Renaud Dillies : "Je n’essaie pas d’être original, mais d’être moi-même."

8 février 2019 0 commentaire
  • Auteur de bandes dessinées depuis une bonne dizaine d'années, Renaud Dillies est principalement connu pour ses collaborations avec Régis Hautière sur "Abélard" et "Alvin". Il a tenté en 2018 une première incursion dans la BD jeunesse avec "L'Émouvantail" aux éditions de la Gouttière. L'album s'est révélé un franc succès, et nous avons interviewé l'auteur alors qu'il était de passage à Angoulême.

Qu’est-ce que « l ’Émouvantail » ?

Le nom en lui-même résume déjà toute la problématique qu’il y a autour de cet épouvantail. Il a évidemment été construit par un fermier pour protéger sa récolte, sauf qu’il a construit son épouvantail avec cœur et lui a donné la vie, ce qui est fort bien. Cependant, ce qui est problématique, c’est que faire peur, ce n’est pas trop son truc et les oiseaux, il les trouve bien sympathiques. Il ne comprend pas ce qu’il doit faire. Voilà la problématique, comment faire pour ne pas se faire démonter par le fermier s’il continue comme ça ?

Renaud Dillies : "Je n'essaie pas d'être original, mais d'être moi-même."
N’est pas épouvantail qui veut.
© Éditions de la Gouttière

Comment est né le projet ? Que vouliez-vous raconter ?

Cela m’est venu assez naturellement. L’Émouvantail m’est venu dans un carnet de croquis un peu comme ça. Il est apparu, puis j’ai commencé à le décliner. J’ai vu une petite séquence où je le voyais parler avec des oiseaux et je trouvais ça assez amusant, ce contraste qu’il y a entre l’épouvantail qui doit faire peur aux oiseaux et n’y arrive pas. Enfin, ce n’est même pas qu’il n’y arrive pas, mais il ne veut pas, cela ne lui passe pas par la tête.

J’ai imaginé ensuite un chat, qui lui explique comment fonctionnent les choses, et que le fermier va le démonter s’il ne fait pas fuir les oiseaux. Il lui fait un peu la morale. L’Émouvantail se demande : est-ce que je suis obligé de suivre ce que l’on me demande de faire ? Est-ce que je ne peux pas moi-même choisir ? C’est ça le sujet, trouver qui l’on est et s’affirmer. C’est un format de 32 pages à l’italienne, et je devais aller à l’essentiel, mais je tenais à ce qu’il y ait un fond un peu plus général, universel.

Il y a une certaine inspiration du magicien d’Oz, non ?

On peut y voir ça aussi. C’est vrai qu’on a un épouvantail vivant qui recherche un cœur, c’est un peu différent, mais il y a surement une inspiration inconsciente. Une influence un peu contes et légendes.

Rechercher sa place dans le monde, un problème qui concerne même les épouvantails.
© Éditions de la Gouttière

Pourquoi l’émouvantail ?

C’est une anecdote assez amusante. Un ami me demandait sur quoi je travaillais, et je lui dis « c’est l’histoire d’un émouvantail » et là il me coupe et me dit, l’émouvantail c’est sympa, et je lui réponds que je n’ai pas dit cela, mais en fait si. J’ai fait un lapsus qui m’a fait découvrir le nom qui est ensuite devenu le titre de l’album.

L’album est en tout cas un véritable succès !

Il reste 5 exemplaires sur le festival ! Ils ont fait les libraires du coin pour en trouver, la Gouttière est ravi et en est étonné, ils n’avaient pas prévu un stock énorme. J’avais déjà eu très rapidement des retours positifs, et je suis assez étonné parce que j’ai des gens qui ne connaissent absolument pas mon travail et qui sont venus m’en parler. Le public jeunesse n’est pas du tout le même public que la bande dessinée classique.

Un drôle d’épouvantail qui est loin de vouloir effrayer les oiseaux...
© Éditions de la Gouttière

Première collaboration avec la Gouttière, premier album à l’italienne, premier album jeunesse, cet album est un petit séisme pour vous, comment cela s’est passé ?

Je connaissais le travail de la Gouttière, j’aime vraiment ce qu’ils font et j’ai trouvé ça très inspirant. J’ai amené tout le découpage, dialogues etc. J’ai été très libre, il y a eu quelques discussions sur certaines tournures de phrases mais c’est tout. J’ai eu envie d’en faire un album à l’italienne, et c’est là que j’ai présenté le projet, c’était vraiment une volonté de ma part.

Ça me changeait de mes habitudes plus classiques et c’est amusant parce que cela induit une mise en case particulière et je voulais vraiment exploiter cela. Le fait de faire un épouvantail planté dans un champ, je voyais vraiment des panoramiques. Cela offre d’autres possibilités, je l’ai pris comme un jeu. Je n’essaie pas d’être original mais d’être moi-même, mais du coup en étant moi-même, je pense être original. Je vais essayer d’aller encore un peu plus loin.

C’est difficile de faire de la jeunesse ?

Je n’ai pas eu ce sentiment, c’est vraiment un plaisir, et c’est pour cela que j’en fais un second. C’est mon premier album défini jeunesse, mais ce ne sera pas le dernier. Il faut faire attention à ce que l’on dit, mais je ne me suis pas trop posé la question de savoir pour qui ça allait être. Il y a plusieurs lectures possibles, un adulte y verra quelque chose et un enfant déjà se fera aussi plaisir et y verra quelque chose de différent.

© Éditions de la Gouttière

Vous avez toujours autant de mal à dessiner des humains ?

Je ne sais pas, j’ai déjà essayé, mais je ne me sens vraiment pas à l’aise, et je me suis déjà caché derrière le fait que je me disais « je n’y arrive pas ». Mais je pense plus simplement que je n’en ai pas envie. À l’heure qu’il est, cela ne me tente pas. Mais il ne faut jamais dire jamais ! L’Émouvantail, ça reste animalier, mais on a un personnage un peu humain. C’est toujours de l’anthropomorphisme mais moins animal.

Toujours pas d’humain, mais alors pourquoi un épouvantail ?

Il est vraiment arrivé comme ça, et je l’ai trouvé très sympathique, après peut-être que j’ai un problème à dessiner les humains, même le fermier est hors champs, c’est dans un monde humain, sauf qu’on n’en voit pas un seul. Mais par contre les émotions sont très humaines. J’aime ce décalage : faire parler un chat, des oiseaux et un épouvantail, c’est vraiment un conte, je commence d’ailleurs par « Il était une fois ».

Quels sont vos prochains projets ?

Je suis actuellement en train de refaire un autre album, sur l’Émouvantail. Ça n’était pas prévu à la base, mais ce personnage m’a tellement plu, m’a tellement amusé que j’ai eu l’idée d’une autre histoire. Elle démarre peu de temps après la première, et il se demande s’il est vraiment le seul et unique Émouvantail. C’est vraiment la base mais je ne veux pas trop en dévoiler, je vais creuser ce personnage et l’emmener dans de nouvelles aventures. Il sera terminé et publié pour juin 2019.

Je travaille aussi un peu avec Régis Hautière sur d’autres projets. On avait l’idée d’un polar, mais on va un peu le mettre de côté. J’ai aussi d’autres idées à développer, mais pas en jeunesse, plutôt en ado-adulte.

Le seul et unique Émouvantail, mais l’est-il vraiment ?
© Éditions de la Gouttière

Remerciements à Renaud Dillies et Nicolas Mallet.

(par Vincent SAVI)

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L’Émouvantail - Par Renaud Dillies (scénario et dessin) & Christophe Bouchard (couleurs) - Éditions de la Gouttière - 32 pages - 10,70 euros - Sortie le 18 janvier 2019 - 32 pages.

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