Quintett - T2 : Histoire d’Alban Méric - Par F. Giroud & P. Gillon - Dupuis

29 octobre 2005 0 commentaire
  • Après avoir scénarisé un bon nombre de séries, {{Frank Giroud}} avoue volontiers avoir moins de plaisir à produire de nouveaux albums pour celles-ci. L'auteur chamboule donc la narration dans certains albums, comme par exemple le tome 7 de {Louis Ferchot}, et réinvente même le concept de la série en publiant le {Décalogue} ou {Secrets}, retrouvant ainsi le plaisir d'écrire de la BD. En septembre, il lançait {Quintett}. Une série ambitieuse où quatre personnages vivent les mêmes événements. Chaque album s'attarde sur certain d'entre eux, leurs points de vue, leur manière d'agir face aux événements selon leurs caractères et leurs vécus. Un cinquième album viendra clôturer la série, et prouvera qu'aucun de ces personnages ne connaît la vérité sur les faits qu'ils ont vécus.

Le deuxième album s’attarde sur le parcours d’Alban Méric, un lieutenant de l’armée française, nommé en Macédoine. Celui-ci tombe amoureux d’un adolescent, Manolis, mis à son service pour l’assister dans ses tâches. Mais en 1916, l’homosexualité était malheureusement encore considérée comme une perversion. Alban et Manolis doivent cacher leur amour sous peine de voir, au mieux la réputation du lieutenant se ternir, au pire son renvoi de l’armée.

Un militaire peu scrupuleux va prendre des clichés des ébats du couple, et faire chanter Alban Méric. Torturé par le danger que constitue le maître chanteur, Alban Méric va essayer de tirer le meilleur parti de ses missions pour détourner l’argent réclamé pour la restitution des photographies. Sa destinée croisera bien entendu celle des autres protagonistes de ce quintette, à savoir Dora Mars, Armel Flamant et Elias Cohen.

Tout le génie de Frank Giroud est d’explorer la même histoire sous un autre angle, si bien que l’on a un regard neuf sur les événements se déroulant à Pavlos. Aucune impression de déjà vu, donc ! On n’a qu’une seule envie en refermant ce deuxième livre, c’est de se replonger dans le premier, l’Histoire de Dora Mars, afin de voir de quelle manière le scénariste y traite l’histoire d’amour entre Méric et Manolis. Cette relation n’y était pas mise en évidence, mais peut être a-t-il laissé quelques pistes pour la suggérer ?

Dans un récent entretien accordé au magazine Bo Doï, Frank Giroud a confié que plusieurs dessinateurs ont refusé de dessiner cet album à cause du thème abordé. « Cette réaction m’a déconcerté, raconte le scénariste. Je ne m’y attendais pas du tout ». Une attitude effectivement étonnante à l’heure où l’homosexualité n’est plus considérée comme une déviance, et où les auteurs de BD, homos ou pas, devraient pouvoir raconter leurs expériences et leurs perceptions de l’homosexualité comme de toute autre sexualité. La bande dessinée serait-elle le dernier média à mettre cette sexualité en marge de la normalité ?

Fort heureusement, Paul Gillon a accepté tout de suite de dessiner cette histoire. Il aborde avec beaucoup de délicatesse la relation amoureuse des personnages principaux, en jouant sur les jeux de regard ou les expressions pour faire passer les sentiments. Le trait si particulier du dessinateur conserve malgré son âge [1] toute sa vigueur et son charme.

Les prochains albums auront-ils autant de force que celui-ci ? En refermant ce deuxième mouvement, on a déjà hâte de lire la suite et de découvrir sous quel nouvel angle Frank Giroud va traiter ces événements.

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire un extrait

[1Le dessinateur est né en 1926.

  Un commentaire ?