Pourquoi j’ai tué Pierre - par Olivier Ka & Alfred - Delcourt

6 octobre 2006 0 commentaire
  • Lorsque la bande dessinée fait office de thérapie, vous obtenez un roman graphique surprenant et bouleversant. Un ouvrage-choc, révélation de cet automne, à ne manquer sous aucun prétexte.

A 35 ans, Olivier trimballe un spleen permanent. "Et puis j’ai honte," écrit-il. "Honte de m’être fait croire, pendant des années, que ce qui m’était arrivé n’était pas grave." Olivier nous raconte ce traumatisme de jeunesse qui le hante depuis si longtemps.

Pour celui qui a la chance de découvrir cet ouvrage sans en connaître le sujet, ce livre est un véritable choc. Car derrière les premiers chapitres légers et insouciants vus sous le prisme de l’enfance, se cache un drame que ni l’enfant, ni les parents et donc encore moins le lecteur n’ont pressenti. Olivier Ka se dévoile à travers ce récit autobiographique sensible et douloureux. La force de son témoignage réside dans sa capacité à nous faire partager les pensées, les questions et la naïveté de l’enfant qu’il était. L’auteur a l’intelligence de nous ouvrir le livre de sa vie cinq ans avant le traumatisme vécu. De ce fait, celui-ci est mis en perspective au regard de l’éducation et du vécu de l’enfant. Sur les 40 premières pages, l’auteur expose ses personnages et nous prépare à la fois au choc et à comprendre les attitudes qui en découlent. Sans jamais tomber dans le pathos, il règle ses comptes avec un passé lui pourrissant sa vie d’adulte.

Pourquoi j'ai tué Pierre - par Olivier Ka & Alfred - Delcourt
© Ka/Alfred/Delcourt

Si les mots sont justes, le dessin, lui, est subtil. Coloré et lumineux pour les moments de bonheur, sombre et hachuré pour les moments d’angoisse. La complicité avec Alfred est plus qu’évidente d’autant plus que les deux auteurs se mettent en scène à l’intérieur même des pages. Et cette intrusion de la réalité dans ce que le lecteur pouvait jusqu’alors considérer comme une fiction est puissante et violente à la fois. L’espace de quelques pages, l’intégration de photos nous projette définitivement dans le mode témoignage-documentaire. Avec subtilité, le dessin reprend le dessus mais le sentiment est là : le lecteur partage l’émotion des auteurs. Alfred réussit à retranscrire toute la sensibilité et la justesse du propos.

Le titre est à prendre bien sûr au second degré mais le symbole est fort. Olivier achève son histoire en quittant Pierre, en le laissant seul avec le "fardeau". Une renaissance pour l’un, une mort pour l’autre. Les dernières pages sont graves et pudiques.
N’ayons pas peur des mots : Pourquoi j’ai tué Pierre est un petit chef-d’oeuvre.

(par Laurent Boileau)

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