Pourquoi on aime Esther ?

6 septembre 2019 1 commentaire
  • « Les Cahiers d’Esther » de Riad Sattouf sont à lire en cette rentrée. Esther a 13 ans et cela fait quatre albums et cinq ans que Riad Sattouf suit la jeune fille et réalise une espèce de biographie en temps réel. Si, selon Roland Barthes, Claire Bretécher était la meilleure sociologue de l’année 1975, il est clair que Riad Sattouf est ce meilleur sociologue d’aujourd’hui qui campe dans nos cerveaux et qui capte l’air du temps.

Ce qui caractérise le travail de Riad Sattouf, c’est la pertinence. On se souvient de son Manuel du puceau et de Ma circoncision, ses premiers ouvrages où il parle déjà de l’enfance et de l’adolescence. On se souvient des Pauvres Aventures de Jérémie (dans la collection Pilote, Prix Goscinny, publiées entre 2003 et 2005), de Pascal Brutal (Fluide Glacial, Prix Jacques Lob à Blois et Fauve d’or à Angoulême), des Beaux Gosses, son film inspiré de son album Retour au collège, et de son autre film, injustement méconnu : Jacky au royaume des filles. Et puis le succès de L’Arabe du futur, enfin celui des Cahiers d’Esther publiés chez Allary Éditions. Les albums de vendent par centaines de milliers : Esther est déjà traduite en neuf langues (allemand, anglais, coréen, espagnol, grec, italien, portugais, serbe et turc), a fait l’objet d’une adaptation en dessins animés… Et pourtant, pourtant, il n’y a rien à jeter.

Pourquoi on aime Esther ? Parce que cela ne sent pas la fabrication. On voit pourtant le procédé : une conversation avec une jeune fille anonyme dont les anecdotes s’égrènent toutes les semaines dans l’Obs (un hebdo où Riad Sattouf succède à Copi, Reiser et Bretécher, excusez du peu…). Quasiment une psychanalyse. On se doute que la personnalité d’Esther, une jeune fille qui existerait dans la « vraie vie » nous dit-on, que Sattouf observe depuis qu’elle a neuf ans, est pour beaucoup dans l‘empathie, aussi bien esthétique qu’émotionnelle, que renvoie le personnage. Sans esbroufe, sans effet, avec une minutie dans l’expression qui nous permet de dire, ben oui, que c’est « beau comme du Proust ».

Pourquoi on aime Esther ?
Les Cahiers d’Esther T. 4 : Histoires de mes 13 ans. Par Riad Sattouf.
© Riad Sattouf / Allary Éditions.

Mais c’est d’abord une bande dessinée très bien conçue, au trait clair comme du Hergé (dont il conserve le bas de casse, source de clarté) ou du Tezuka, aux couleurs simples mais subtiles et lisibles, mais surtout à la narration implacablement juste dans son cheminement discursif, avec cette qualité langagière qu’on lui connaissait dans ses précédents albums. Il n’est pas jusqu’à l’objet, un papier bouffant agréable au toucher qui ne fasse de cette lecture une expérience unique et agréable.

Dans ce 4e volume, Esther porte un appareil dentaire, elle cherche à comprendre ce que signifie #BalanceTonPorc, elle joue à être « Folla la folle », on y découvre Ben, son petit ami secret, sa passion pour xxxTentacion mort trop beau, trop jeune… Esther a 13 ans, ! On ne s’en lasse pas au bout du 4e album que l’on relit en se disant que là, Esther, elle fait sa rentrée en 6e, qu’elle va sur ses quatorze ans, qu’elle entre dans l’âge dit « bête »… Et on a hâte de voir ça dans L’Obs en attendant l’album. Vive la rentrée !

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Les Cahiers d’Esther T. 4 : Histoires de mes 13 ans. Par Riad Sattouf. Allary Éditions. 56 pages - 16,90€

 
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1 Message :
  • Pourquoi on aime Esther ?
    6 septembre 11:53

    "Esther a 13 ans et cela fait quatre albums et cinq ans que Riad Sattouf suit la jeune fille et réalise une espèce de biographie en temps réel. "

    Vous êtes sûr qu’elle existe réellement ?
    Ça me paraît suspect que des parents laissent un auteur réaliser et publier en temps réel la biographie de leur enfant.

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