"Prison n°5" : journal d’une détenue politique kurde

3 avril 2021 0
  • Tardi et Dominique Grange parrainent le journal que cette journaliste kurde a réalisé clandestinement, pendant ses trois années d'emprisonnement dans les geôles turques. Enfermée pour avoir eu le malheur de réaliser un dessin...

Zehra Dogan, artiste kurde condamnée pour un dessin et une information qu’elle a relayés, fut jetée dans la prison n°5 de Diyarbakir, en Turquie, le 12 juin 2016. À travers le récit de son emprisonnement, la journaliste et artiste parle de l’histoire et de l’oppression du peuple kurde, mais aussi de solidarité et de résistance de toutes ces femmes enfermées.

Elle nous immerge dans son quotidien carcéral, par les habitudes, les privations, mais également le parcours de chaque femme dont elle partage la "cellule". En réalité, c’est presque un petit appartement qu’occupent les trente-trois détenues, répondant à cette insoutenable promiscuité à une complicité sans faille.

La journaliste-artiste revient également les pratiques du régime turc envers ses prisonniers politiques, hommes et femmes. Découvrir le passé de ce haut lieu de persécutions et de résistances, c’est connaître la lutte du peuple kurde.

"Prison n°5" : journal d'une détenue politique kurde

Distinguée pour son travail journalistique dans de nombreux pays (Inde, USA, Allemagne, Italie, Suisse, Turquie, etc.), Zehra Dogan livre un poignant roman graphique autobiographique. Un récit d’emprisonnement certes, mais aussi et surtout de combattante, un récit de femmes, chargé d’espoir et de solidarité.

Bien entendu, les perspectives et les dessins de l’autrice ne sont pas toujours académiques, mais elles restituent avec beaucoup de force et d’authenticité le quotidien au sein de la prison, ainsi que le combat des Kurdes pour retrouver au-delà d’une indépendance, du moins un simple respect de leur existence et de leur culture, eux qui ont été divisés à travers quatre pays voilà un siècle.

Sans être un récit militant, Prison n°5 permet de mieux comprendre la position du peuple kurde, ce qu’ils cherchent à obtenir, que ce soit par des actes non-violents ou désespérés. On s’en doute, il n’y a vraiment pas de prise de recul, mais c’est justement ce qui confère cette atmosphère si particulière à l’album : un témoignage d’une rare intensité, réalisé avec des moyens de fortune au dos des lettres que Zehra Dogan recevait, et qu’elle a fait ressortir une par une clandestinement.

Merci à Tardi et Dominique Grange qui ont soutenu la journaliste alors qu’elle était en prison, avant de découvrir ce journal lorsqu’ils l’ont accueilli en exil à Paris. Cela nous donne l’occasion de recueillir un témoignage d’une rare intensité. Cette propension naturelle de raconter avec des images et des mots, voilà aussi la force de la bande dessinée.

(par Charles-Louis Detournay)

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Prison n°5 par Zehra Dogan (Delcourt - 120 pages - 19,99 €

Illustrations : © Éditions Delcourt, 2021 - Zehra Dogan

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