Profession solidaire, chroniques de l’accueil – Par Jean-François Corty, Jérémie Dres et Marie-Ange Rousseau – Éd. Les Escales & Steinkis

17 juillet 2020 0 commentaire
  • Second album de la collection Témoins du monde, résultat d'une co-édition entre les éditions L'Escale et Steinkis, "Profession solidaire" par Jean-François Corty, Jérémie Dres et Marie-Ange Rousseau nous livre un témoignage tant précis que sensible, centré sur l'activité humanitaire du premier cité.

Jean-François Corty a débuté son activité de médecin humanitaire à l’orée du XXIe siècle en Érythrée. Les différentes missions qu’il a remplies pour le compte de Médecin sans frontières l’ont menées, chronologiquement, en Afghanistan, au Niger et en Iran. Au fil de ses expériences, le jeune médecin apprend à nuancer sa perception de la mission humanitaire qu’il espérait tant mener. Il commence à analyser son activité à l’aune d’enjeux politiques, militaires et médiatiques, opposant l’action humanitaire indépendante à celle intégrée à l’appareil étatique.

C’est au Niger en 2002 qu’il voit pour la première fois des ressortissants des pays limitrophes remontés depuis l’Afrique subsaharienne vers l’Algérie ou la Libye.

Profession solidaire, chroniques de l'accueil – Par Jean-François Corty, Jérémie Dres et Marie-Ange Rousseau – Éd. Les Escales & Steinkis

Sa carrière dans l’humanitaire connaît un tournant lorsqu’à la fin des années 2000 il accède au poste de directeur des opérations France pour le compte de l’organisation Médecins du Monde. Après avoir été affecté au secours des populations roms, expulsées sans solution de relogement, Jean-François Corty s’empare du dossier « Calais ». Nous sommes en 2012 et la route des Balkans drague une population de plus en plus importante en provenance du Moyen-Orient et notamment de Syrie, tandis que la mer Méditerranée s’affirme en tant que lieu de transit des réfugiés africains de guerre ou économique.

Au moment de sa prise en charge du dossier, environ mille femmes, hommes et enfants peuplent la « jungle » de Calais. Ayant porté son aide aux populations civiles dans des zones de conflits armés et côtoyé l’extrême pauvreté qui pousse une famille entière sur les routes sans espoir de retour, le médecin n’a aucun mal à comprendre les raisons et motivations de ces personnes. Et alors que leur nombre ne cesse de croître, Jean-François Corty et Jérémie Dres dénoncent une politique gouvernementale d’accueil de ces populations timorée et bien trop lente.

C’est notamment à cette époque que Jean-François Corty devient un « personnage médiatique » régulièrement invité des plateaux TV où il s’évertue à pointer du doigt l’immobilisme étatique et la montée des répressions policières à l’encontre des associations humanitaires face aux éditorialistes et à l’instrumentalisation de la « peur des extrêmes ». Seconde pique portée aux médias après avoir souligné l’absence de médiatisation de la situation au Niger en comparaison de l’Afghanistan où il avait officié un an auparavant, en 2001, suite à l’intervention des forces armées américaines.

Le récit se poursuit avec la campagne menée par Médecins du Monde en milieu rural français, non loin de Clermont-Ferrand et à laquelle Jean-François Corty prend part. L’exposé de cette action est une nouvelle fois l’occasion de mettre en avant les difficultés rencontrées lors de l’implantation d’une mission locale, mais pas seulement. L’accent est également mis sur le positif et la satisfaction que tirent les habitants et élus locaux de la mission humanitaire en question.

De cette touche d’espoir découle l’ouvrage de Jean-François Corty, La France qui accueille, qui s’est attelé à recenser des initiatives personnelles et collectives, locales ou de plus grandes ampleurs, en faveur de la solidarité. L’écriture de ce livre et la tournée promotionnelle en découlant viennent ainsi clôturer l’album Profession solidaire, chroniques d’accueil.

Plus qu’un récit militant en faveur de l’accueil des migrants dans des conditions sanitaires décentes garantissant la préservation de leur dignité, c’est bel et bien le témoignage éclairé d’un médecin ayant voué sa vie à l’action humanitaire que nous donnent à lire le trio œuvrant à la conception de cet album.

Narrativement, le texte est en grande partie présenté sous forme d’encarts façon voix-off de Jean-François Corty. Les phylactères qui parsèment la BD sont mis au service d’une mise en avant des déclarations médiatiques et échanges verbaux cruciaux dans la lutte menée avec les représentants étatiques, locaux et humanitaires.

On devine l’apport de Jérémie Dres, épaulant Jean-François Corty dans le choix des scènes à représenter ainsi que dans le ciselage d’un texte concis qui n’en reste pas moins intelligible et poignant. Une sensation de précision que l’on retrouve dans le découpage du gaufrier. Son apparence classique, voire simpliste laisse peu de place à la variation et permet ainsi une mise en exergue de l’expérience humaine de Jean-François Corty. La forme prise par le récit, et habilement orchestrée par Marie-Ange Rousseau, est également vectrice d’une fluidité de lecture caractéristique du travail de reporter.

(par Thomas FIGUERES)

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Profession solidaire, chroniques de l’accueil – Scénario : Jean-François Corty & Jérémie Dres - Dessin : Marie-Ange Rousseau – Éd. Les Escales & Steinkis - Paru le : 04 juin 2020 - Prix : 18 euros

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