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Régis Hautière :"Il existe peu de BD sur la Première Guerre mondiale mettant en scène des enfants"

  • Après avoir collaboré au récit "le Loup, l'agneau et le chien de guerre" publié chez Paquet, Régis Hautière et Vincent Lemaire (dit Hardoc) reforment leur duo pour la Guerre des Lulus. Une histoire en quatre albums dans la lignée du Club des Cinq et de la Guerre des Boutons.

Quelle a été la genèse de ce projet ?

Régis Hautière : À la base, il y a une discussion avec une amie, Marie-Luz Ceva, qui était directrice de la communication à l’Historial de Péronne, un musée consacré à la Grande Guerre. Elle me faisait remarquer que, dans la boutique du musée, il y avait de nombreux romans jeunesse se passant durant la Première Guerre mondiale mais il n’y avait aucune bande dessinée pour enfants ou lisible par des enfants. Sa remarque m’est restée à l’esprit.

Un jour, un dessinateur m’a demandé un scénario. J’ai repensé à cette histoire et j’ai concocté un récit se déroulant durant cette période troublée, mettant en scène des enfants. Mais le projet ne s’est pas réalisé avec ce dessinateur car le sujet l’effrayait. Par contre, Hardoc s’est montré très intéressé par mon scénario ! Ça lui parlait, d’autant plus que les enfants étaient au centre de l’histoire. Nous avons d’abord fait une petite histoire de quatre pages intitulée "Jeux de guerre", qui a été publié dans la BD Cicatrices de guerre(s) [1], un album collectif consacré à la Guerre 14-18. Ça nous a servi de banc d’essai : Hardoc a pu peaufiner son dessin d’enfants et moi j’ai pu tester mes dialogues, adaptés au langage enfantin. L’essai a été confirmé et nous avons embrayé sur La Guerre des Lulus.

Régis Hautière :"Il existe peu de BD sur la Première Guerre mondiale mettant en scène des enfants"
La Guerre des Lulus - Hardoc & Hautière (c) Casterman

Au début, nous étions partis sur un gros one-shot d’une centaine de pages ou un diptyque, mais en parlant avec l’éditeur, nous avons décidé d’en faire une série de quatre albums dont chaque tome serait consacré à une année du conflit.

Hardoc, comment avez-vous abordé graphiquement cet album ?

Hardoc : Bien que l’histoire se déroule pendant la guerre, les protagonistes sont surtout les enfants ! Il fallait donc qu’ils soient reconnaissables, identifiables graphiquement et psychologiquement. Pour le second aspect, Régis s’en est occupé mais au niveau graphique, je leur ai donné comme première caractéristique qu’ils aient tous des tailles différentes, un peu comme les Dalton. Je voulais aussi les faire évoluer, les faire grandir. J’ai mis aussi beaucoup de soin à reproduire leur environnement qui est un décor rural, ainsi que l’ambiance de l’époque. J’ai grandi à Amiens et je connais bien ces décors faits de torchis, de pierres, etc. Enfin, la Guerre de 14, c’est tellement loin mais en même temps, c’est très proche. Toutefois, que ce soit en France ou en Belgique, les traces de ce conflit ont pratiquement disparu dans la nature. Cela me plaisait de retranscrire tout cet univers d’un autre temps.

Quelques extraits de la Guerre des Lulus.
Hautière & Hardoc - Casterman

Comptez-vous évoquer ce conflit meurtrier dans votre histoire ?

Hautière : Oui mais, on ne sera jamais totalement dans la guerre ! On aura surtout le point de vue des Lulus. La guerre sera montrée à travers des articles de journaux et aussi via les rencontres que les enfants feront, etc. Nos personnages se rendront rapidement compte que cette guerre durera beaucoup plus longtemps que ce qu’en disaient les journaux de l’époque.

Vous introduisez aussi une petite fille dans ce groupe de garçons et cela ne sera pas toujours évident à gérer pour les Lulus. De manière générale, considérez-vous l’élément féminin comme fédérateur ou clivant ?

Hautière : C’est à la fois fédérateur et perturbateur. Nous avons un groupe de personnages qui sont unis par le fait qu’ils partagent la même chambre et qu’ils sont tous des Lulus. C’est vrai que l’arrivée de Luce va un peut perturber leurs habitudes, d’autant qu’au fil de l’histoire, nos protagonistes vont grandir, passant de l’enfance à l’adolescence et de l’adolescence à l’âge adulte. Luce aussi va changer. Sa féminité va s’affirmer. Son corps va se transformer et les Lulus se mettront à la regarder différemment, ce qui sera aussi un élément de tension entre eux. Voilà pour l’aspect perturbateur. L’élément fédérateur sera le pacte qu’ils ont conclu entre eux. Ils se sont promis de la protéger et cela va les unir et surtout, les motiver à rester soudés.

Hardoc, participez-vous aussi à l’écriture du scénario ?

Hardoc : Non. Régis s’occupe vraiment de toute la partie histoire et des dialogues. De mon côté, je m’occupe du graphisme : ça va du story-board au découpage, en passant par les cadrages et tous les éléments de mise en scène. C’est vraiment dans ces moments là que l’échange se fait vraiment.

Hautière : Sans parler d’intervention, son dessin va influencer l’histoire. Par exemple, je peux m’impliquer autant que je veux dans tel ou tel personnage, leur caractère sera aussi façonné par l’aspect visuel que leur aura donné Hardoc. C’est pareil aussi pour l’histoire. Hardoc peut aussi avoir des envies graphiques non prévues à l’origine mais que je serais tenté d’exploiter dans le scénario.

Hardoc : Il y a une interaction inconsciente entre nous en permanence. Nous arrivons à nous comprendre sans que nous ayons nécessairement besoin de l’exprimer par des mots.

On sent aussi une volonté de ne pas vouloir donner une image trop manichéenne de ce conflit, notamment à travers l’Allemand que les Lulus rencontreront au cours du récit.

Hautière : Oui, c’est exact. Au niveau scénaristique, cette rencontre est logique car nous sommes du côté allemand du front et c’est normal qu’ils en rencontrent. Mais effectivement, je n’avais pas envie de tomber dans le cliché des « méchants Allemands contre les bons Français ». Peut importe l’uniforme, ce sont avant tout des hommes. Sans vouloir dévoiler le reste de l’histoire, il est très envisageable que les Lulus tombent aussi sur des mauvais Français (rires).

Votre éditeur Casterman semble vraiment soutenir votre BD. Connaissez-vous le tirage de ce premier album ?

Hautière : On ne sait pas vraiment à combien d’exemplaires est tiré la Guerre des Lulus. C’est une question que nous ne lui avons pas encore posée. Par contre, c’est vrai que nous sentons une réelle motivation de Casterman de soutenir notre album et cette histoire. On sent qu’ils y croient.

Hardoc : Cela vient de toute l’équipe.

Hautière : C’est vrai ! J’ai discuté récemment avec des employés de Casterman avec qui j’avais travaillé sur d’autres projets et ceux-ci étaient vraiment enthousiastes. Ça fait plaisir à voir !

Surtout lorsque l’on connaît la situation du marché de la BD. Cela ne vous inquiète pas trop ?

Hautière : Si, c’est inquiétant parce que cela touche toutes les BD, même les blockbusters ! Il faut savoir que beaucoup d’auteurs vivent des avances sur droit. En ce qui me concerne, je touche mes droits d’auteurs parce que j’ai la chance d’avoir quelques BD qui ont bien marché mais j’espère que c’est juste une passade et que les choses se rétabliront d’elles même.

Hardoc : De toute façon, nous ne sommes pas maîtres de la situation, au contraire ! Nous en parlons entre nous mais aucun n’a de solution à l’heure actuelle. C’est pour cela que le soutien de notre éditeur Didier Borg sur la Guerre des Lulus est important car notre BD a une bonne visibilité.

(par Christian MISSIA DIO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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(c) Casterman

[1publié aux éditions la Gouttière.

 
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