand nettoyage ne veut pas encore se déclarer comme tel, où des centaines d’auteurs décrochent ou s’accrochent, on n’a jamais autant célébré le neuvième art.

              Ah, le marché implose ? Première nouvelle. Quel recul de CA, combien de fermetures de maison d’édition, de librairies ? Tu es l’INSEE à toi tout seul ?

              Ouvertures de musées, dictionnaires, encyclopédies et autres histoires mondiales. Je trouve ces aspects un peu inquiétants comme si on était au bout de quelque chose. Non, je suis pas un oiseau de mauvais augure.

              Moi j’aime bien les expos, les dictionnaires et tout ça. On est au bout de quelque chose, et alors ?

              Il parait que prendre des vacances, ça fait du bien Sergio. On en reparle à ton retour ?

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          • Répondu par Pïerre Henri Cambadélis le 11 août 2009 à  12:36 :

            Je ne connaissais pas ce Morgan, mais c’est un prototype, on n’avait pas vu un tel pédant depuis le maire de Champignac :

            (extrait)
            "GLOSSAIRE Je ne comprends rien à ce que raconte Harry Morgan parce que je ne connais pas les concepts auxquels il fait continuellement référence."

            "LE SOMMAIRE ANALYTIQUE. Tout cela fait beaucoup de matière et des arborescences compliquées."

            "l’approche sémio-structuraliste "

            "les notes infrapaginales "

            "Notre intention est de créer un environnement à la fois érudit et convivial "

            "il faut se garder de confondre des réfutations construites et argumentées..."

            La totale boursoufflure ! De quoi dégouter n’importe qui d’une littérature critique de la bande dessinée.

            Restons simple, je recommande la lecture du blog Les lectures de Raymond
            http://lecturederaymond.over-blog.com/
            simple, bien écrit, furieusement réjouissant et de bon goût (je ne suis pas ni ne connais ce Raymond).

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            • Répondu par Thierry Groensteen le 12 août 2009 à  13:36 :

              Je me suis donné pour règle de n’alimenter aucune polémique et ne relèverai donc pas les "persiflages" de Didier Pasamonik. Je fais confiance aux lecteurs pour faire d’eux-mêmes la part des choses.
              Je note que la question de la légitimation de la bande dessinée le préoccupe beaucoup, et je ne comprends donc pas très bien son hostilité envers mon livre "Pour un objet culturel non identifié" qui se proposait justement de faire un point le plus complet possible (contenant beaucoup de faits, mais aussi, nécessairement, une part d’analyse plus subjective, qui peut être discutée) sur cette problématique même.
              En ce qui concerne "La bande dessinée, son histoire et ses maîtres", je suis tout à fait d’accord pour déplorer que le titre semble promettre davantage que ce que tient le sommaire. C’est pourquoi je saisis l’occasion de préciser que je ne suis pour rien ni dans le choix de ce titre, ni dans l’organisation du livre (dont les quatre parties correspondent à ce que la CIBDI m’a expressément commandé) ni dans les choix iconographiques (le musée choisit ce qu’il a envie de montrer de ses collections, et c’est bien normal) ; en revanche je revendique le contenu du texte. Sans doute, des pans entiers de la BD mondiale ne sont pas abordés (tel quel, le livre fait tout de même un million de signes, écrit entre mars et novembre 2008, pour que la sortie du livre puisse coïncider l’ouverture du musée, alors qu’écrire une telle somme devrait logiquement demander au moins deux ou trois ans de travail). Mais dans quel autre livre trouve-t-on une histoire complète de la BD d’expression française ? dans aucun, à ma connaissance. Une histoire complète de la BD américaine ? Nulle part non plus. "La bande dessinée, son histoire et ses maîtres" réunit deux études de référence et comble une lacune dans le paysage des études sur la BD. Après, il se trouvera toujours des gens pour reprocher à qui est déjà allé sur la Lune de ne pas être allé sur Mars...

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              • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 13 août 2009 à  14:25 :

                Je me suis donné pour règle de n’alimenter aucune polémique et ne relèverai donc pas les "persiflages" de Didier Pasamonik. Je fais confiance aux lecteurs pour faire d’eux-mêmes la part des choses.

                Le prétexte de la polémique est un argument un peu faible pour éviter le débat. Il n’y a pas ici de polémique. Il y a le constat d’une vision de l’histoire bien endormie.

                Ce n’est pas parce que l’on persifle qu’on a tort. La preuve, tu admets toi-même que le titre de ton ouvrage n’est pas adapté. Tu te trouves des excuses en rejetant la faute sur tes collègues du musée. Aux lecteurs de faire la part des choses, en effet. Je ne cherche pas un coupable, je constate un fait : il y a des gens qui ont été capables de laisser passer cette bourde. C’est donc qu’il y a un problème dans la vision que l’on peut avoir de l’histoire de la bande dessinée.

                Pardon de mettre le doigt où ça gratte. Ah, c’est ça, la polémique ?

                Je note que la question de la légitimation de la bande dessinée le préoccupe beaucoup, et je ne comprends donc pas très bien son hostilité envers mon livre "Pour un objet culturel non identifié" qui se proposait justement de faire un point le plus complet possible (contenant beaucoup de faits, mais aussi, nécessairement, une part d’analyse plus subjective, qui peut être discutée) sur cette problématique même.

                Tu as mal lu, Thierry. Je considère au contraire que cette course à la respectabilité est risible et contre-productive. La question "bande dessinée, bien ou mal culturel ?" est une question stupide et dénigrante. Telle a toujours été ma position.

                Quant à la recherche d’honneurs académiques de la part de certains, elle ne me semble pas moins risible et relève, me semble-t-il, plutôt de la course à l’assiette au beurre, comme on disait jadis...

                Mais dans quel autre livre trouve-t-on une histoire complète de la BD d’expression française ? dans aucun, à ma connaissance. Une histoire complète de la BD américaine ? Nulle part non plus. "La bande dessinée, son histoire et ses maîtres" réunit deux études de référence et comble une lacune dans le paysage des études sur la BD. Après, il se trouvera toujours des gens pour reprocher à qui est déjà allé sur la Lune de ne pas être allé sur Mars...

                Désolé, mais après cinquante de recherches sur la bande dessinée, on en est là, face à un pis-aller : "il n’y a rien d’autre que cela" (en es-tu bien sûr ?).

                Et tu voudrais que l’on ne se contente que de cela ? Tsss.

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