Rencontre avec l’auteur de "mangas français" Shonen

16 juillet 2016 0 commentaire
  • Shonen, le discret mangaka français au trait explosif s'est confié à nous à l'occasion de sa venue pour promouvoir Outlaw Players, sa nouvelle série aux éditions Ki-oon. Nous fumes quatre journalistes conviés par l'éditeur {{Ki-oon}} pour interviewer simultanément le mangaka français {{Shonen }} en présence de son éditeur {{Ahmed Agne}}. J'ai donc tâché de retranscrire au mieux cette rencontre à six en prenant le soin de préciser les questions exclusives de mes confrères de Manga Sanctuary et des Illuminati ainsi qu'une de mes interrogations en tant que {Goûteur Culturel} à la fin de cet article.

Comment êtes-vous devenu mangaka ? C’était une vocation pour vous ?

Shonen  : En fait je voulais devenir concept artist pour le jeu vidéo mais les Humanoïdes Associés m’ont proposé de dessiner une série pour eux, j’ai accepté et au final je n’ai plus lâché le manga : j’ai dessiné deux séries pour eux, une pour Pika et maintenant je suis sur Outlaw pour Ki-oon.

Au sujet d’Outlaw Players, c’est un manga qui parle de jeux vidéo et de réalité virtuelle qui sort après un E3 où elle a été à l’honneur. Dans votre œuvre elle est très avancée mais que pensez-vous de son utilisation actuelle ? Suivez-vous l’actualité gaming ?

Shonen  : Je suis fan de jeux vidéo et j’ai toujours été passionné par ce média. Pour l’instant, concernant la VR, il manque surtout les sensations. Je suis impatient qu’on dépasse le côté démo technique pour faire de vrais jeux l’exploitant à fond.

Pour vous, doit-on continuer à utiliser le terme "Manfra" quand un français dessine un manga ? Quelles sont les principales différences, s’il y en a ?

Shonen  : Je suis pour le bannissement de ce terme (rires). Les principales différences concernent pour moi les spécificités culturelles des artistes, comme l’humour et les références par exemple.

Rencontre avec l'auteur de "mangas français" Shonen

C’est pour ça que vous avez choisi de dessiner Outlaw Players dans le sens de lecture japonais ?

Shonen  : En fait, c’est un choix de mon éditeur.

Ahmed Agne : Oui, notamment pour ne pas casser les codes du manga pour le lectorat français mais aussi dans le but de faciliter la vente de la série au Japon.

À propos de Japon, Outlaw Players a bénéficié d’un trailer démentiel réalisé par les studios Gonzo, pourquoi ce choix ? Comment ça s’est passé niveau collaboration avec eux ?

Ahmed Agne  : Je pense que pour pouvoir promouvoir des auteurs français il faut réussir à démolir les murs entre manga français et manga purement japonais. Dépasser les préjugés en ajoutant une couche japonaise en plus en quelques sortes et la réalisation d’un trailer était une envie de longue date.
Pour la méthode de collaboration, Shonen a fait les concept arts et dessiner les personnages dans toutes les positions (NDLR : comme pour les blue prints de jeux vidéo) à la base en noir et blanc. De notre côté, nous avons démarché les studios japonais avec un premier tome traduit exprès pour qu’ils s’imprègnent de l’atmosphère.

À quel rythme comptez-vous sortir les tomes d’Outlaw Players ?

Ahmed Agne : En fait les quatre premiers tomes sont déjà travaillés, nous voulions un enchaînement rapide et un rythme de parution proche du manga. En plus de ça, on a la chance d’avoir un dessinateur super rapide !

Et comment vous êtes-vous rencontrés ? (Les Illuminati demandèrent si c’était à l’occasion de la participation "incognito" de Shonen au tremplin manga Ki-oon)

Shonen  : J’ai participé sans le dire à Ahmed pour faire un test personnel et savoir si mon style était reconnaissable (rires).

Ahmed  : En fait on s’était déjà rapprochés à ce moment-là mais je ne savais pas qu’il participait et quand je suis tombé sur ses planches, j’ai tout de suite su que c’était lui, je l’ai appelé directement (rires).

Si Outlaws Players est un webcomic de 2002 à la base, il s’agit tout de même de votre premier projet solo. Quelles sont les difficultés ?

Shonen  : C’est bien plus difficiles que de juste dessiner car il y a énormément d’étapes supplémentaires avec l’écriture.

Tout à l’heure vous parliez de différences essentiellement culturelles entre mangas français et japonais. Outlaw Players est un manga très bavard -dans le bon sens du terme- et blindé de références avec un humour très frenchy. Comment travaillez-vous ces dialogues ? Vous n’avez pas été tenté d’adopter une approche plus japonaise à ce niveau ?

Shonen  : Je passe par trois étapes pour l’écriture de mes dialogues : au moment de l’écriture du script, du lettrage et juste avant l’envoi des planches pour la correction. Je me relis à chacune de ces étapes et opère les modifications nécessaires. Comme je travaille en chapitres, à la fin je relis le tout pour vérifier la fluidité. Je souhaite garder un humour frenchy pour –par exemple– dépayser le public japonais s’il y jette un œil.

Questions/réponses en vrac

En relisant les différentes œuvres de Shonen pour préparer l’interview, j’avais cru déceler –en plus de celle évidente de Oh Great ! (Enfer et Paradis, Air Gear...)– une filiation avec la dessinatrice japonaise Yamada Akihiro (Chroniques de la guerre de Lodoss - La Dame de Falis) au niveau de la gestion des ombres, notamment sur les créatures monstrueuses. Shonen saisit la (vieille) référence mais répondit qu’il n’avait pourtant pas été inspiré par la dessinatrice.

Nos confrères des Illuminati souhaitèrent savoir s’il y avait eu ou non une influence de mangas comme .hack, Sword Art Online et Log Horizon sur l’auteur dans son écriture d’Outlaw Players. Shonen expliqua qu’il ’avait pas lu et regardé ces deux mangas et leur animés. Il ne les avait découverts que très récemment, lorsque des rapprochements avaient été faits entre son œuvre et celles-ci. Pour lui, il ne s’agit que d’un hasard des influences communes. De plus il existe, selon lui, de réelles différences dans les approches, car Outlaw Players est focalisé sur le jeu, à la différence de Sword Art Online qui s’intéresse à la vie réelle des personnages et est plus porté sur l’action que Log Horizon.

Enfin, notre confrère de Manga Sanctuary a demandé plus de précisions sur le profil gaming de Shonen, vu les références maîtrisées présentent dans Outlaw Players. La réponse de l’auteur acheva de confirmer son amour pour le jeu vidéo, celui-ci ayant possédé les générations successives de consoles avec une grosse tendresse pour la Super Nes (NDLR : Super Nintendo en France), et la série Final Fantasy, notamment.

Une rencontre avec un auteur passionné et passionnant qui confirme le désir de la maison d’édition Ki-oon d’ouvrir un horizon plus vaste aux mangakas français : d’une part au niveau national dans l’imaginaire des lecteurs, en abolissant les frontières avec les œuvres japonaises et d’autre part, en préparant au mieux leur arrivée sur le marché japonais en soignant le format et les spécificités culturelles propres qui constituent de réelles valeurs ajoutées.

La "French Touch" était un des maîtres mots de cette édition 2016 de la Japan Expo et c’est avec les initiatives d’éditeurs et d’auteurs comme Ki-oon et Shonen que cette "tendance" se rapproche petit à petit du statut de véritable (r)évolution dans le paysage de la bande dessinée française.

Documents

(par Fabrice FADIGA)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

Commander cet ouvrage sur Amazon ou à la FNAC

  Un commentaire ?