Refuznik : URSS, l’impossible départ - Par Renaud Penelle et Flore Talamon - Editions Steinkis

4 mai 2019 0 commentaire
  • Alors qu'une exposition au Grand Palais revient sur l'effervescence artistique née (puis étouffée!) de la Révolution Russe de 1917, cet album décrit de l'intérieur le difficile parcours d'une artiste rebelle et juive dans l'URSS des années 1970.

Refuznik : s’il a désigné aussi par transitivité les objecteurs de conscience israéliens (une bonne partie de la population est d’origine russe, il est vrai) qui refusaient de servir dans Tsahal, l’armée d’Israël. notamment dans les territoires palestiniens occupés, ce vocable est surtout issu de la Guerre Froide et reste attaché aux personnes juives dont le visa d’émigration était refusé par les autorités de l’Union soviétique.

Dans ce copieux roman graphique, les auteurs nous décrivent l’itinéraire de l’une d’entre elles : Bella Goldberg, originaire d’Ukraine, alors partie intégrante de l’URSS de Staline.

Bella cumule les « handicaps ». Juive et artiste sont deux particularités mal vues dans les années 1950-60 dans l’empire russe, une période où toute démarche artistique innovante et personnelle éloignée du réalisme soviétique est jugée comme « dégénérée ». Son caractère rebelle ne tarde pas à lui attirer de sérieux ennuis. C’est par la sculpture que la jeune femme va trouver sa voie. Placée dans l’impossibilité de vivre son statut d’artiste indépendant dans la société soviétique de l’époque, victime de brimades antisémites, et en conflit permanent avec sa famille ; Olga choisit l’exil pour Israël.

Difficultés administratives, incompréhension de ses proches, malaise et émotions de l’artiste ; rien ne nous est épargné de ce qui s’apparente alors à un véritable chemin de croix. Enfin arrivée dans cet univers moins gris, la jeune femme découvrira néanmoins que les choses ne sont pas si simples. Elle continuera de lutter avec opiniâtreté pour exister comme artiste et comme individu...

Refuznik : URSS, l'impossible départ - Par Renaud Penelle et Flore Talamon - Editions Steinkis

Nerveux et d’inspiration expressionniste, le trait de Renaud Penelle restitue avec justesse les tensions qui agitent l’héroïne. La peur, la violence des brimades, la pression d’une bureaucratie aveugle et implacable sont exprimées de manière plus sensible que militante.

Le dessinateur, dont les premiers albums furent publiés chez Emmanuel Proust est coutumier des personnages atypiques. On lui doit notamment un remarquable « Fourmis dans les jambes » témoignage optimiste et décontracté sur la sclérose en plaques ou encore Vénus Noire, roman graphique consacré à une esclave noire difforme et exhibée sur des scènes dont le cinéaste Abdellatif Kechiche tira le film éponyme.

Flore Talamon, ancien cadre reconvertie dans l’écriture de romans pour la jeunesse, retrace l’itinéraire compliqué de cette artiste victime des préjugés et d’une certaine conception de l’art officiel. Présenté comme une interview de l’intéressée, ce roman graphique riche en références et aux préoccupations pédagogiques affirmées a le mérite de nous rappeler une époque un peu oubliée, celle où le pouvoir menait la vie dure aux artistes. Une période entièrement révolue ?

(par Patrice Gentilhomme)

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Illustrations © Éditions Steinkis

Exposition "Rouge" au Grand Palais, 3 Avenue du Général Eisenhower 75008 Paris. Jusqu’au 1er juillet 2019.

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