Radiant : le shônen français qui déménage

5 décembre 2015 0 commentaire
  • Rien ne manque à cette fin du premier grand arc narratif de Radiant : révélations, teasings, émotions, officialisation de la troupe du héros et démonstration de force des grands antagonistes. Une réussite pour le global manga de Tony Valente !

Dans un monde constitué d’îlots surplombant les nuages, des monstres se sont mis un jour à tomber du ciel. Baptisés Némésis, aucune arme ordinaire n’a d’effet contre eux. Seuls des individus mis au ban de la société, car « infectés » pour avoir eu le malheur d’entrer en contact avec ces créatures, se révèlent capables de les combattre : ce sont les sorciers.

Seth, jeune sorcier qui ne pense qu’à chasser et combattre les Némésis, rejoint l’Institut Artémis, cité volante qui abrite la plus grande organisation de sorciers au monde, dans le but de découvrir le « Radiant ».

Radiant : le shônen français qui déménage
Radiant T4 © Valente / Ankama Editions

Derrière ce nom mystérieux se cache la légendaire source à l’origine des Némésis, considérée par beaucoup comme un mythe. Le but de Seth est simple : détruire le Radiant pour mettre un terme définitif à la menace des Némésis ainsi qu’au malheur qui frappe les infortunés infectés.

Dans le tome deux Seth accompagné de Mélie, la naïve, et de Doc, le trouillard, se rend sur Rumble Town pour une banale chasse au Némésis qui évidemment ouvre sur bien davantage !

Protéger la ville et réparer les injustices

Une grande histoire en trois tomes qui nous a proposé de découvrir Rumble Town, une ville a priori prospère mais qui cache sous son vernis d’importants problèmes politiques et sociaux liés à la question de l’immigration, un sujet fort faisant écho à l’actualité.

En effet il y a vingt ans la chute de Némésis « colossaux » au sud a chassé la population locale vers Rumble Town, devenu par la force des choses la destination d’un important flux de migrants. Une situation qui ne fut pas sans provoquer des problèmes de surpopulation et de cohabitation, qui culmina avec une grande catastrophe : la chute d’une partie de l’îlot suite à une étrange attaque de Némésis !

À travers ce contexte explosif, Tony Valente mêle donc dimension sociale, complot et action, symbolisés par deux « boss » : d’un côté l’Inquisition locale, personnifiée par un officier raciste sans scrupule, de l’autre une dompteuse de Némésis qui cherche à se venger de la ville qui lui a tout pris.

Ajoutons à ce panel un étrange sorcier « momie », Grimm, poursuivant sa propre quête et qui rejoint par circonstances la troupe de notre héros, et les Thaumaturges, l’élite de l’Inquisition, posés en tant que groupe d’antagonistes récurrents, trop puissants pour l’heure pour Seth et ses compagnons.

Radiant T4 © Valente / Ankama Editions

Le récit s’est avéré dense, alternant action (escarmouches et duels de magie), enquête (pour débusquer le Némésis), séjour chez l’habitant, découverte de la ville, de ses secrets, et tragédies avec les épreuves des migrants et des sorciers, et en particulier celle de la dompteuse qui joue le rôle de « méchante de service ».

Un programme chargé qui a tenu ses promesses grâce à une excellente maîtrise graphique, dynamique et claire, une grande justesse dans la mise en scène des migrants et des sorciers, sans oublier une touche d’humour parfaitement calibrée, se matérialisant par exemple par des jeux de mots relativement savoureux.

Un récit typiquement japonais dans le fond et la forme

Nous l’avons souvent répété, Tony Valente, maîtrise parfaitement la grammaire graphique et narrative du shônen nekketsu [1] : amitié et combat sont des thèmes centraux de Radiant, qui nous propose de beaux moments d’entreaide et une dynamique de duels de magie, à grand renfort d’explications techniques qui raviront les amateurs du genre.

Un global manga [2] qui n’a rien à envier aux grands succès japonais… qui le lui rendent bien !

En effet la sortie cet été de Radiant au Japon fut relayée par des grands noms du shônen manga qui ont signé les commentaires des bandeaux publicitaires : Yûsuke Murata (Eyeshield 21, One-Punch Man), modèle graphique avoué de Tony Valente, et Hiro Mashima (Rave, Fairy Tail). Ne manque plus qu’Eiichiro Oda, auteur de One Piece, shônen manga de référence de l’auteur de Radiant, avec lequel d’ailleurs il partage plusieurs éléments structurels de narration.

Dans le même ordre d’idées, une anecdote témoigne de cette proximité de Tony Valente avec le Japon. Lors de Japan Expo 2014, ce dernier avait ainsi rencontré Ryuhei Tamura, auteur de Beelzebub, invité de la convention et qui nous avait d’ailleurs accordé un entretien. Le mangaka était accompagné de son tantô (responsable éditorial), l’un des plus importants du Weekly Shônen Jump, ayant travaillé, entre autres, avec Ohba et Obata sur Bakuman.. Cet éditeur, après avoir vu le travail de Tony Valente, que ce dernier avait offert en cadeau à Ryuhei Tamura, admit que son niveau de dessin et de composition pourrait embarrasser de nombreux mangakas japonais !

Un sacré compliment, en aucune façon volé à notre sens.

Une aventure s’achève et une nouvelle débute

Radiant T4 © Valente / Ankama Editions

Dans ce quatrième tome, nous découvrons donc la fin d’un arc narratif qui s’achève en apothéose, avec une poignante et émouvante confrontation entre Seth et la dompteuse de Némésis, une terrifiante rencontre avec le Général Torque, redoutable leader des Thaumaturges, des retrouvailles fraternelles et une jolie conclusion sur le devenir de Rumble Town.

Un volume fort réussi, même s’il propose moins d’humour et accorde moins de place aux adjuvants du héros, mais qui se termine par une mise en place générale convaincante de l’univers, des personnages et des enjeux, avec une prochaine étape d’ores et déjà annoncée : les chevaliers sorciers !

Une série à grand potentiel dont la question du rythme se pose désormais : Tony Valente peut-il tenir la réalisation de deux tomes par an ? En effet une unique sortie annuelle risque de limiter l’impact et la portée de la série, du moins par rapport à ses homologues japonais.

La solution serait sans doute la mise en place d’un système de studio avec assistants, à la japonaise justement, mais de l’aveu même de Tony Valente, après avoir essayé de travailler avec un assistant pour les décors, il dut renoncer car le résultat était encore pire que sans assistant. À cause de lui d’ailleurs avait-t-il concédé, admettant qu’il désorganisait complètement le travail de son assistant !

L’avenir nous dira si Radiant réussira à se poursuivre sur un rythme soutenu ou pas, mais dans tous les cas, nous continuerons à suivre avec grand intérêt les aventures du « cornu » et de sa quête du Radiant !

Radiant T4 © Valente / Ankama Editions

(par Guillaume Boutet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Radiant T4. Par Tony Valente. Ankama éditions. Sortie le 20 novembre 2015. 184 pages. 7,95 euros.

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Radiant sur ActuaBD :
- Lire la chronique du tome 1,
- Lire la chronique du tome 2.

Lire notre interview de Tony Valente réalisée en juillet 2013

[1Shônen : désigne un type de manga ayant pour cible éditoriale les garçons adolescents.
Nekketsu : signifie « sang bouillant », ce vocable désigne un type de récit au traitement exacerbé et exagéré dans ses situations et dans la manifestation des émotions.

[2Global manga : désigne les mangas réalisés et édités par des Occidentaux.

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