Qui est mordu de Dog Man ?

15 juillet 2021 15 Jeunesse par Laurent Melikian
Éditeur : Dupuis Dessinateur : Dav Pikley Classification : tout public
  • Aux USA, c’est le succès de la décennie. Dog Man a revitalisé la BD jeunesse et toute la chaîne américaine du livre. Comparable par son impact et son humour insolent à "Titeuf" ou à "Mortelle Adèle", Publié par Dupuis, la francobelgie va-t-elle faire honneur à ce drôle de toutou ? On vous présente le héros hybride de Dav Pikley.

« Le best-seller mondial qui a réussi à faire lire trente millions d’enfants ! » dit le sticker des éditions Dupuis collé en couverture de cette BD jeunesse au format roman graphique. Car oui, Dog Man est un phénomène unique. Dès son premier tome publié en 2016, le héros de Dav Pikley (déjà créateur de Captain Underpants, Capitaine Slip en français), chaque volume de la série caracole en tête des ventes nord-américaines à son lancement.

Ainsi, fin mars 2021, en une semaine, 236 000 exemplaires de Dog Man, Mothering Heights, le 10e opus de la série, ont trouvé preneurs en librairies. Une hégémonie d’ampleur, plus "mortelle" qu’Adèle.

Selon notre confrère ICV2, en juin dernier, les cinq meilleures ventes en bande dessinée jeunesse sont toutes occupées par l’univers de Dog Man. On comprend mieux comment le chiffre d’affaires américain du secteur a dorénavant dépassé celui des publications dédiées aux super-héros.

Qui est mordu de Dog Man ?
Dog Man par Dav Pilkey © Dupuis 2021

Outre une version québécoise baptisée Super Chien, il a donc fallu cinq ans pour voir Dog Man en version française. À l’origine de l’arrivée de la franchise chez Dupuis, Sergio Honorez, directeur éditorial jusqu’en mars 2020 : « J’ai découvert Dog Man à New-York lors de la sortie du premier tome en passant devant les bureaux de Scholastic, se souvient-il. Cet éditeur est reconnu pour son sérieux auprès des parents et du milieu éducatif. Il s’est lancé dans la création d’un label de bande dessinée [Scholastic Graphix, NDLR] en effectuant un travail de fond. » En effet ; cette maison reconnue notamment pour ses manuels scolaires et les romans Harry Potter est aussi l’éditeur qui a fait de l’estimé Bone par Jeff Smith, un succès commercial en le proposant en albums couleurs.

Dog Man par Dav Pilkey © Dupuis 2021

Lire Dog Man, c’est se retrouver saisi par l’humour absurde de Dav Pikley dont le héros-titre est le meilleur flic de New-York à qui on a greffé la tête du meilleur chien policier. D’épisode en épisode, il lutte par la ruse contre les complots incroyables ourdis par Monpetit, un chat comme il se doit dans les histoires de chien. Mais surtout, Dog Man garde des caractéristiques bien canines, il fait régner l’ordre à coup de léchouilles et s’oublie plus qu’à son tour sur le canapé de son chef.

Dav Pikley, un dessinateur qui a du chien
© DR - Dupuis

Conquis, Sergio Honorez a lui-même traduit ces histoires rocambolesques avec un clin d’œil appuyé aux Shadocks, le dessin animé tout aussi dingue de Jacques Rouxel : « Je me suis fait plaisir. J’y trouve le même humour. Prendre le meilleur d’un chien et d’un humain, c’est bien une logique Shadock.  » Et derrière cette absurdité de premier plan, une pensée subtile. On apprécie par exemple le troisième chapitre où Monpetit devient maître du monde en faisant disparaitre tous les livres de la surface du globe, ce qui change les individus -Dog Man compris- en parfaits crétins.

On retiendra surtout une bande dessinée en proximité avec les plus jeunes, un style graphique enfantin, revendiqué par l’auteur qui pousse sa démarche jusqu’à inventer un duo d’auteurs fictifs, George et Harold qui auraient "inventé" Dog-Man à la maternelle et auraient dessiné ses aventures contre l’avis négatif de leurs enseignants. En bref, les enfants aiment ces histoires parce qu’elles semblent créées par des enfants. « Ce livre fonctionne parce qu’il est focalisé sur l’accessibilité, commente Stéphane Beaujean, nouveau directeur éditorial chez Dupuis. Lecture et langage graphique simplifié, médiation, le lecteur est souvent interpelé : "mets tes mains ici" » .

À chaque aventure, plusieurs séquences flip.
© Dav Pilkey – Dupuis, Photo L. Melikian

Sergio Honorez renchérit : «  Les enfants disent : "c’est dessiné comme nous on dessine", jusque dans les bulles avec des textes parfois raturés. Dave Pilkey était atteint de dyslexie et de troubles de l’attention. À l’école, il passait la moitié de ses journées puni dans le couloir. De quoi développer une certaine insolence et un sens profond de l’injustice. »

Par sa proximité avec les plus jeunes Dog Man est aussi une invitation à la création.
© Lily Giordan d’après Dav Pilkey

JPEGEn dépit de ces qualités évidentes, Dog Man réussira-t-il à s’imposer entre Bruxelles et Perpignan ? « Difficile, reconnaît Sergio Honorez. Dav Pikley a réussi à créer un rapport fort avec ses lecteurs. En francophonie, on sacralise le livre et j’ai peur que les intermédiaires imposent leur vision : " un livre doit être bien dessiné, sans mots corrigés à même le dessin, …" » Stéphane Beaujean cultive les même craintes : « Communiquer sur le fait qu’il s’agit de la BD la plus vendue dans le monde a un impact, mais les libraires pourront-ils s’emparer de cet humour absurde anglo-saxon ? Ce même humour qui a tout de même fait le succès des Simpson. Ça se tente ! »

Le pari peut s’avérer d’autant plus intéressant qu’à l’instar de Captain Underpants, les studio DreamWorks ont annoncé en décembre 2020 la mise en chantier d’un long-métrage Dog Man. Affaire à suivre...

Voir en ligne : Pour lire des histoires de Dog Man en anglais, cliquez sur les couvertures.

(par Laurent Melikian)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:

Cultura BDFugue FNAC Amazon

 
Participez à la discussion
15 Messages :
  • Qui est mordu de Dog Man ?
    15 juillet 06:01, par Didier Pasamonik (L’Agence BD)

    Manifestement, Javier Mariscal a fait des émules...

    Répondre à ce message

  • Qui est mordu de Dog Man ?
    15 juillet 06:09, par Milles Sabords

    Mal dessiné Dog Man ? Je ne vois pas pourquoi, il y a des albums du réel avec le même niveau mais qui se prennent pourtant très au sérieux. Après, de là à croire que les enfants veulent des dessins pourris, qui "leur ressemble", c’est une vision américaine, dans un pays où déjà tout fout le camp depuis longtemps. Chez nous, la plupart des intervenants BD en primaire comme en maternelle, se retrouvent devant des enfants qui ont soif d’apprendre à bien dessiner justement, paradoxe total. Les enfants veulent même apprendre à dessiner "Manga" ! Alors Dog man... Les éditeurs cherchent des solutions éditoriales qu’ils ont pourtant devant eux et moins loin. Une fois de plus, ils sont dans la licence plus que dans la création. Notre secteur jeunesse ne manque pourtant pas de talents ? La seule force de frappe des ricains, comme des nippons d’ailleurs, c’est leur sens aigu du merchandising. Un truc marche, et vlan, l’anim est déjà en chantier ! Ici, il faut des lustres pour faire bouger les choses. Forcément, lorsque ces productions étrangères déboules sur les plateformes de téléchargement, ou Gulli et consort, la moitié du chemin est déjà fait pour vendre le support papier à nos "chères têtes blondes" !

    Répondre à ce message

    • Répondu par dessine moi un mouton le 15 juillet à  07:55 :

      Animant des ateliers de bd depuis dix ans, je peux vous dire qu’en maternelle et en primaire les enfants ne cherchent qu’a s’exprimer à travers le dessin et surtout pas à ce qu’on leurs casse les pieds avec les régles du dessin. Quand l’enfant dessine, à cet âge, il est porté par un flux créatif qui ne faut surtout pas cassé.
      C’est surtout à partir du collége que les enfants (les + intéressés par le dessin) sont receptifs aux techniques. Ce qui n’empêche pas les autres de découvrir comment l’on construit un dessin et d’affiner leur observation sur une oeuvre d’art.
      Encore faut-il avoir un prof qui sache dessiner. Ce qui est de plus en plus rare dans l’educaton nationale. Demander à un prof d’arts plastiques de vous faire une perspective à trois points ou la différence entre un contraste succesif et simultané, vous allez avoir des sueurs froides. On est plus dans l’art concontemporain ce qui déroute complétement les enfants de l’art.
      Pour ce qui est de la supposé qualité graphique, on trouvera toujours à redire sur quoi que ce soit, ici, ce qui est intéressant, c’est que cela fonctionne, il n’y a pas à cherché midi à quatorze heure.
      Pour rappel, le petit monde de la bd à longtemps dénigré le petit format (aredit, mon journal, impéria, lug ...) que l’on trouvait partout. Ce fut pourtant un réel plaisir et un bon souvenir, de lire les aventures de tous ses héros, même si il y avait de gros pains anatomiques (voir zembla, le tarzan avec la coupe mulet) on s’en foutait.
      Le manga dites vous, oui c’est vrai, les enfants veulent tous dessiner ce qu’ils lisent, comme l’on fait les dessinateurs pro avant. En plus le manga, ils sont super bon. A titre d’exemple,Doraemon est sorti en 1969, comparer avec le franco belge de la même année, les mangakas ont déjà une longueur d’avance voire deux.
      Pour le merchandising, ben, ça commence très tôt avec Alain st Ogan et le bonjour d’Alfred, ensuite astérix, stroumpf et maintenant adèle. donc rien de choquant à ce que font les autres.
      Tiens, en parlant d’adele, les auteurs ont présenté le projet à combien d’éditeurs, avant que celui ci soit accepté par un petit éditeur ? Tant que les éditeurs sont frileux avec certains projets, il ne faut pas s’étonner de voir débarquer ce genre de bd américaine ou japonaise.
      Au moins ils innovent et c’est tant mieux !!!
      Sinon cela me fait penser à Jacky’s Diary de jacky mendelsohn ou Georges Clooney : une histoire vrai de Valette

      Répondre à ce message

  • Qui est mordu de Dog Man ?
    15 juillet 07:25

    C’est très très très américain. Pas sûr que ça prenne plus ici que Capitaine Superslip. D’immenses succès nationaux ne deviennent pas nécessairement internationaux. De la même manière, Titeuf qui a rencontré un énorme succès ici n’a pas eu un succès équivalent aux USA. Pas sûr que Mortelle Adèle puisse faire un tabac aux USA non plus. Les Schtroumpfs/Smurfs sont une exception. toutes les œuvres pour la jeunesse à succès ne sont pas nécessairement universelles.

    Répondre à ce message

    • Répondu par Laurent Mélikian le 15 juillet à  14:48 :

      Il y a aussi Les Peanuts, Dragon Ball, Moomin, One Piece, Calvin & Hobbes, Marvel, South Park & Cie...

      Répondre à ce message

      • Répondu le 15 juillet à  15:31 :

        Si je regarde les chiffres de ventes du tome 1 sorti chez Dupuis le 7 mai 2021, pour l’instant, ce n’est pas un succès du tout.

        Répondre à ce message

      • Répondu le 15 juillet à  15:32 :

        Il y a toujours des exceptions qui ne confirment aucune règle.

        Répondre à ce message

        • Répondu le 15 juillet à  16:38 :

          Les extraits proposés ne sont pas drôles du tout, faut dire. Bien sûr on ne peut pas juger sur 4 pages. Mais les enfants sont un public difficile. Ils sont moins sensibles au buzz que les adultes. On ne peut pas leur fourguer n’importe quelle daube enrobée de marketing. Et c’est heureux.

          Répondre à ce message

          • Répondu le 15 juillet à  17:00 :

            Mais c’est pour des enfants de quel âge ? J’ai lu toute la production de chez Bayard depuis la naissance de mon fils, en commençant par Popi (j’ai eu un peu de mal mais heureusement il y a des images) jusqu’à Astrapi, et c’est beaucoup moins nul et débile que ce que j’ai lu de Dog Man en librairie le mois dernier. La presse jeunesse n’est pas la même dans le monde franco-belge et aux USA. Pas sûr que l’acculturation venue des USA fonctionne une fois encore sur le registre des tout-petits. La concurrence sera rude et en notre faveur pour une fois.

            Répondre à ce message

            • Répondu par miracle ! il marche sur l’eau le 16 juillet à  07:56 :

              Comparer bayard, avec dupuis, houla, ils sont aux antipodes.
              Traité le travail de dog man de nul et débile, mouais, un peu juste comme jugement dernier.

              Répondre à ce message

            • Répondu par Félox le 16 juillet à  11:39 :

              Vous préférez la presse catho, soit. Mais il en faut pour tous les goûts, tout le monde n’est pas branché catho.

              Répondre à ce message

              • Répondu le 16 juillet à  14:25 :

                Bayard a depuis longtemps dépassé sa dimension catho. Ils sont beaucoup plus malins et ambitieux que ça. Et d’ailleurs je trouve très sain que d’autres éditeurs viennent les concurrencer. Mais ce qui fait rire les petits américains ne fera pas forcément rire les petits francophones.

                Répondre à ce message

                • Répondu le 17 juillet à  08:24 :

                  heu ....
                  Bayard est le premier groupe de presse catholique.
                  Allez sur wiki pour vérifier
                  apres si c’est pour lisser toute la bd jeunesse dans le sens de bayard, mouais bof bof et bien malin sait ce qui fait rire les enfants.

                  Répondre à ce message

                  • Répondu le 17 juillet à  15:41 :

                    Oui merci, tout le monde le sait que c’est un éditeur catholique. Mais comme je le disais, ils sont assez malins pour ne pas viser que le public catholique. Et ils sont de plus soutenus par l’école laïque républicaine qui proposent leurs abonnements aux enfants dès la maternelle. Ça pourrait d’ailleurs se discuter, il y aurait de quoi.

                    Répondre à ce message

  • Qui est mordu de Dog Man ?
    15 juillet 08:45

    Ca m’évoque Super Clébart dans le Roi des Bourdons de Dethuin.

    Répondre à ce message