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Rester normal à Saint-Tropez - Frédéric Beigbeder et Philippe Bertrand - Editions Dargaud.

  • Dans le dernier « [Bandes Dessinées Magazine-> http://www.actuabd.com/article.php3?id_article=1654] », notre confrère Nicolas Fréret affirmait : « Non, Beigbeder n'est pas un imposteur ! ». C'est dire si le troublion cathodique de Saint-Germain-des-Prés fait grincer des dents dans le Landerneau de la BD.

Dans le même magazine, le lecteur a pu lire sous ma plume : « [Etre Normal à Saint-Tropez] est un chef d’œuvre de drôlerie parfaitement dans l’air du temps, [qui] perpétue l’esprit de Pilote par sa décontraction intelligente, son sens de l’à-propos, son ancrage dans l’actualité la plus brûlante. Il y a une tripotée de jeunes auteurs qui devraient en prendre de la graine, s’ouvrir, comme lui, à la fantaisie du monde plutôt que limiter leur lecture aux seuls ouvrages publiés par les copains d’atelier. » La charge est peut-être un peu rude pour les nouvelles générations, mais c’est vrai : Ce Beigbeder a foutrement du talent.

D’abord parce que, comme son confrère des lettres David Foenkinos, lui aussi fourvoyé dans l’industrie des bulles, ils n’ont l’un et l’autre rien à prouver. Ils arrivent chez leur éditeur en toute décontraction. La littérature qui s’invite dans le monde de la BD, c’est déjà pour l’industrie du Neuvième Art une reconnaissance qui vaut bien mieux que les quelques malheureux euro-kopeks qu’ils perdraient en cas de plantage. Or, c’est précisément cette liberté qui, du coup, leur permet de tout oser. Et Beigbeder ose. Cela fait trente ans qu’on n’avait plus trouvé une telle liberté de ton -et une telle intelligence- dans une BD en France.

De là vient peut-être le malaise : Et si, finalement, ces mecs avaient du talent, tous ces cinéastes, humoristes, chansonniers, théâtreux, avocats et autres romanciers qui déboulent ces derniers temps dans la BD ? Une armée de tâcherons laborieux qui officie depuis des années dans la survivance de séries un peu tièdes (ne comptez pas sur nous pour dire qui ils sont : nous ne sommes pas des délateurs) devrait bientôt ranger ses outils au râtelier. On a pu moquer, un temps, le phénomène. Aujourd’hui, on s’en félicite : Rien de tel qu’une remise en question pour faire bouger le genre. Rien que pour cela, Beigbeder mérite d’être acheté.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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4 Messages :
  • Fume, c’est du belge !

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    • Répondu le 14 août 2004 à  19:05 :

      En effet, ce n’est pas parce que les Belges prononcent les "u" en "ou" qu’il faut écrire "troublion" pour "trublion" ("homme importun et brouillon" dixit Robert : des termes qui définissent parfaitement le personnage tant admiré par certains chroniqueurs mondains).

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      • Répondu le 16 août 2004 à  11:29 :

        Moi j’aime bien mon néologisme, même s’il est accidentel.

        Je suis frappé de voir à quel point mon article provoque des réactions négatives, jusqu’à l’insulte (les plus graves sont détruites par le modérateur, rassurez-vous). En particulier, ces allusions à ma nationalité belge qui dénotent d’un racisme ordinaire des plus ragoûtants...

        Et dans tout cela, rien que de l’invective : pas un développement, pas une justification. A vous lire, Beigbeder est nul parce que :

        - Il est connu
        - Ce n’est pas un auteur de BD

        On voit bien là les tenants d’une pensée totalitaire, dérangés peut-être parce que mon article pousse la BD à se remettre en question.

        Pourtant, l’album de Beigbeder (et Bertrand) est une bonne surprise. Je confirme que mon article n’était pas ironique : le héros de "Rester normal à Saint-Tropez" est une espèce de Largo Winch amoral qui négocie la bombe atomique avec Ben Laden et qui en exige le paiement cash. C’est n’importe quoi et particulièrement drôle. On y retrouve en effet la folie de certaines pages des Actualités de Pilote. Les dialogues sont bourrés d’allusions et de références jouissives à la télé, à la pub ou au cinéma. L’album a du rythme, les dialogues percutent. Je ne me suis pas ennnuyé un instant.

        Je comprends que vous ne soyez pas d’accord avec cette analyse. Mais ce n’est pas avec votre niveau d’argumentation qu’on alimente un débat.

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      • Répondu par ASACEM le 23 août 2004 à  15:01 :

        Il n’est pas difficile d’argumenter pourtant pour démolir cette bande dessinée. C’est une espèce de condensé des plus grosses tartes à la crème médiatiques ( Eminem,Ben Laden et gourou fantoche) avec une vision gauchisante et caricaturale à en émouvoir une huître des ultra riches ( les ultra riches passent leur temps à faire le mal et à manipuler le monde, mais c’est pas de leur faute c’est qu’ils ont de l’argent ) tout ça pimenter de la provocation la plus lamentable qui fut jamais imaginée ( prostitués, massacre à la tronçonneuse, filles à poils, cynisme à deux balles et rapports lesbiens).

        Alors je pose la question : où est la suhjectivité là dedans ? Où est le plaisir de rencontrer un autre être humain qui ne pense pas comme nous, et qui a des raisonnements subtils, une vision du monde qui diffère de la nôtre. Où est la sensibilité d’un artiste là dedans ? Même le rédacteur en chef du pire des fanzines trouverait ce scénario lamentable. Pire qu’un condensé d’une pensée dominante, c’est un maelström de l’impensé, de l’événementiel non digéré et vomi pelle mêle avec un semblant de construction de l’intrigue.

        La comparaison avec Pilote est risible. Je préfère même ne pas la commenter.

        Que vous ayez une opinion atypique et difficile à comprendre sur cet ouvrage, soit, libre à vous. Mais quand vous dites que c’est ça le renouveau de la bande dessinée, la pillule est difficile à avaler.

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        • Répondu par Didier Pasamonik le 24 août 2004 à  12:39 :

          Démolir, quel bel objectif ! Décidément, les stars des médias vous rendent belliqueux et très peu objectif. Cela dit, je vous remercie d’ouvrir le débat car cette haine (démolir !) ne me semble pas justifiée, ni justifiable. Je vous avoue même qu’elle suscite ma curiosité.

          Je résume vos arguments :

          - Beigbeder produit un humour "tarte à la crème"

          - Beigbeder a une vision caricaturale et gauchiste des riches

          - Beigbeder est provocateur

          Vous revenez sur ma critique ( qui est plus un billet d’humeur plus qu’une analyse) et vous accusez :

          - Le fait que je laisse entendre que Beigbeder ancre ses histoires dans l’actualité la plus brûlante contrairement à certains auteurs qui parcourent la géographie de leur nombril

          - Qu’en fait, le scénario est lamentable (pur jugement de valeur)

          - Que la comparaison avec Pilote est "risible"

          - Qu’enfin j’annonce, selon vous, que c’est cela le renouveau de la bande dessinée.

          Sur les premiers points, je n’ai pas grand chose à dire. C’est votre opinion. Elle ne vaut pas plus ni moins que le mienne.

          Sauf que Beigbeder n’est pas un gauchiste qui s’attaque aux riches. Il est lui-même riche, célèbre, avide de médias, snob, et superficiellement superficiel. Il décrit son milieu. J’ose ajouter : comme Proust. Et on n’a jamais dit de Proust qu’il était un abominable gauchiste.

          Les gags de tartes à la crème m’ont toujours fait rire : de Laurel & Hardy aux Frères Marx. L’humour n’est pas forcément subtil et sophistiqué. Les bonnes vieilles ficelles fonctionnent toujours. Je pense que vous n’avez pas capté les subtilités du scénario de Beigbeder et que vous vous dédouannez en montrant les grosses ficelles. Il y a deux types de snobs. Ceux qui, comme Beigbeder, trouvent cet humour drôle. Et ceux qui, comme vous, détestent ce genre d’humour. Vous êtes libre d’être le snob de la chapelle de votre choix.

          Beigbeder est un provocateur ? Oui, comme Reiser, Lauzier et d’autres qui,dans les pages de Pilote et ailleurs, ont osé. J’ai dit d’emblée que c’est cette audace qui avait emporté mon adhésion.

          Pour en revenir aux autres arguments :

          - Beigbeder utilise l’actualité dans ses scénarios (que son héros ressemble à Messier, vous ne l’avez pas noté) et il déconne, comme dans les pages d’Actualités de Pilote. Eh bien oui, je trouve que c’est plus intéressant que de raconter des histoires de bobos enfermés dans leurs ateliers. Une fois cela va. Mais quand cela devient une tendance, qu’on aligne dix, vignt albums sur le sujet, ça gonfle. C’est pourquoi je cite Beigbeder en exemple. Ouvrez les fenêtres, les gars, cela sent le rance.

          - Par ailleurs, je retourne le couteau dans la plaie, c’est vrai et je dis : continuez à vous regarder le nombril, et les Beigbeder, Foenkinos et d’autres, qui ont du talent (pas Gerra, je reviendrai là-dessus) piqueront votre place au grand plaisir des éditeurs qui s’en foutent de savoir qui remplit leurs caisses.

          Je n’ai pas dit que c’était la nouvelle BD, Beigbeder. Je recommande seulement d’ouvrir le champ. Le seul auteur de BD contemporain qui y arrive, c’est Sfar : en écrivant des livres, en suscitant des films notamment, il vient défier ces créateurs sur leur propre terrain. C’est sain. C’est souhaitable. Je pense que les auteurs de littérature ou de cinéma fertilisent le 9ème art avec leurs apports.

          Le 9ème art fertilise leur travail depuis longtemps. Mais cela n’est pas reconnu. Je pense qu’une mixité des créations qui permet à la BD de s’exprimer sur d’autres supports est sa chance. Je ne dis rien d’autre.

          Votre haine des gens people vous aveugle. Il faut reconnaître un talent (et de celui de Beigbeder, on parlera encore longtemps). Il faut aussi se battre pour que la BD ait droit de cité parmi les autres modes d’expression contemporains.

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          • Répondu par ASACEM le 25 août 2004 à  17:36 :

            Et bien mon cher Monsieur Pasamonik je vais continuer à vous faire la réplique, puisque les autres détracteurs de cet album semblent n’avoir aucun argument pertinent à vous rétorquer.

            Vous m’accusez de vouloir détruire, d’une volonté de destruction : à cela je vous répondrais deux choses. D’une part je ne détruis pas tout, je ne détruis que ce que je rejette. D’autre part comme Nietzsche il me semble que la destruction est créatrice, ou pour le dire autrement : c’est dans la critique que l’on se construit, pas dans l’assentiment béat.

            Quand à la question de l’humour "tarte à la crème", vous déformez mes propos. Quand je parle de tarte à la crème, je parle de facilités. Je n’ai rien contre l’utilisation des tartes à la crème elles mêmes, tout dépend de ce qu’il y autour. Laurel & Hardy et les Marx Brothers ont tout mon respect. Sans doute par là voulez vous me qualifier d’élitiste, m’intéressant uniquement à un humour "élevé." Ce n’était pourtant pas là mon propos, et je trouve mon compte chez certains humoristes populaires. De plus Beigbeder est tout sauf un humoriste populaire : il est justement un bobo total, et c’est vrai que je n’apprécie guère le personnage, mais c’est son scénario dont nous parlons. Nous ne somme pas à l’abri de surprise, j’ai pu lire le début de l’album de Laurent Gerra, et je le trouve bien plus sympathique que celui de Beigbeder, on sent un investissement qu’il n’y a pas chez celui que vous défendez. Les tartes à la crème sont les thèmes faciles de dérision. Il me semble que Beigbeder n’emploie quasiment que ceux là.

            Si je dis gauchisant, c’est dans un sens péjoratif, justement la gauche caviar. Je n’ai rien contre les gens de gauche en général, bien au contraire. C’est le ridicule de la pensée "de gauche" de Beigbeder qui m’agace. Et ne me dites pas qu’il ne l’est pas, rappelez vous qu’il a signé gratuitement une campagne d’affichage du Parti Communiste Français. Je n’ignore pas qu’il fait partie des riches, mais nous sommes loin d’une critique acerbe de son milieu à mon sens. Plutôt dans une gentille dérision qui n’écorche personne. Quant à se moquer de Messier, c’est vrai qu’il faut de sacrées couilles :)))) La critique que fait Proust de son milieu est réaliste. Beigbeder ne vise certainement pas au réalisme, et je doute fortement que ses deux albums aient valeur d’autocritique. Mais là encore chacun sa lecture...

            Beigbeder n’est pas un provocateur. Je ne suis ni riche ni bobo ni mondain : je ne peux donc me sentir concerné, mais ça m’étonnerait que les gens qui pourrait l’être le soit. Comme je le répète il emploie des facilités et d’autres ont depuis longtemps repoussé les limites de l’humour "acceptable" dans les différents média. Reiser a introduit un humour dans la presse qui choquait le bourgeois et n’avait aucune barrière de langage ou esthétique. Lauzier a introduit une forme d’autocritique sociale et de peinture de moeurs. Selon vous qu’apporte Beigbeder ? Car moi je crains qu’il n’apporte rien, et que sa soit disant audace ressemble plus à du conformisme (comme je disais, de l’impensé recraché sous la forme de la dérision : la facilité de notre époque).

            Vous dîtes qu’il utilise l’actualité, mais quelle actualité ? Vous n’êtes pas sans savoir que nous vivons dans un monde complexe et pluriel. Il y a une autre actualité que Ben Laden et Jean Marie Messier, grâce au ciel.

            Je n’ai pas souvenir d’avoir lu des histoires de bobos qui s’emmerdent dans leur atelier en bande dessinée. Pourriez vous me citer des titres afin que je les évitent ?

            Je n’ai rien contre les auteurs polyvalents. Je n’ai rien contre les passerelles entre les divers média. Tout dépend la manière dont les gens concernés investissent un médium dans lequel ils sont novices. Le simple fait qu’un people fasse une bande dessinée ne la rend pas plus intéressante que celles produites par les auteurs du milieu. Nous allons en avoir un autre exemple avec "L’affaire du siècle" de JJ Beineix.

            Que les auteurs s’alimentent avec ce que produisent les autres média, que ce soit la littérature, la peinture, le cinéma.. et bien c’est une évidence, sauf de rares exceptions. "Ouvrez les fenêtres ça sent le rance." C’est d’autant plus amusant que vous souteniez cette thèse alors que vous êtes le découvreur d’Yves Chaland, il y a pourtant peu d’auteurs qui restent autant enfermés dans des références propres à la bande dessinée, une nostalgie - critique et cynique parfois certes - d’une certaine école belge. Le travail de Blutch a contrario est une véritable auberge espagnole de la référence - chez lui souvent digérée et bien utilisée.

            Reconnaissons que les transferts d’auteurs de bande dessinées talentueux dans d’autres média ne sont pas toujours des réussites. Le roman de Joann Sfar est quelconque -enfin il est à suivre - les films de Lauzier sont très inégaux, le Journal de Fabrice Neaud perd beaucoup dans sa version purement littéraire. Ces trois auteurs sont pourtant des génies de la bande dessinée à mon sens ( Fabrice Neaud pour les trois premiers tomes de son Journal en tout cas). Je trouve votre position dogmatique : cela est bon car les auteurs passe d’un média à l’autre. Je ne me risquerais pas à une telle généralité.

            Le coup des auteurs qui se regardent le nombril est un classique de la dévalorisation de l’autobiographie. Mais il y a mille façon de se regarder le nombril et par là de percevoir ce qui tourne autour. Toute oeuvre d’art me semble devoir être le produit d’une singularité. Sinon ça n’est qu’une copie, ou un objet de consommation. Cette singularié peut s’exprimer dans n’importe quel genre ( western, héroïc fantasy ou autobiographie) et dans des styles variés. Et pour moi ce travail de Beigbeder, je l’ai déjà dit et je le maintiens, se situerais presque en dessous de la compilation d’opinions ( communes). C’est moins qu’un digest des gros titres des journaux à scandales, et on ne peut pas dire que le récit est un quelconque suspense ou une quelconque profondeur, ou une quelconque émotion etc... Démontrez moi le contraire par l’exemple. Quant à moi je n’y trouve aucune singularité, aucune subtilité. Et c’est pourquoi je rejette ce livre.

            Et je vais conclure par quelque chose qui me tient à coeur. C’est bien une spécifité du milieu "bande dessinée" que de vouloir défendre l’image de leur médium auprès du grand public. Aucun écrivain, aucun cinéaste ne se pose plus cette question. Et pour ma part, l’image de la bande dessinée dans le grand public, je m’en badigeonne le susdit nombril avec le pinceau de l’indifférence. Chacun creuse où bon lui semble. Seules les oeuvres méritent une reconnaissance, peu importe le medium.

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            • Répondu le 25 août 2004 à  23:34 :

              Vous dites :

              "Vous m’accusez de vouloir détruire, d’une volonté de destruction".

              C’est pourtant vous qui avez écrit dans votre précédent post :

              "Il n’est pas difficile d’argumenter pourtant pour démolir cette bande dessinée"

              Je reçois cependant que l’on peut détruire un argument. Mais votre première assertion semblait s’attaquer à l’oeuvre et à ses auteurs.

              "Sans doute par là voulez vous me qualifier d’élitiste, m’intéressant uniquement à un humour "élevé."

              Non, ce n’étais pas mon intention. Mon propos était plutôt de dire qu’un certain type d’humour ne se passe pas d’une certaine vulgarité. Et qu’il est trop facile de stigmatiser cette seule vulgarité pour dicréditer un artiste. Excusez-moi, mais je ne trouve pas le procédé élégant.

              Vous dites : "De plus Beigbeder est tout sauf un humoriste populaire : il est justement un bobo total, et c’est vrai que je n’apprécie guère le personnage, mais c’est son scénario dont nous parlons."

              Sauf qu’au passage, vous montrez bien que vous l’abordez avec une idée préconçue.

              "Nous ne somme pas à l’abri de surprise, j’ai pu lire le début de l’album de Laurent Gerra, et je le trouve bien plus sympathique que celui de Beigbeder, on sent un investissement qu’il n’y a pas chez celui que vous défendez. Les tartes à la crème sont les thèmes faciles de dérision. Il me semble que Beigbeder n’emploie quasiment que ceux là."

              J’ai personnellement lu l’intégralité de l’album. Et si je ne l’ai pas encore chroniqué, c’est parce que je suis en colère. Je préfère la laisser retomber.

              "Si je dis gauchisant, c’est dans un sens péjoratif, justement la gauche caviar. Je n’ai rien contre les gens de gauche en général, bien au contraire. C’est le ridicule de la pensée "de gauche" de Beigbeder qui m’agace. Et ne me dites pas qu’il ne l’est pas, rappelez vous qu’il a signé gratuitement une campagne d’affichage du Parti Communiste Français."

              Là je vous la renvoie, la tarte à la crème. Ce discours sur la gauche et les gauchistes est poujadiste à fond les manettes. Tous les politiques sont pourris, n’est-ce pas ? Tous les intellectuels sont de gauche, caviar s’ils vendent plus de 100.000 exemplaires ?

              "Je n’ignore pas qu’il fait partie des riches, mais nous sommes loin d’une critique acerbe de son milieu à mon sens. Plutôt dans une gentille dérision qui n’écorche personne. Quant à se moquer de Messier, c’est vrai qu’il faut de sacrées couilles :))))"

              Ce sont des jugements de valeur. La critique d’un Messier ne vous convainc pas. Sans doute, Cantat avait plus de couilles...

              "Beigbeder n’est pas un provocateur. (...) Comme je le répète il emploie des facilités et d’autres ont depuis longtemps repoussé les limites de l’humour "acceptable" dans les différents média. Reiser a introduit un humour dans la presse qui choquait le bourgeois et n’avait aucune barrière de langage ou esthétique. Lauzier a introduit une forme d’autocritique sociale et de peinture de moeurs.

              Bien entendu qu’il est provocateur. Il y a assez d’exemples dans cet album pour qu’il ne soit pas nécessaire de les énumérer. Ils ont choqué certains lecteurs de ce forum.

              Selon vous qu’apporte Beigbeder ? Car moi je crains qu’il n’apporte rien, et que sa soit disant audace ressemble plus à du conformisme (comme je disais, de l’impensé recraché sous la forme de la dérision : la facilité de notre époque).

              Je peux accepter qu’il y a chez Beigbeder une forme de conformisme. Qui vous a dit que je mettais Beigbeder au-dessus de Lauzier ou de Reiser ? Soyez raisonnable. Beigbeder est un cas à part dans le monde de la BD. Vous n’y pourrez rien. Dans 50 ans, on en parlera encore. Si Anatole France, qu’on ne lit plus guère, avait fait une BD, on la publierait encore.

              Vous dîtes qu’il utilise l’actualité, mais quelle actualité ? Vous n’êtes pas sans savoir que nous vivons dans un monde complexe et pluriel. Il y a une autre actualité que Ben Laden et Jean Marie Messier, grâce au ciel.

              Mais enfin, là aussi, vous dites n’importe quoi. Beigbeder est libre de fixer sa farce sur ce qui lui chante. Quand Pierre Desproges cite une émission de télé avec Jacques Lang ("cette frétillante endive frisée de la culture en cave" écrit-il en 1986), il utilise l’actualité. Cet ingrédient manque à beaucoup d’humoristes de la nouvelle génération qui fonctionnent à circuit fermé.

              "Je n’ai pas souvenir d’avoir lu des histoires de bobos qui s’emmerdent dans leur atelier en bande dessinée. Pourriez vous me citer des titres afin que je les évitent ?"

              Bien entendu, vous voulez qu’un propos général soit ramené à un cas particulier. Je ne me laisserai pas entraîner dans cette manoeuvre. C’est pourtant visible. Allez dans des librairies, des grandes surfaces par exemple, ça vous changera des indés. Et même dans les indés, ça pullule.

              "Je n’ai rien contre les auteurs polyvalents. Je n’ai rien contre les passerelles entre les divers média. Tout dépend la manière dont les gens concernés investissent un médium dans lequel ils sont novices. Le simple fait qu’un people fasse une bande dessinée ne la rend pas plus intéressante que celles produites par les auteurs du milieu. Nous allons en avoir un autre exemple avec "L’affaire du siècle" de JJ Beineix."

              Allez hop, encore un procès d’intention. Vous n’avez rien lu de Beineix, vous ne savez rien (normal : l’album n’est pas encore publié). Vous avez vu trois dessins (pas terribles, il faut en convenir) et vous avancez la guillotine. Après tout, ce n’est pas le premier album de Glénat publié avec un excellent scénario et un dessin moyen. L’album a été repoussé de mai à septembre. Vous ne croyez pas qu’il a la pression, Beineix ? Vous n’êtes pas généreux, voila ce qui est.

              "Ouvrez les fenêtres ça sent le rance." C’est d’autant plus amusant que vous souteniez cette thèse alors que vous êtes le découvreur d’Yves Chaland, il y a pourtant peu d’auteurs qui restent autant enfermés dans des références propres à la bande dessinée, une nostalgie - critique et cynique parfois certes - d’une certaine école belge.

              Je suis désolé de le dire, mais vous n’avez rien compris à Chaland. C’était un dynamiteur. Il a rendu un service immense à l’école belge. Alors, le réduire à un mec enfermé dans des références, pfui...

              "Le travail de Blutch a contrario est une véritable auberge espagnole de la référence - chez lui souvent digérée et bien utilisée."

              Ben oui, on peut toujours comparer Aznavour à Debussy qui est, on le sait, une auberge espagnole de références bien digérées.

              "Le coup des auteurs qui se regardent le nombril est un classique de la dévalorisation de l’autobiographie. Mais il y a mille façon de se regarder le nombril et par là de percevoir ce qui tourne autour. Toute oeuvre d’art me semble devoir être le produit d’une singularité. Sinon ça n’est qu’une copie, ou un objet de consommation. Cette singularié peut s’exprimer dans n’importe quel genre ( western, héroïc fantasy ou autobiographie) et dans des styles variés.

              Je n’ai rien à dire à propos de cette théorisation, sauf quand vous ajoutez, juste derrière :

              "Et pour moi ce travail de Beigbeder, je l’ai déjà dit et je le maintiens, se situerais presque en dessous de la compilation d’opinions ( communes). C’est moins qu’un digest des gros titres des journaux à scandales, et on ne peut pas dire que le récit est un quelconque suspense ou une quelconque profondeur, ou une quelconque émotion etc... Démontrez moi le contraire par l’exemple. Quant à moi je n’y trouve aucune singularité, aucune subtilité. Et c’est pourquoi je rejette ce livre."

              Qu’importe l’exemple que je vous avancerais, c’est affaire de goût, comme vous le démontrez ci-dessus. Pourquoi l’emballer dans une théorie ? Pour dire que Beigbeder est une copie des opinions communes ? C’est votre opinion (commune). Moi, j’ai pu apprécier son humour.

              "Et je vais conclure par quelque chose qui me tient à coeur. C’est bien une spécifité du milieu "bande dessinée" que de vouloir défendre l’image de leur médium auprès du grand public. Aucun écrivain, aucun cinéaste ne se pose plus cette question."

              Vous ne devez pas connaître beaucoup d’écrivains, ni de cinéastes. La littérature ou le cinéma sont pour eux des citadelles assiégées, ou à prendre, selon le tempérament. Il faut se battre pour la reconnaissance de la BD. C’est ce combat, mené depuis près de cinquante ans seulement, qui en a fait le phénomène qu’elle est aujourd’hui. Parce que les directeurs de journaux ne sont plus complexés d’en publier. Les journalistes sont moins timorés pour en faire un sujet. Vous ignorez l’histoire de la BD et ce manque de perspective vous pousse vers cette conclusion erronée.

              "Et pour ma part, l’image de la bande dessinée dans le grand public, je m’en badigeonne le susdit nombril avec le pinceau de l’indifférence."

              Nous n’avons pas les mêmes préoccupations, c’est certain.

              "Chacun creuse où bon lui semble. Seules les oeuvres méritent une reconnaissance, peu importe le medium."

              Qui prétendrait le contraire ?

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              • Répondu par ASACEM le 26 août 2004 à  19:19 :

                Cette conversation risque vite de tourner en rond.

                Vous resterez bien campé sur vos positions : Beigbeder a fait une (très) bonne bande dessinée, même si le commun des lecteurs de bande dessinée la trouve imbitable. En tout cas elle apporte à la bande dessinée un ton que celle ci n’a jamais eu, si je vous ai bien compris. Peut être.

                Nous verrons si l’on se souviendra de Beigbeder dans 50 ans. Pour ma part j’en doute. Il participe quand même plus de l’effet de mode que de la course de fond, et ses livres seront parfaitement illisibles pour les générations futures. Déjà qu’ils semblent l’être pour celle ci.. Vous pourrez toujours me dire : il en fut de même pour Flaubert, et nous lisons encore l’Education Sentimentale, flop absolu à sa sortie. Mais comme je disais : Beigbeder n’a pas ou que peu de style, ce n’est pas un littérateur, c’est un mondain.

                Quant à ma phrase sur le gauchisme... Je crois qu’elle n’a rien de poujadiste, je n’ai jamais prétendu que tous les politiques étaient pourris. En outre je n’ai pas de visée politique comme Pierre Poujade, peut être l’adjectif devrait t’il être réservé en premier lieu au lepénistes, puisque Le Pen est bien son disciple. Je ne crois pas qu’il soit si grossier de dire qu’il y a une pensée de gauche qui m’insupporte, philantropique et universaliste, à la BHL - si il est encore à gauche, malgré son passé de Mao. Ou cynique et soit disant autocritique, à la Beigbeder. Je vois d’autres visages de la gauche, d’autres politiques qui se dessinent plutôt que la nullité des horizons que nous dessinent ces deux personnages. Trève de bavardages ce n’est pas le lieu pour de telles considérations.

                Quand aux histoires de dessinateurs qui s’ennuient dans leur atelier, c’est peut être un piège, mais ce type de constat général sur l’état de la bande dessinée est plutôt agaçant, sachant que la production BD ne cesse d’augmenter et qu’elle me semble très diverse.

                Pour Chaland, j’ai peut être parlé trop vite : mais il est indéniable que ses références étaient pour l’essentiel BD.

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                • Répondu par Didier Pasamonik le 26 août 2004 à  21:32 :

                  Vous me faites dire des choses que je n’ai pas dites mais, comme vous le soulignez justement, on va tourner assez vite en rond.

                  Je vous remercie cependant d’avoir donné votre opinion de façon plus argumentée que certains autres.

                  Que notre point de vue ne soit pas le même n’a pas tant d’importance.

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