"Radiant" : Ankama persiste dans le manga français

24 juillet 2013 0 commentaire
  • La nouvelle série de Tony Valente s'attaque à la sorcellerie matinée de shonen manga.

Ne vous y trompez pas. La couverture, le style graphique, le character design, le sens de lecture de droite à gauche : tout porte à croire qu’il s’agit d’une bande dessinée japonaise. Mais nous ne sommes ni dans Hunter X Hunter (même si le héros ressemble comme deux gouttes d’eau à Gon) ni dans Naruto.

"Radiant" : Ankama persiste dans le manga français
La redoutable sorcière Alma
©Valente/Ankama Editions

L’auteur, Tony Valente, est bien français, natif de Toulouse. Déjà dessinateur de S. P. E. E. D. Angels et Hana Attori chez Soleil, il livre avec Radiant son premier manga-like français, digne successeur de la trilogie steam-punk City Hall de Guillaume Lapeyre et Rémy Guérin des éditions Ankama.

City Hall nous avait déjà bluffé par sa maîtrise graphique, et son cocktail efficace d’influences internationales, entre Death Note et La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, Retour vers le Futur et Steamboy.

Si la narration (trop) condensée et le graphisme (sur)chargé de City Hall témoignaient qu’il restait encore des réglages à faire dans le dosage des éléments propres à ce format, la tambouille de Radiant illustre à présent une osmose quasi-parfaite entre l’auteur et ses références. Ironiquement, on en viendrait presque à regretter le côté trop japonais de cette série.

©Valente/Ankama Editions

Seth est un jeune boulet / maladroit / loser attachant (rayer les mentions inutiles), aspirant sorcier de la région des Pompo Hills. Il vit avec Alma, sorcière chevelue plus expérimentée qui ne le ménage pas, adepte du bourrage de crâne par les phalanges. Comme tous les sorciers, Seth est un "infecté", car il fait partie des rares survivants après une rencontre avec un "Némésis", mystérieuse créature tombée du ciel et décimant tout ce qu’elle touche. À l’instar des autres infectés, Seth est atteint d’une mutation physique. Dans son cas, deux cornes lui ont poussé sur la tête.

Mais en parfait blanc-bec maladroit, ses rêves de devenir chasseur de Némésis ont du plomb dans l’aile, et il récolte surtout des catastrophes. Jusqu’à ce que le destin ne lui offre une chance de faire ses preuves. Mais plus qu’une simple chasse aux Némésis, Seth veut surtout atteindre la mythique source d’où proviennent les créatures : le Radiant.

Vous l’aurez deviné, Radiant obéit aux codes les plus obligatoires du Shonen Manga, un genre s’adressant aux garçons, mettant en scène des entraînements et affrontements éprouvant le héros dans le but de le faire devenir plus fort, et le faire combattre des adversaires toujours plus redoutables. Au fil des chapitres, le lecteur reconnaîtra les clins d’oeil de Tony Valente envers les mangas qui l’ont influencé : Dragon Ball, Hunter X Hunter, Ranma 1/2, Bleach...

Seth, le héros de "Radiant"
©Valente/Ankama Editions

L’ensemble est très plaisant, et si ce premier tome est marqué par le thème classique de l’appel de l’aventure, afin de présenter les protagonistes et le monde dans lequel ils vivent, on décèle déjà quelques ingrédients décalés qui nous font saliver pour la suite : par exemple, le héros est un crétin ne comprenant rien à rien, et l’obscurantisme lié au monde de la sorcellerie est traité avec humour, du point de vue des sorciers.

L’éditeur Ankama, nous le disions plus haut, n’en est pas à son coup d’essai en matière de manga maison. Rappelons bien sûr que dès ses origines, l’éditeur en a fait sa marque de fabrique à travers les mangas Dofus (et ses séries dérivées Dofus Arena et Dofus Monsters) et maintenant Wakfu. En dehors de cet univers, outre le succès City Hall, il faut également mentionner la très sympathique série rock’n roll et déjantée Debaser de Raf, malheureusement arrêtée faute de ventes, ainsi que la bande dessinée Appartement 44, bouclée en quatre tomes par Dara, dans un registre plus intimiste et aux dessins plus féminins.

©Valente/Ankama Editions

Afin de rencontrer son public, Radiant adopte donc la tactique inverse de Debaser. La série de Raf, trop frapadingue, ses corps partant dans tous les sens, ses allusions graveleuses, et son trait trop caoutchouc pour un public de mangas, sentait trop sous les aisselles. Suite au succès de City Hall, et ses nombreux clins d’oeil graphiques et scénaristiques, Ankama a compris qu’il fallait conforter le public dans ce qu’il connaissait déjà. Exit donc les gros plans de fessiers, et place aux aventuriers aux super-pouvoirs.

Sur ce point, Radiant est indéniablement une réussite. Tony Valente ne lésine pas sur les cadrages dynamiques illustrant les différences d’échelles entre les humains et les monstres. Son découpage laisse l’action respirer, l’auteur n’hésitant pas à étaler des déferlements de pouvoir sur plusieurs double pages muettes. Quant aux créatures, nous assistons à un florilège réjouissant de mutations variées et toutes plus décalées les unes que les autres.

Ne manquez pas l’occasion de découvrir cet univers détonant dès son premier tome, vous risquez d’en être fier dans quelques années.

(par Thomas Berthelon)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire aussi : L’interview de Tony Valente

Radiant T1 - Par Tony Valente - Ankama Editions

Commander ce livre chez Amazon
Commander ce livre à la FNAC

  Un commentaire ?