Raoul Cauvin 3/3 ("Les Femmes en Blanc", "L’Agent 212") : « Le scénario c’est l’âme d’une série. On ne peut pas reprendre une âme ! »

30 mars 2011 20 commentaires
  • Mis à part le 25e {Cédric}, {{Raoul Cauvin}} publie ces jours-ci un nouveau {Femmes en Blanc} accompagné par six mini-albums thématiques. Une occasion de revenir sur cette série, qui fut, avec {l’Agent 212}, l’une des premières BD d’humour chez Dupuis axée sur un métier. Le scénariste évoque également la relation avec son éditeur, sa « succession » et surtout son plaisir toujours intact à inventer des histoires.
Raoul Cauvin 3/3 ("Les Femmes en Blanc", "L'Agent 212") : « Le scénario c'est l'âme d'une série. On ne peut pas reprendre une âme ! »

Le 33e album des Femmes en blanc, « Sangsue alitée », sort ces jours-ci. Il est accompagné par des « mini-albums ». Ce sont des best-of ?

Non pas du tout ! Il s’agit des six mini-récits que Philippe Bercovici et moi-même avons faits dernièrement pour le journal de Spirou. L’éditeur a souhaité les publier en albums. Je me suis amusé à écrire six histoires inédites sur des métiers touchant au monde médical : les dermatologues, les chirurgiens esthétiques, les médecins légistes, les rebouteux, les dentistes et les acuponcteurs.

Au départ, cela n’était que de l’animation pour le journal de Spirou.

Je m’amuse réellement à écrire, que cela soit pour cela ou pour autre chose …

La légende raconte que c’est lors d’un séjour dans un hôpital que vous avez eu l’idée d’utiliser comme sujet d’humour le personnel médical.

Ce n’est pas une légende. J’ai eu, dans les années 1980, des pierres aux reins. Rien de grave, mais j’ai été admis aux urgences dans un hôpital bruxellois. J’ y ai passé une dizaine de jours. On m’avait mis dans une chambre voisine au bureau des infirmières. Je les entendais parler de leur boulot, des problèmes de santé de l’un ou l’autre patient, de leurs tracas quotidiens. C’est en les entendant que je me suis décidé de faire une série humoristique sur ces femmes en blanc. Pour le lancement du 33e album, j’ai été signer nos albums, avec Philippe, dans une bibliothèque dans la région de Tournai. Je me suis aperçu encore une fois, qu’il y avait beaucoup de médecins et d’infirmières parmi nos lecteurs. Nos albums circulent dans les hôpitaux.

Dupuis publie six hors-séries totalement inédits des "Femmes en blanc"

Comment décririez-vous Philippe Bercovici ?

Il est un peu comme mon fils adoptif ! Je l’ai connu à ses treize ans. Il m’envoyait ses projets de BD. Quand je lui envoie un scénario, je me demande un quart d’heure après, s’il ne le dessine pas déjà, tellement il est rapide ! C’est un mec sérieux et travailleur. Et surtout un chouette type.

Vous préparez avec lui une nouvelle mini-série.

Plutôt deux albums thématiques consacrés au sport. L’un évoquera les sports de compétition, l’autre ceux de loisir. Philippe termine actuellement le deuxième. Un jour, à l’aéroport, j’ai aperçu un avion affrété par une compagnie d’assurance qui débarquait des dizaines de skieurs blessés. C’est un sport qui est à la fois pratiqué en compétition et pour le loisir. Je me suis mis à imaginer l’une ou l’autre raison humoristique de ces blessures en voyant ces skieurs dépités. Cela m’a donné envie de traiter de tous ces sports d’une manière amusante en expliquant les causes des blessures que l’on peut avoir en les pratiquant !

Les histoires seront publiées dans le journal de Spirou. Je ne sais pas encore quand les albums paraîtront. J’espère que cette fois-ci Dupuis accompagnera sérieusement leur sortie. J’ai toujours au travers la gorge le fait que Coup de Foudre n’ait pas été accompagné par Dupuis. Ils n’ont fait aucun effort pour la promotion de cette nouvelle série. Le strict minimum aurait été de poser un autocollant sur la couverture mentionnant que Coup de Foudre était scénarisé par l’auteur des Tuniques Bleues et de Cédric. Ils ne l’ont même pas fait, alors que cela ne coûte pas grand-chose. J’ai toujours un goût amer dans la bouche quand j’y pense. Tous ceux qui ont lu ces deux albums ont adoré et ont trouvé que j’avais écrit quelque chose différent.

Il n’y aura donc pas de troisième « Coup de Foudre » ?

Hélas, non. La mise en place n’était pas importante. Ils ont imprimé huit mille albums, je pense, pour couvrir la Belgique, la France et la Suisse. Le tirage n’était pas assez important et l’album est passé inaperçu en librairie. D’autant plus qu’il n’y avait aucune promotion ou publicité pour l’appuyer. Au même moment, d’autres jeunes séries sont sorties et ont été mieux accompagnées par Dupuis. Quand je dis cela à mon éditeur, il me répond : « Oui, mais tu as vu ce que l’on fait pour Cédric, les Tuniques Bleues ». Je ne suis pas d’accord, pour moi, chaque série est différente.

Dessin inédit de Daniel Kox pour une "compil" sur le thème de la frayeur. (à paraître)
L’agent 212 - (c) Kox, Cauvin & Dupuis

Marc Hardy nous dit que vous êtes trop gentil, et que c’est votre principal problème…
Il a raison ! Mais je n’ai pas le droit de me fâcher. Je le répète : si je demande à Dupuis d’investir pour la promotion d’une série, ils vont me dire : « Oui, mais tu as vu ce que l’on a fait dernièrement pour Cédric et les Tuniques Bleues  ». Ils me coincent, et je ne peux pas me défendre.

Les dessinateurs et moi-même avons rapporté beaucoup d’argent à Dupuis. C’est « notre argent », des bénéfices issus de la vente de nos bouquins. Je suis tout à fait conscient que si, Willy Lambil et moi-même, faisons ce métier aujourd’hui, c’est grâce aux anciens. Ceux-ci ont rapporté de l’argent à la famille Dupuis qui les a réinvestis sur nous. Nous sommes dans la même ligne de pensée et nous sommes contents que les bénéfices de notre travail, de nos albums, soient en partie destinée aux jeunes auteurs. Mais nous aimerions, quand même, que cet argent serve également à la promotion de nos autres séries, pas seulement celles qui ont de très belles ventes, mais aussi pour les albums que je fais avec Marc Hardy, Bedu, Bercovici … Que fait Dupuis pour Les Femmes en Blanc, Pierre Tombal, les Psy... ? Pas grand-chose !

Extrait du T27 de "Pierre Tombal"
(c) Hardy, Cauvin & Dupuis

Vous voyez-vous des successeurs ? Il y a une dizaine d’années, on avait l’impression que vous étiez quasiment le seul scénariste du journal de Spirou. C’est moins le cas aujourd’hui, mais on n’a toujours pas l’impression qu’il y ait aujourd’hui quelqu’un qui s’y soit imposé dans votre registre…

Ah ! Mais c’est la faute de Dupuis. Beaucoup frappent à la porte de la maison d’édition et se font éjecter. Un peu comme moi, durant ma période « marchand de savonnettes ». Parfois, ils laissent passer des histoires. J’ai aidé au début de leur carrière Gilson et Dugommier. Et aujourd’hui, il y en a un qui me fait chier tellement il est bon, c’est Zidrou. Il excelle dans l’humour et m’a épaté l’année dernière avec Lydie, un très bon album réaliste. Pour moi, c’est un grand monsieur. Il promet drôlement.

Aimeriez-vous que vos séries soient reprises après vous ?

Honnêtement, je n’en ai rien à cirer. Je ne vais pas vous dire non et bloquer ainsi l’avenir des dessinateurs. Ce ne serait pas sympathique pour eux. Ils se sont investis pendant de nombreuses années sur ces séries. Mais s’il y a des reprises de mes séries, je sais très bien que l’humour et la manière de percevoir les différents univers ne seront pas les mêmes.

Qui a pu reprendre Tillieux ? Personne. Son humour lui est propre. Qui a remplacé Goscinny ? Personne. Qui pourrait faire des dialogues à la Audiard ? Personne, sauf Audiard lui-même. Je sais que les dessinateurs vont hurler lorsqu’ils liront ces lignes. Mais les séries peuvent changer de dessinateur « facilement ». Un dessinateur peut se fondre dans un style, et arriver à se rapprocher du graphisme originel. Mais on ne peut pas reprendre l’âme d’une série ! Oui, je crois que le scénario est l’âme d’une série. Une âme, cela ne se remplace pas ! La reprise de Boule et Bill par Laurent Verron est impeccable et de qualité, mais est-ce encore du Roba ? Non, c’est quelque chose d’autre. Je ne crois pas aux reprises des séries par d’autres scénaristes. Les scénaristes ont leur propre façon de penser et de raconter et c’est ça l’âme de la série.

Avez-vous encore des projets ?

Bien sûr. J’ai encore des envies. Mais ce n’est pas autant que j’ai le temps de les mener à terme. Beaucoup de dessinateurs me contactent pour me demander de leur faire un scénario. J’essaie de leur expliquer qu’il ne suffit pas de me coucher sur ma chaise longue pour que le scénario s’invente. Ce n’est pas si simple : il faut trouver un thème qui n’a pas été ou peu traité, pas trop « usé », qui intéressera le public, etc. Cela prend du temps.

Extrait des Psy - T17
(c) Bédu, Cauvin & Dupuis

Est-ce difficile pour vous de trouver une histoire, de l’écrire ?

Parfois, oui. Je me mets dans ma chaise longue avec la ferme volonté d’écrire un gag pour Pierre Tombal. Et je ne trouve rien. Je songe alors à une autre série, à d’autres choses. Et puis, une idée pour Cédric arrive. Et cela débloque ! J’essaie de ne pas rester sur un sujet si cela coince.

Jean-Claude Mézières et André Juillard disent se « battre avec leur dessin », souffrir en dessinant. L’écriture est-elle pour vous une souffrance ?

Ils dessinent, eux ! Moi, pas. Je ne souffre pas en inventant une histoire. Je m’amuse en vivant mon scénario. Si un jour cela devait être le cas, j’arrêterais tout de suite. J’ai toujours un large sourire lorsqu’une idée, une esquisse d’histoire, se dessine quand je suis dans ma chaise longue. L’écriture n’est pas un travail, c’est plutôt de l’amusement. Comme je vous le disais, en écrivant, je deviens l’Agent 212 ou Pierre Tombal. Je vis avec eux, et j’en suis heureux !

François Walthéry déclarait en décembre 2010 se trouver à la moitié du Vieux bleu et prêt à dégager du temps pour en dessiner la suite très rapidement.

Cela doit faire près de vingt ans que je lui ai donné la première moitié du scénario du deuxième tome. Celui-ci devrait contenir deux histoires de 22 planches, l’une sur les pigeons, l’autre sur le chant du coq que je dois encore écrire ! Il vous a dit qu’il était à la moitié du second album ? Ah bon, et bien moi, je n’ai pas vu grand-chose. L’année dernière, il me téléphone. On parle de tout et de rien, puis il me dit être à la planche 36 du second album du Vieux bleu. Comment pouvait-il être à la page 36, alors que je ne lui ai donné que 22 planches découpées (Rires). Il y a eu un long silence ! Il m’a répondu qu’il a ajouté des choses, qu’il a modifié le scénario. Je sais que c’est faux ! Il n’a rien fait… C’est tout François, ça. Un jour, il avait fait croire à Michel Dupuis qui a géré la maison d’édition pendant que Charles Dupuis essayait de la vendre, qu’il était à la planche 36 de son Natacha. François l’a effectivement envoyé peu de temps après aux éditions Dupuis … Mais ce que Michel Dupuis ne savait pas, c’est que François n’avait quasiment pas travaillé sur celles qui précédaient (Rires). Il est comme ça, François, mais je l’aime bien ainsi…

Raoul Cauvin songe au cinéma pour les « Tuniques Bleues ». Mais le théâtre s’est déjà emparé de l’une de ses séries : « Du Côté de chez Poje » (en 2009). Ici en compagnie de Louis-Michel Carpentier (au centre) et des acteurs de la pièce. – © Nicolas Anspach

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.


Découvrez la première et la deuxième partie de cet entretien.

Lire aussi sur actuaBD, des interviews :
- « Je sers le café chez Dupuis, cela m’inspire ! ». (Août 2009)
- « L’humour est mal vu dans la bande dessinée » (Avec Tony Laudec, Avril 2008)
- « Ce n’est pas un secret, j’ai vendu 45 millions d’albums » (Septembre 2006)

Des actualités :
- La série Cédric célèbre ses 20 ans par une expo ludique à Charleroi. (Septembre 2009)
- A ta santé, Poje », l’adaptation théâtrale de la BD de Cauvin et Carpentier (Avril 2009)
- Raoul Cauvin : quatre incunables et un missel (Novembre 2008)

Des chroniques d’albums :
- Cédric T25, T24, T23, T20, T15
- Les Tuniques bleues T54, T50, T47
- Les Psy T17, T14
- Les Femmes en blanc T24, T23
- Sammy T40, T37
- Mirliton T1
- Coup de Foudre T2
- Les Paparazzis T8

Et les interview de ses dessinateurs :
- Daniel Kox : "L’Agent 212 n’a pas été créé pour durer !" (Janvier 2010)
- Lambil : "On parle bien plus d’un auteur qui vend 5.000 albums à la nouveauté que du nouvel album des Tuniques Bleues" (Novembre 2009)
- Marc Hardy : "Rigoler de tout est un fameux purgatif !" (Novembre 2008)
- Bédu : "J’ai dû travailler pour cerner les expressions des personnages" (Avril 2008)
- Bercovici : "J’écris comme il dessine" (avec Bob De Groot, Janvier 2007)

Lien vers le Blog de Raoul Cauvin


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En médaillon : Raoul Cauvin, en 2009 (c) Nicolas Anspach

 
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20 Messages :
  • Sauf l’immense respect que j’ai pour M. Cauvin, il est extrèmement choquant de lire sa déclaration selon laquelle le scénariste est l’âme d’une série. C’est non seulement évidemment faux, mais c’est aussi insultant pour "ses" dessinateurs.

    Selon lui, le dessinateur n’est donc qu’un exécutant, aucunement indispensable ?

    Qu’il imagine "Les tuniques bleues" dessinées par Morris ou "Cédric" dessiné par Zep : serait-ce les mêmes séries ?
    L’âme d’Astérix ou celle de Tintin seraient-elles vraiment les mêmes sans le style "gros nez" d’Uderzo ou la ligne claire d’Hergé ?

    M. Cauvin peut-il affirmer que la personnalité et le style d’un dessinateur d’une série n’influent absolument pas sur les thématiques, la psychologie ou les dialogues de cette même série ? N’a-t-il donc aucune espèce d’échange créatif avec "ses" dessinateurs ? Je lui signale que Goscinny, qu’il cite en exemple, savait être à l’écoute des dessinateurs avec lesquels il travaillait : il a accepté de développer le personnage d’Obélix, créé et imposé par Uderzo, et n’utilisait pas de jeux de mots dans "Lucky Luke" parce que Morris le lui avait interdit...

    Et si Goscinny était effectivement difficilement remplaçable, son cas est-il applicable à tous les scénaristes ? Les dessinateurs Moebius, Franquin, Hergé, Pratt (pour ne citer qu’eux) sont-ils vraiment plus faciles à remplacer ?

    Dernière question : les fans d’une série préfèrent-ils pour celle-ci un changement de scénariste ou un changement de dessinateur ?

    Marc Bourgne (scénariste ET dessinateur)

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    • Répondu le 30 mars 2011 à  15:07 :

      le mot âme est un mot valise qui ne prend un sens précis que chez le récepteur.
      Espérons que Cauvin n’a pas voulu dire ce que vous avez compris.

      D’un autre côté, les dessinateurs (brillants, professionnels) qui ne pensent qu’à effacer leur personnalité pour servir leur scénariste de la façon la plus servile qui soit sont hélas nombreux... Ca fait des produit tout à fait honorables d’un point de vue artisanal mais dans lesquels on ne voit aucune "âme" d’auteur.
      C’est vrai aussi pour certains scénaristes qui piochent toujours dans les mêmes recettes en y perdant leur propre "âme"...

      encore une fois, espérons que ce grand scénariste n’a pas voulu dire ce que vous avez compris.

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    • Répondu par jean le 30 mars 2011 à  18:03 :

      "Dernière question : les fans d’une série préfèrent-ils pour celle-ci un changement de scénariste ou un changement de dessinateur ?"

      Bonjour,
      C’est un modeste (et passionné) lecteur de bd qui va répondre. Je ne suis ni dessinateur, ni scénariste... Cauvin a raison, on peut remplacer le dessinateur mais on ne peut (hélas) pas remplacer le scénariste original. Mon propos ne veut pas dévaloriser le travail énorme du dessinateur.

      Il sort beaucoup d’albums très bien dessinés, aujourd’hui, dont le scénario est aussi fin qu’une feuille de cigarette. Mais le lecteur, lui, il attend qu’on le fasse rêver, découvrir des univers différents. Aujourd’hui, je ne m’attache plus vraiment au dessin. Certains albums (traditionnels ou mangas) publiés ont des dessins assez limites mais dont les histoires sont passionnantes. Presque toutes les reprises qui ont été faites à la suite de Charlier et bien d’autres scénaristes ont été bien médiocres malgré les dessins de dessinateurs très talentueux (au revoir Barberouge, Tanguy et Laverdure et bien d’autres...). Les reprises de Blake et Mortimer sont très loin de valoir ceux de Jacob...
      Chaque scénariste a son univers particulier. Benoît Feroumont et son remarquable "royaume", Geerts et son fabuleux "Jojo" etc. Et je ne suis pas sûr que d’autres personnes puissent les égaler...
      Ce qui est fabuleux, c’est de voir l’arrivée de nouveaux scénaristes remarquables mais on ne leur donne pas toujours leur chance. L’abondance des sorties de bd fait que, même avec la liste des parutions en main, j’ai du mal à suivre mes séries ou mes auteurs favoris... De très bon albums sont noyés parmi des centaines d’autres. Ma bibliothèque comporte, hélas, beaucoup trop de t.1...

      Vous êtes un auteur-dessinateur. C’est fabuleux. Vous pouvez retranscrire directement en image votre univers. J’aime beaucoup votre série "Frank Lincoln". Votre dessin sur la série Barberouge est très bon... mais les scénarios bien éloignés de l’univers de Charlier...

      J’arrête mon propos ici. Ceux-ci n’engagent que moi, modeste lecteur... qui contribue (avec ses modestes moyens à faire vivre ses auteurs favoris de bd)

      Longue vie à Cauvin et à ses dessinateurs talentueux.

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      • Répondu par Marc Bourgne le 30 mars 2011 à  22:53 :

        Cher Jean,

        Comme vous, je préfère une BD bien écrite et moyennement dessinée à l’inverse. Mais le débat porte sur un autre sujet : l’esprit (terme que je préfère à celui d’âme) d’une série est-il créé par son seul scénariste ? Si la réponse est oui, le scénariste devient le seul auteur, le dessinateur n’étant plus qu’un exécutant. C’est l’avis du fisc français (d’où le redressement fiscal récent d’Uderzo), il est triste que ce soit aussi l’avis d’un auteur tel que Raoul Cauvin.

        Je pense pour ma part qu’un personnage ou une série ont deux créateurs, deux auteurs à part égale : le scénariste et le dessinateur. Encore une fois, imaginez n’importe quelle série avec les mêmes scénarios mais un dessin tout à fait différent (exemple absurde, le premier qui me vient à l’esprit : Valérian et Laureline dessinés par Bilal) : l’esprit de cette série restera-t-il vraiment le même ?

        Alors certes, il est plus facile de remplacer un dessinateur réaliste qu’un dessinateur au style plus personnel. Mais n’oublions pas que le dessinateur de BD n’est pas un simple illustrateur : il décide du découpage, des cadrages, de la mise en page... Et il le fait d’une façon qui lui est propre. Sur "All Watcher", je m’efforce de respecter la "grammaire" créée par Wrancken, parce que c’est là aussi que se trouve l’esprit de la série, et pas seulement dans les textes de Desberg.

        Dans le cas d’une reprise, le nouveau scénariste et le nouveau dessinateur s’efforcent généralement de rester fidèles à l’un comme à l’autre. Perrissin, qui a écrit les derniers Barbe-Rouge, n’est pas Charlier ; mais je ne suis pas non plus Hubinon. Cependant, nous avons l’un comme l’autre essayé de retrouver l’esprit des premiers albums de la série, sans pour autant chercher à en imiter les créateurs.

        Contrairement à vous, je pense qu’il est fort possible de remplacer avantageusement le scénariste original d’une série : Greg a écrit de meilleurs Spirou que ceux de Rob-Vel, Frank Miller de meilleurs Batman que ceux de Bob Kane, Sente ou Van Hamme de meilleurs Blake et Mortimer que le Jacobs de "L’affaire du collier"...

        Je me sens tout autant auteur lorsque je suis scénariste ou "simple" dessinateur. Et donc tout autant créateur de l’esprit (ou de l’âme) d’une série. La bande dessinée conjugue de façon indissociable le texte et le dessin. Nier ce postulat fondamental, c’est nier la nature même de ce medium.

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        • Répondu le 30 mars 2011 à  23:34 :

          Sente ou Van Hamme de meilleurs Blake et Mortimer que le Jacobs de "L’affaire du collier"...

          Exemple ridicule ! A cette sauce n’importe qui peut faire un meilleur Tintin que le Hergé des Picaros, alors qu’en vrai personne (mais vraiment PERSONNE) n’atteindra le génie d’Hergé.

          Sente et Van Hamme sont des faiseurs peu talentueux piochant sans vergogne chez Buchan, Hitchcock, Hergé et même Jabobs pour en sortir un produit standard pas vraiment intéressant.

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          • Répondu par Marc Bourgne le 31 mars 2011 à  09:39 :

            Cher anonyme,

            C’est amusant : pour démontrer le ridicule de mon exemple, vous donnez vous-même un excellent exemple qui démontre exactement la même chose que le mien !

            Bien sûr que Hergé et Jecobs étaient des génies, et que Sente et Van Hamme ne le sont pas. Ceci dit, reprocher à ces deux derniers de "piocher sans vergogne" chez Jacobs est absurde puisqu’ils reprennent justement une série du même Jacobs. Quant à les attaquer sur leurs influences ou sources c’est oublier un peu vite que Hergé ou Jacobs ont eux-mêmes pillé Jules Verne ou H-G Wells (entre autres).

            Mais encore une fois, le débat n’est pas là. On débattait de l’âme d’une série qui appartiendrait au scénariste seul et non au dessinateur. D’ailleurs, je remarque que Ted Benoît, André juillard et les autres dessinateurs de "Blake et Mortimer" sont épargnés par votre vindicte, et je me demande un peu pourquoi.

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    • Répondu par Fred le 31 mars 2011 à  11:08 :

      Bonjour,

      chaque scénariste à sa "patte".

      Je ne suis pas un spécialiste de Spirou, mais c’est l’une des séries qui a le plus connu de scénaristes (il me semble) avec plus ou moins de succès ... il suffit de lire les forums pour se rendre compte de l’inégalité de satisfaction du scénario.

      Donc, je pense que ce qu’à voulu dire Raoul, c’est que son âme, sa touche personnelle, disparaîtrait.
      On peut copier un dessin (Roba / Verron par ex.), mais peut-on copier une vue de l’esprit, un imaginaire ?
      Je fais partie de ceux qui pensent que non.

      Fred
      (site des Tuniques Bleues)

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      • Répondu par Marc Bourgne le 1er avril 2011 à  00:52 :

        Chaque dessinateur a aussi sa patte.
        On peut copier cette patte (je suis bien placé pour le savoir) mais les connaisseurs verront la différence.
        Je ne vois vraiment pas pourquoi on ne pourrait pas aussi copier la patte d’un scénariste, même sans l’égaler.

        Votre argument est qu’un scénario est "une vue de l’esprit, un imaginaire". Certes. Mais alors, selon vous, le dessin, lui, d’où vient-il ? Ne serait-ce pas, par hasard, de l’imaginaire du dessinateur ?...

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  • Les 6 petits récits notamment sur les médecins légistes (votre illustration) ne sont pas totalement( ni partiellement d’ailleurs) inédits puisqu’ils ont été publiés dans Spirou ! Est-ce à dire que la publication en revue compte pour du beurre ? Ils l’ont été sous la forme légendaire des mini-récits, à fabriquer soi-même.

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  • "Je sais que les dessinateurs vont hurler lorsqu’ils liront ces lignes. Mais les séries peuvent changer de dessinateur « facilement »." en effet, ils vont hurler ! Cette logique de dessinateur-caméra que les scénaristes du type Cauvin, Van Hamme, Dufaux (une même génération) ont adoptée est navrante.C’est le degré zéro de la collaboration. Quelle belle image que ces dessinateurs rivés à leur fax...

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    • Répondu par Bras KC le 30 mars 2011 à  14:39 :

      Pourquoi hurler, alors que c’est ce qui arrive le plus souvent, surtout en dessin réaliste ! Le dessinateur est malade, hop, en 2 temps 3 mouvements un clone prend sa place ! Perso, un bras cassé m’a couté la suite de ma colllaboration,
      ce ne sont pas soeurs de charité aux commandes, ne l’oubliez jamais

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      • Répondu le 31 mars 2011 à  09:54 :

        Si j’ai bien compris votre message, vous êtes dessinateur et vous avez été débarqué d’un projet et remplacé parce que vous étiez provisoirement indisponible... Cela me stupéfie, et m’inspire quelques questions :

        Qui était votre éditeur ? Ceux que je connais ne sont pas (et heureusement !) des "soeurs de la charité", mais ce ne sont pas des monstres !

        Et votre scénariste, qui était-il ?

        Aviez-vous un contrat d’auteur ? Si oui, je ne vois pas comment on a pu débarquer le co-auteur d’une série ou d’un album.

        Avez-vous fait appel au syndicat des auteurs ?

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      • Répondu par philippe Capart le 31 mars 2011 à  10:48 :

        Salvé a été remplacé à son décès (et en plein album) par Lambil, il n’est pas impossible que la déprime qui s’exprime dans les "Pauvre Lambil" soit une expression de ce sentiment d’"interchangabilité" de l’artiste (ici du dessinateur) dans la série commerciale. Ce sentiment de se glisser dans les chaussures d’un autre (dans ce cas-ci d’un mort).

        Répondre à ce message

        • Répondu par Oncle Francois le 31 mars 2011 à  20:26 :

          Je ne partage pas votre hypothèse tout à fait personnelle. Avant sa reprise des Tuniques bleues, Lambil végétait avec une série réaliste australienne, mettant en scène un jeune blond australien (Sandy) et son kangourou apprivoisé et intelligent (Hoppy : à l’époque, les bobos ne mangeaient pas du steak de kangourous). Sympathique, la série se retrouvait régulièrement en fin des favoris du référendum Spirou, et je crois bien que Monsieur Dupuis n’en a jamais fait d’albums.

          Donc la reprise des Tuniques bleues est en fait un drâme qui a transformé (en mieux) la vie de Lambil, puisque la série est devenue un vrai best-seller. Cordialement !

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          • Répondu par Matthieu V le 31 mars 2011 à  21:30 :

            Erreur, mon cher oncle ! Sandy a ete publie dans un album en 1984, Du Béton dans le désert Suivi de Un Rayon de lune Et La Nuit de Munga downs. Je me souviens encore de cette histoire de dalle-arche de Noe extraterrestre...

            Quand au palmares des lecteurs de Spirou, heuuu... il faut toujours se mefier des sondages.
            Ceci dit, Willy Lambil a tellement bien adopte et adapte les tuniques bleues pour que beaucoup de gens ne se rendent plus compte que Salverius en etait le dessinateur original. Un peu comme Franquin avec Spirou.

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          • Répondu par philippe Capart le 1er avril 2011 à  09:36 :

            Ce que vous dites n’infirme pas mon hypothèse mais rajoute un élément qui peux expliquer la neurasthénie de Lambil : la série "Sandy et Hoppy" (sur voie de garage) et la reprise du dessin d’une série à la mort d’un de ses amis. Quand aux Tuniques Bleues de Salvé, elles n’ont pas grand chose à voir avec celles de Lambil, ce sont deux créations très différentes malgré un même scénariste...

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  • J’hallucine en voyant le peu d’engagement de Cauvin pour défendre une série qu’il voudrait voir continuer (Coup de Foudre).
    S’il le voulait vraiment, il dirait à Dupuis : "ok vous voulez pas publier un nouveau tome ? bin je vais prendre tout mon temps avec mes autres séries, voire les suspendre tant que vous revenez pas sur votre décision. Vous faites pas d’effort, bin pourquoi moi j’en ferais ?"
    Il a un poids énorme chez eux, il pourrait se permettre ce genre de fantaisie, mais il ne le fait pas ! oui trop gentil sans doute. On va dire ça.

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  • J’ai toujours au travers la gorge le fait que Coup de Foudre n’ait pas été accompagné par Dupuis.

    Le dessinateur Deth n’a jamais été soutenu par Dupuis, les séries L’envahisseur, les Zorilles et donc Coup de foudre ont été tuées dans l’oeuf, c’est dommage il a beaucoup de talent mais il doit se publier lui-même.

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  • Vu de loin (suis pas du metier), c’est amusant ce debat : Cauvin l’avait deja projete dans un gag de Pauvre Lampil. Lui et Lampil passaient devant Monsieur Dupuis pour demander une augmentation. Mr Dupuis repondait qu’il n’augmenterait que le createur le plus meritant... s’en suivait une dispute homerique entre dessinateur et scenariste. Et le scenariste reprenait justement le theme de l’ame du livre...

    ... inutile de dire que l’un et l’autre sont sorti du bureau sans augmentation. Monsieur Dupuis les a bien eu !

    Est-ce que Cauvin l’a fait expres, histoire de voir si son histoire collait toujours a la realite ?

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    • Répondu par Sergio Salma le 31 mars 2011 à  15:42 :

      Raoul Cauvin néglige un élément dans sa réflexion ( qui n’a sans doute pas voulu avoir cette portée méprisante ,c’est le danger de l’écrit et d’une retranscription littérale).

      La plupart des créateurs ( scénaristes ou auteurs complets) qui sont entrés dans l’histoire ont une particularité : ils évoluent sans cesse . Rien à voir entre les Spirou et Fantasio de Franquin en 1952 et ceux 10 ans après par le même Franquin. Idem pour Hergé , Tintin et le lotus bleu c’est pratiquement une autre série que la lune ou les bijoux. Pour y trouver une "âme " commune, faut vraiment chercher. Cette "âme" ( ce mot a une connotation religieuse qui me plaît pas trop ) est plutôt affaire de technique et de talent. Des séries-télé géniales sont toujours l’oeuvre de plusieurs scénaristes. L’âme de la série ils la peaufinent à chaque épisode.

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