Rester normal - Philippe Bertrand et Frédéric Beigbeder - Dargaud

30 octobre 2002 1 commentaire
  •  C'est l'histoire d'un écrivain médiatisé qui s'allie avec un graphiste branché pour nous raconter une froide machination dans une improbable famille de riches. Et qui rate son coup.

Rester normal. Ou plutôt "Comment rester normal ?". Cette question fondamentale, Junior, jeune homme né dans les milliards, se la pose. Son père est une belle ordure, un jet- setteur affairiste, avec toujours deux ou trois escort girls à ses basques. Sa mère, Nevrosa, est une call girl casée qui n’a d’yeux que pour ses gigolos et qui ne culpabilise jamais (ça donne des rides). Sa sœur, une clubbeuse internationale, est un peu homosexuelle et beaucoup anorexique.

Cette famille de Picsou pour de vrai, vicelards et sexués, las et blasés, est revenue de tout. Mais reste toujours en quête de sensations nouvelles. Les plus extrêmes, les plus perverses, les plus meurtrières. Avec Junior, ils vont être servis au-delà de leurs espérances. Comme ils sont incapables de tous se retrouver dans leur château suisse à la fin décembre, le fils énigmatique aux faux airs de Houellebecq organise un repas de Noël en famille au mois de septembre.

Les cadeaux bien sentis sont distribués comme autant de gifles et de fessées SM. La fête bat son plein, tout est, hum, normal, le champagne et la coke coulent à flots, Daft Punk joue en exclusivité dans le parc du château son remix inédit de La Chenille, les fils de sheiks jerkent avec les grues de luxe...

On baigne dans l’hédonisme le plus total, la luxure ordinaire. À moins que tout cela ne mène quelque part, vers la tragédie la plus noire. Mais ça, seul le machiavélique Junior peut le savoir.

(par Patrick Albray)

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On reste stupéfait, devant cet humour de fanzine, qu’une figure telle que Frédéric Beigbeder soit derrière. Nous n’avons pas lu le roman qui l’a rendu célèbre et nous ignorons s’il est un grand écrivain. Une chose est sûre : il n’est pas un bon scénariste de bande dessinée. Ce récit traîné en longueur aligne une succession ennuyeuse de clichés caricaturaux, avec un humour qui vole parfois incroyablement bas (la scène des cadeaux est particulièrement affligeante). Seule la fin amène une surprise. Mais elle ne sauve pas ce livre prétentieux et ahurissant.

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1 Message :
  • C’est faire trop d’honneur à cet ouvrage miteux et à son fat scénariste que d’évoquer "un humour de fanzine". Si le gras du bide fleurte parfois avec certains fanzines, c’est plutôt du à une certaine naiveté dont Beigbeder est exempt.
    Rester normal va finalement rester dans l’histoire du médium comme une pièce maîtresse représentant ce que l’on peu trouver de plus vain -et vaniteux- en bande dessinée.
    JP.

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