Putain de guerre, T1 : 1914-16 - Par Jacques Tardi & Jean-Pierre Verney - Casterman

1er janvier 2009 3 commentaires
  • A raison de quinze pages par an, Tardi reprend chronologiquement les petits moments de la Grande Guerre, vécue par un poilu comme tant d'autres. Une œuvre poignante et instructive, doublée d'une évocation historique pointue.

En cette année de commémoration du 90ème anniversaire de la fin de la Grande Guerre, Tardi renoue avec la mémoire de 14-18 à travers une évocation chronologique du premier conflit mondial et de la place qu’y ont occupée, au quotidien, les hommes qui s’y sont affrontés et entretués.

Bien entendu, pour pouvoir placer un homme dans la plupart des coups durs et tout au long de la guerre, il s’agit d’un récit de fiction, mais où le souci de véracité et la rigueur de la reconstitution historique occupent une place primordiale. On suit donc un homme du peuple, dans ses observations, réflexions, et ses peines quotidiennes.

Putain de guerre, T1 : 1914-16 - Par Jacques Tardi & Jean-Pierre Verney - Casterman

Quiconque a lu C’était la Guerre des Tranchées ne peut imaginer un autre auteur rendre aux poilus leur juste place dans ce charnier ordurier. Si on lit d’ailleurs la lettre de Guy Môquet dans les écoles, ce livre devrait y trouver une place obligatoire dans leurs bibliothèques, afin d’apprendre à nos têtes blondes l’horreur de la guerre, et l’aveuglement de certains hommes.

Dans Putain de Guerre, l’évocation prend un peu moins aux tripes que chez son prédécesseur, car le récit se doit de suivre la chronologie à raison de 15 pages par an. Mais qu’importe, cet album garde toute sa force et son importance. Même si le narrateur est français, les deux côtés de la ligne sont traités avec le même réalisme, dépeignant un quotidien dont l’évasion semblait impossible. Régulièrement, il place deux planches face à face, illustrant le même sujet du côté allemand et français. Une manière brusque mais limpide d’identifier la bêtise et l’horreur du conflit : pas vraiment de fautifs, juste des condamnés en sursis.

Débutant dans les couleurs de l’été 14, le gris et la boue s’insinuent progressivement dans les pages pour tendre vers le noir et blanc qui a rendu si célèbre l’auteur. Dans son texte, Tardi met dans la bouche de son soldat, des expressions familières (que le lexique reprend en fin de volume), et des tournures de phrases parfois alambiquées, mais qui rendent hommage à Céline, l’écrivain qu’il apprécie tant [1].

Dans la prépublication en grand format de l’album, Journal de Guerre, Tardi s’est adjoint les services d’un historien, Jean-Pierre Verney, qui retrace le quotidien de l’époque, l’état d’esprit des maréchaux, et les faits d’armes, illustrés par des photographies et affiches. Si on regrette l’absence d’une carte générale par an, situant les lignes et conflits principaux, ces deux évocations de la guerre se répondent mutuellement, pour donner un aperçu global saisissant qui en appelle à la responsabilité des hommes d’alors.

Ce devoir de mémoire est donc aussi important que les tragédies traversées par le narrateur, et communiquées au lecteur. L’Histoire est cyclique, et c’est en se plongeant dans l’horreur de ses erreurs qu’on peut éviter de les voir se reproduire !

(par Charles-Louis Detournay)

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Du même auteur, et dans le même sujet, commander :
- la version illustrée de Voyage au bout de la nuit
- C’était la guerre des Tranchées

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Toutes les illustrations sont © Tardi/Casterman.

[1Pour rappel, Tardi a publié chez Futuropolis une superbe version illustrée de Voyage au bout de la nuit.

 
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