RASL T3 - Par Jeff Smith (Trad. Hélène Remaud) - Delcourt

27 mars 2015 0 commentaire
  • Fin de parcours pour RASL, notre voleur de tableaux qui voyage dans des mondes parallèles. Réussira-t-il à arrêter le projet de la Matrice Saint Georges qui menace l'équilibre du multi-univers ? Et à contrecarrer les plans d'une veille connaissance ?

Nous avions laissé notre antihéros goûter un repos bien mérité d’un autre monde, auprès d’une version alternative de son grand amour, dans une petite ville d’Arizona. Cette retraite fut néanmoins interrompue par un incident électromagnétique de grande ampleur au cours duquel chaque habitant se retrouva confronté à des dizaines de ses propres doubles fantomatiques !

Ce troisième et dernier tome s’ouvre sur RASL roulant en direction de la réserve Pima, guidé par les communications radio de la police, cette dernière s’alarmant de voir la ville de Sells briller telle une supernova !...

RASL T3 - Par Jeff Smith (Trad. Hélène Remaud) - Delcourt
RASL © Jeff Smith / Delcourt

Comprenant que ces phénomènes sont les résultats de tests de la Matrice Saint Georges qu’il a conçu pour l’armée avec son ami Riley et sa femme Maya, RASL décide d’infiltrer la base militaire pour mettre un point final à cette histoire qui n’a que trop duré...

S’achève alors le parcours du héros fugitif de Jeff Smith, et de ce pur récit de neo-noir, à la fois très éloigné de Bone et proche dans la volonté de s’inscrire dans l’héritage d’un genre.

Cependant, là où les aventures des échappés de Boneville jouaient sur différents degrés de lecture et de référence, mêlant la patte de Carl Barks à un univers tolkienesque, RASL opte pour un premier degré très « sérieux », déroulant son récit de façon, certes talentueuse, mais aussi relativement « académique ».

C’est ainsi que dans le dernier acte s’enchaînent les ultimes révélations sur les carnets perdus de Nikola Tesla, l’assaut de la « forteresse » des méchants et la confrontation avec le « boss de fin », nous réservant tout de même un dernier retournement de situation, que le lecteur aura vu venir ou non – mais plus probablement la seconde option.

Comme souvent dans ce type d’histoire mêlant existentialisme et métaphysique, certaines réponses manquent à l’appel, laissant le champ libre à l’interprétation du lecteur. Cependant le ratio entre explication et mystère se révèlent satisfaisant et il n’y a pas de manquement aux attentes que ce genre de récit peut susciter.

RASL © Jeff Smith / Delcourt

La prévisibilité du scénario ne remet cependant pas en cause les grandes qualités de la narration de Jeff Smith, qui continue d’alterner de façon efficace explications, actions et introspections. Son trait, simple mais expressif, fait une nouvelle fois merveille et l’importance de l’ambiance demeure central -accordant une place privilégiée aux jeux de regard et à des découpages prenant le temps de décomposer certaines scènes pour mieux en figer l’instant.

Œuvre conçue en partie pour briser l’image « enfantine » de son auteur, RASL témoigne donc d’un travail sérieux et soigné. Son intrigue sur base de mondes parallèles et d’errance désenchantée fonctionne parfaitement bien.

Le lecteur passe un excellent moment en compagnie de ce héros qui s’en prend plein la tête, tant pour ses rêves que pour une historie d’amour qui ne pouvait que mal finir, comme le veulent les codes du genre !

En conclusion, si RASL se révèle moins percutant que Bone, l’ambition n’est pas la même. En changeant de registre, Jeff Smith nous propose une œuvre plus « modeste », évitant le piège de tenter de « répondre » à sa pièce maîtresse, et réussit à se renouveler tout en conservant ce goût si particulier pour la création de genre.

Et que ses fans se rassurent, nous retrouverons l’auteur une nouvelle fois d’ici la fin de l’année, pour la publication, toujours chez Delcourt, de sa nouvelle série : Tuki ou l’histoire du premier être humain à avoir quitté le continent africain, il y a deux millions d’années ! [1]

RASL © Jeff Smith / Delcourt

(par Guillaume Boutet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

RASL T3. Par Jeff Smith. Traduction Hélène Remaud. Delcourt, collection "Contrebande". Sortie le 18 mars 2015. 160 pages. 15,95 euros.

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RASL sur ActuaBD :
- Lire la chronique du tome 1,
- Lire la chronique du tome 2.

[1Les épisodes de Tuki sont publiés gratuitement sur le site boneville.

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