Rentrée 2013 des petits labels (2/3) - Du choix et de la qualité

31 août 2013 0 commentaire
  • Çà & Là, Delirium, Tanibis, Magnani, Michel Lagarde... Continuons le tour d'horizon des petits labels à la rentrée 2013. Entre découverte et expérimentation, leur production ne démérite pas.
Rentrée 2013 des petits labels (2/3) - Du choix et de la qualité
L’été des Bagnold par Joff Winterhart (septembre)
Ed. Çà & Là

Rentrée chargée pour Çà & Là qui continue à explorer avec un talent consommé le domaine de la bande dessinée internationale, principalement anglo-saxonne.

Alors que certains en sont à se repasser sur Facebook les photos de vacances en lâchant des soupirs, l’Anglais Joff Winterhart raconte, dans L’Été des Bagnold (septembre), l’histoire d’un jeune ado de 15 ans coincé avec sa mère pendant six semaines en été en lieu et place des vacances promises avec son père en Floride. L’horreur. Un face à face qui vise juste et qui mesure avec précision le fossé qui sépare certains parents de leur progéniture.

Le Finlandais Ville Ranta nous offre aussi une récit sur le temps qui passe, avec Sept Saisons (octobre). Nous sommes au XIXe et la société finlandaise est aussi ankylosée par le froid que par la rigueur luthérienne. Une liaison romanesque entre une femme libre, Maria Piponius, et le journaliste Hans Nyman, qui aspire à devenir pasteur, va réchauffer le cœur des amants et enflammer l’esprit des plus rigoristes.

Annie Sullivan & Hellen Keller (octobre)
Ed. Çà & Là

Le dessinateur étasunien Joseph Lambert s’intéresse aux figures d’Annie Sullivan, la fameuse gouvernante d’Helen Keller, cette écrivaine féministe née sourde et aveugle. Ce sujet, qui a déjà fait l’objet de plusieurs films, est abordé avec minutie dans Annie Sullivan et Helen Keller qui paraît en octobre, toujours chez Ça & Là.

Ceux qui connaissent les expériences surréalistes d’écriture automatique de Soupault et Breton se pencheront avec intérêt sur B + F par Gregory Benton (en médaillon de l’article, chez Ça & Là, novembre) qui nous raconte une histoire aux contours curieux : "Le lecteur suit les pérégrinations d’une femme nue et d’un énorme chien jaune sur une planète dotée d’une flore luxuriante, peuplée de créatures dangereuses et de tribus sauvages. Couleurs éclatantes, récit sans parole, les somptueuses planches au grand format happent le regard et plongent le lecteur dans un enchaînement de péripéties où le dessin rond, presque disneyien, et les couleurs flamboyantes contrastent avec la violence de certaines situations" nous dit l’éditeur.

Mes Cent Démons de Lynda Barry (novembre)
Ed. Çà & Là

Cent démons

Enfin, Lynda Barry arrive en France. Amie de lycée de Matt Groening, l’auteur à succès des Simpson, compagnon de route de la bande dessinée indépendante américaine (Art Spiegelman comme Chris Ware comptent parmi ses amis proches, elles fut une des remières publiées dans Raw), Lynda Barry est professeur dans une faculté de sciences du Wisconsin où elle est en charge de la "créativité pluridisciplinaire". Cette romancière n’a jamais lâché la BD qu’elle a toujours faite en parallèle à ses nombreuses activités. Cet esprit original publie son premier livre en France Mes cent démons ! (Ça & Là, novembre). Nous ne manquerons pas de reparler de cette auteure hors-norme que nous avons rencontrée pour vous.

Corben Vol. 1 (novembre)
Ed. Delirium

Dash Shaw nous revient dans le catalogue de Ça & Là en novembre dans New School, l’histoire d’un garçon qui retrouve son frère dans une île où il travaille à la construction d’un parc d’attraction. Mais le jeune homme, sorti du cocon familial, découvre une vie dont les règles étranges ne sont pas exactement celles qu’on lui avait enseignées...

Le retour de Corben

Le label Delirium est lui aussi spécialisé dans la publication de bandes dessinées du domaine anglo-saxon, mais plutôt dans le registre des classiques de l’horreur dont il republie les série Eerie, dont le volume 2 paraît en octobre en même temps que la série de guerre anglaise La Guerre de Charlie vol. 5.

Mais le clou de sa programmation est la publication des œuvres de Richard Corben (vol. 1 en novembre), l’un des auteurs les plus novateurs du comic-book américain des années 1970-1980.

Dans les labels plus confidentiels, on a l’œil tiré La Tendresse des pierres de Martin Fayolle (Magnani, octobre) dont le graphisme faussement naïf reprend la poétique certains éléments du Nouveau Roman, sous la plume d’un "peintre qui fait de la littérature".

Diagnostics de Lucas Varela et Diego Agrimbau (Novembre)
Ed. Tanibis

École de Paris et perles argentines

Michel Lagarde, dont la production est toujours de qualité, nous fait redécouvrir Le Salon de l’araignée (octobre), ce salon animé par le grand Gus Bofa entre 1919 et 1930 et qui rassembla des talents comme Jean-Gabriel Daragnès, André Dignimont, Pierre Falké, Joseph Hémard, Chas Laborde, Jean-Emile Laboureur, Edy Legrand (des illustrateurs de "l’École de Paris" des années 1930), Frans Masereel ou Dunoyer de Segonzac qui ont marqué le graphisme de leur époque. Jolie initiative.

On conclura aujourd’hui par un label à la qualité unique, Tanibis,
où le dessinateur argentin Lucas Varela mêle son talent à celui de son compatriote Diego Agrimbau, deux grands auteurs de la nouvelle génération argentine en résidence à la Maison des Auteurs d’Angoulême grâce à une bourse du Centre National du Livre, pour un récit surréaliste échevelé dont seuls les Sud-Américains ont le secret : Diagnostics (Tanibis, octobre). À ne pas rater.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Tous ces éditeurs sont diffusés par Les Belles Lettres.

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