Quand Bodoï disjoncte

20 mars 2003 3
  • A quels signes voit-on qu'un journal attrape la grosse tête? A son ton arrogant. La preuve par Bodoï.

Dans son numéro de mars, Jean-Marc Vidal, rédacteur en chef de Bodoï, dans un éditorial incompréhensible, se livre à une attaque sans précédent contre Fluide Glacial (qualifié de "concentré moribond d’inepties rustiques prétendument fluides et assurément glaciales que tentent d’écouler en kiosques les héritiers fourbus du divin Gotlib"), son rédacteur en chef Ronan Lancelot et l’un des piliers du journal, le dessinateur Gaudelette ("hâtivement formé au dessin par le pauvre Jean Solé", nous explique-t-il).

Qu’est-ce qui a causé tant de haine ? Un simple petit strip comme il y en a tant dans Fluide. Où l’on peut lire le dialogue suivant :
Quand Bodoï disjoncte Des fois, j’ai la sensation que tout est noir... que nous sommes les ringards de la BD... que notre édito est pourri, que nous ne sommes pas drôles...
- Et alors, tu fais quoi pour te remonter le moral ?
- Je lis Bodoï.

Un tantinet impertinent, d’accord, mais l’impertinence n’est-elle pas l’une des caractéristiques d’un journal qui, depuis plus de trente ans, joue principalement sur les cartes de l’humour et de la dérision ? Et lorsqu’on ouvre ses pages, on sait en principe qu’on court le risque d’y trouver autre chose que le florilège des citations de Bécassine.

On peut dès lors s’étonner de cette réaction à vif du rédacteur en chef de Bodoï et de son seuil de susceptiblité assez bas alors qu’il dirige un journal qui, chaque mois, ne se gène pas pour égratigner des auteurs de bande dessinée dans ses chroniques de livres - ce qui est plutôt sain - et de tenter de lancer des polémiques en sélectionnant, dans les longs entretiens que des auteurs lui accordent, les propos les plus croustillants et les plus agressifs - ce qui l’est beaucoup moins.

Plus gênant encore est le souhait qu’exprime à mots couverts Jean-Marc Vidal de voir disparaître Fluide Glacial. Entre les deux journaux, nous avons le choix entre :
- un magazine réalisé autour d’une équipe d’auteurs, qui cherche de nouveaux talents, qui prend le risque de lancer de nouvelles séries, qui tente d’offrir, chaque mois, avec des hauts et des bas, certes, une bonne dose de rigolade ;
- un fanzine de luxe coûteux, qui se contente de puiser dans les séries découvertes par les éditeurs pour proposer à moindre coût trois ou quatre tranches de bande dessinée, tout en l’enveloppant d’un rédactionnel, de qualité, certes, mais qui ne fait pas avancer la bande dessinée d’un millipoil.

Devinez où va ma préférence.

(par Patrick Albray)

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3 Messages :
  • > Quand Bodoï disjoncte
    20 mars 2003 16:01

    Reponse du principal interesse en reponse a un mail de ma part :

    Oh la la...
    Je rentre de déjeuner, il fait un temps magnifique, tout le monde dehors est en
    tee shirt... et je tombe par hasard sur votre message qui me plonge dans le
    plus noir profond marasme.
    Je suis en effet le sale type "haineux, vulgaire et violent" dont vous fustigez
    la prose éditoriale.
    Vous allez rire, mais ce petit billet était à l’origine fait... pour rire ! Je connais en effet très bien les deux personnes citées dans mon édito, et suis de
    surcroît très ami avec l’un d’eux. Le jeu consistait à l’origine à s’envoyer
    des peaux de banane par éditos interposés en invitant les lecteurs à suivre
    les épisodes d’un jeu de massacre censé devenir à terme une sorte de feuilleton
    un peu trash. En vous incitant à acheter les deux magazines pour compter les
    points. Sont-ils malins...
    Or, personne n’a rien compris au film. Ni vous, ni aucun lecteur, visiblement.
    J’ai même dû me rendre auprès des auteurs de Fluide pour me justifier, sans
    quoi c’était le guerre pour de vrai ! Jeux de mains, jeux de vilains, comme
    dirait l’autre. Donc on arrête tout.
    Vous pourrez constater que le prochain édito est très "peace an love".
    Voilà, c’est sur vous que tombent mes explications un peu honteuses, mais après
    tout, puisque je vous tiens et que j’ai le clavier facile aujourd’hui...
    Alors, sans rancune ?

    Jean-Marc Vidal
    Rédacteur en chef

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    • Répondu le 20 mars 2003 à  23:33 :

      Je l’ai trouvé très drôle cet edito, moi...
      Il se trouve que je n’avais pas vu le strip de Gaudelette avant de lire l’édito de Jean-Marc Vidal (dont j’aime beaucoup le style, d’ailleurs) mais quand on connait l’histoire qui se cache derrière tout ça, c’est encore plus drôle !!

      Alexandre

      Longue Vie à BoDoï !
      Longue Vie à Fluide Glacial !
      Longue Vie à UniversBD !
      Longue Vie à Ma belle-soeur (qu’est-ce qu’elle est canon !)

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  • Quand Bodoï disjoncte
    22 mars 2003 10:27, par Roland

    Effectivement, Fluide est l’émanation d’un trio d’amis, d’un groupe d’auteurs, un magazine historique qui a permis le développement d’une politique d’auteurs rare : n’oublions que Blutch a été découvert grâce à un concours Fluide... Je ne pense pas que Bo-Doï (connaissez-vous l’origine de ce nom ? il a un lien avec le Cambodge... informez-vous, vous verrez...) puisse un jour se targuer du même effort en direction de *véritables* jeunes auteurs. Il est impensable qu’avec sa politique de prépublication de valeurs sûres ce journal en courage la jeune création qui, par essence, est risquée.
    Dès son premier numéro, ce magazine s’était illustré par une "une" ambigüe, et depuis, la polémique l’emporte sur l’analyse et les scoops et rumeurs (pour ne pas dire ragots) sur l’information décryptée.
    Bref, selon moi, il n’y a pas photo : préférons la vraie création à la récupération de vieilles lunes et de valeurs sûres au box-office des GSS (grandes surfaces spécialisées).

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